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Les orthodoxes serbes se créent une chapelle à eux

Les rites chrétiens d’Europe de l’Est s’épanouissent en terres vaudoises à travers plusieurs communautés, dont celle des Serbes. Une paroisse active, qui plante ses racines à Épalinges.

Une riche liturgie: Durant la période du Grand Carême, qui précède Pâques, la messe est célébrée en serbe selon la liturgie de saint Basile.
Une riche liturgie: Durant la période du Grand Carême, qui précède Pâques, la messe est célébrée en serbe selon la liturgie de saint Basile.
Florian Cella

Il est 10 heures, un dimanche matin à Lausanne, et les fumées d’encens chatouillent le nez dès le pas de la porte. Comme presque chaque semaine, elles ont pris possession du temple de Béthusy pour la matinée. Aujourd’hui, pas de culte protestant. C’est l’Église des Trois Saints Hiérarques, paroisse de la communauté orthodoxe serbe, qui investit les lieux.

Changement d’atmosphère, mais aussi de décor. Pour accueillir cette liturgie venue de l’Est, la chapelle aux murs gris s’est délestée de l’esprit de la Réforme. Peu à peu, les fidèles remplissent une salle de culte parée d’icônes aux dorures chatoyantes, de lourdes bougies et d’un mobilier de bois ouvragé. Avant d’aller s’asseoir, leur tout premier hommage va aux images de la Vierge et des saints. Les minutes qui précèdent l’office sont déjà riches en rituels.

Cierges et images sacrées

En file indienne, ils s’avancent pour déposer un baiser sur les saints portraits, puis laissent quelques pièces qui ont tôt fait de s’empiler sur les lourds pupitres sculptés. Lidija Bursac, la quarantaine souriante, veste en cuir et robe à fleurs, explique ce que cela représente pour elle: «Au-delà de l’art, le rapport à ces images est plus fort dans le respect. Spirituellement, nous croyons que ces personnages sont toujours là pour nous.»

Alors que la messe s’apprête à commencer, les derniers arrivés achètent encore quelques cierges et se recueillent devant un brûloir où frémissent déjà des dizaines de flammes. «C’est l’occasion d’adresser une prière à ceux qui nous sont proches, commente une jeune femme. Il y en a pour les morts, mais aussi pour les vivants.» Installée avec les femmes du côté gauche de l’assistance, elle accompagne sa mère. Une fois n’est pas vraiment coutume pour cette étudiante lausannoise: «Je passe le brevet d’avocat, ce n’est pas facile de venir régulièrement.» Cela dit, parmi les 70 à 80 personnes qui sont là, toutes n’ont pas les cheveux gris. C’est que pour la communauté orthodoxe serbe, la période qui précède Pâques est l’un des moments forts de l’année. Pendant quarante jours, les plus pieux ne mangent ni viande, ni laitages, ni œufs. C’est la période du Grand Carême, qui marque aussi un changement dans le déroulement de la messe. Alors que, d’ordinaire, elle est célébrée – toujours en serbe – selon la liturgie de saint Jean Chrysostome, c’est aujourd’hui la liturgie de saint Basile qui la remplace.

Noël à la cathédrale

«Habituellement, 50 à 60 personnes assistent à la messe chaque dimanche, estime Bogoljub Popovic, le prêtre de la paroisse. Mais pour la célébration de Noël, l’Église réformée vaudoise nous met à disposition la cathédrale de Lausanne, qui est toujours remplie.» Selon lui, la communauté compte environ 1200 foyers entre le canton de Vaud et celui du Valais, où il se déplace deux fois par mois pour des offices. «Il existe ici une communauté serbe au moins depuis les années 60, mais la paroisse existe en tant qu’association depuis 2000 seulement», précise-t-il. Bogoljub Popovic, lui, a été appelé d’Allemagne trois ans plus tard pour prendre ses fonctions en tant que prêtre: «Il était important de s’assurer que la paroisse puisse assumer elle-même mon salaire.» En effet, si au sein du Patriarcat serbe la communauté vaudoise est sous l’autorité de l’évêché d’Autriche et de Suisse, celui-ci ne lui apporte aucun financement.

Mais la paroisse ne s’en montre pas moins active, et nourrit même des ambitions très concrètes. Tout récemment, elle a fondé une association avec d’autres paroisses bien établies dans le canton, notamment celles des communautés russe et roumaine. L’objectif est de demander une reconnaissance en tant qu’institution d’intérêt public pour les Églises orthodoxes vaudoises (lire encadré). Sur ce plan, ce n’est que le début d’un long parcours. En revanche, un autre projet est, lui, à bout touchant. «Depuis plusieurs années, nous travaillons et nous levons des fonds pour aménager notre propre chapelle. Il est prévu de l’inaugurer cette année», sourit Bogoljub Popovic.

Fresques byzantines

Dans une belle maison villageoise à Épalinges, le prêtre occupe un logement de fonction qui, depuis des années, lui sert d’ancrage pour animer la paroisse. Une partie de la bâtisse est en plein réaménagement pour y créer un lieu de culte totalement adapté à la foi orthodoxe. À quelques mois de l’inauguration, le futur lieu de culte a déjà très belle allure avec ses fresques de style byzantin couvrant les murs du sol au plafond. La paroisse orthodoxe serbe n’est pas la seule communauté à qui l’Église réformée vaudoise prête ses temples, aujourd’hui en mal de fidèles. «Cela a été une véritable main tendue pour nous permettre d’organiser nos messes dominicales, souligne Bogol­jub Popovic. Mais chaque dimanche depuis presque dix-sept ans, nous devons aménager l’église avant de repartir avec tout le mobilier.» Se doter d’un lieu de culte à soi n’est toutefois pas qu’un besoin pratique, car aux rituels orthodoxes correspond également une architecture codifiée. La chapelle en construction comprend ainsi une paroi ornée d’icônes, l’iconostase, qui crée une séparation entre la nef et l’autel pour les besoins du rite. «La liturgie est vraiment le sommet de notre foi, souligne Ivan Tolic, le diacre de la paroisse. Elle est si riche que nous pouvons nous adapter selon les moyens et l’espace que nous avons à disposition. Mais vivement le jour où nous aurons notre chapelle!»

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