Oseront-ils quitter leur zone de confort?

GouvernementLes conseillers d’Etat doivent se répartir les départements avant fin juin. L’avenir de l’école et de la culture est en jeu. Le statu quo est le scénario privilégié.

Le nouveau Conseil d'Etat vaudois 2017 - 2022. De gauche à droite: Nuria Gorrite, Béatrice Métraux, Jacqueline de Quattro, Pascal Broulis, Pierre-Yves Maillard, Philippe Leuba, et Cesla Amarelle. (Dimanche 21 mai 2017)

Le nouveau Conseil d'Etat vaudois 2017 - 2022. De gauche à droite: Nuria Gorrite, Béatrice Métraux, Jacqueline de Quattro, Pascal Broulis, Pierre-Yves Maillard, Philippe Leuba, et Cesla Amarelle. (Dimanche 21 mai 2017) Image: Jean-Bernard Sieber

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Dans les années 1960, France Gall posait une question toute simple à ses fans: «Qui a eu cette idée folle, un jour, d’inventer l’école?» Alors que l’école vaudoise sera l’un des dossiers chauds de la prochaine législature, la ritournelle transformée à la sauce de chez nous pourrait donner: «Qui aura cette idée folle, un jour, de diriger l’école?» C’est la question qui se pose une semaine après le deuxième tour de l’élection du Conseil d’Etat.

Si l’hypothèse «Amarelle = école» a les faveurs de la cote, une autre est apparue depuis quelques jours: «Maillard = école», ce qui signifierait que l’actuel président du gouvernement lâcherait la santé, qu’il dirige depuis 2004. Les lecteurs de 24 heures, eux, préféreraient voir la libérale-radicale Jacqueline de Quattro à la tête de l’école, selon le sondage en ligne sur notre site Internet (lire ci-dessous).

Subtils équilibres politiques

Théoriquement, n’importe quel conseiller d’Etat peut reprendre la tête de l’école vaudoise. Mais l’affaire obéit à de subtils équilibres politiques et les sept ministres décident de leurs sorts respectifs dans le plus grand secret. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent: démanteler un département, s’échanger des services, garder leur pré carré comme il l’est aujourd’hui, dépouiller un collègue, etc. Tout au plus la loi impose-t-elle que la séance durant laquelle ils en discuteront doit être présidée par le doyen de fonction, en l’occurrence le libéral-radical Pascal Broulis. La loi prévoit aussi qu’un élu ne peut pas refuser le département que le Collège lui attribue. En 2007, les élus avaient eu besoin d’un mois pour communiquer leurs décisions. En 2012, ils avaient pris trois semaines et demie.

Il existe une foule de scénarios possibles. Nos conseillers d’Etat se sont en effet forgés des départements selon leurs envies, avec parfois des regroupements hétéroclites. Intérêt personnel, passions, obligation de cohérence entre deux services, les raisons sont nombreuses. En schématisant, Nuria Gorrite dirige la politique des crèches, des routes, des trains et des bateaux. Philippe Leuba réunit les entreprises, les migrants et les sportifs. Pascal Broulis est à la tête des finances et de grands projets comme le Pôle muséal. Jacqueline de Quattro s’occupe de la nature, du territoire, des pompiers et de l’égalité femmes-hommes. Béatrice Métraux gère la police, les prisons et le logement. Pierre-Yves Maillard a un département plus «logique» avec la santé et le social. Idem pour celui de la formation, de la jeunesse et de la culture d’Anne-Catherine Lyon.

L’exemple des garderies

Dès lors, tout est ouvert. «C’est le jeu du mikado: le premier qui bouge a perdu», glisse un député. Certains disent que Pascal Broulis reprendrait la culture pour la lier au patrimoine dont il s’occupe. «Hors de question, car nous voulons limiter l’ingérence du privé dans la culture», note un homme de gauche. On peut tout imaginer: que le sport de Philippe Leuba revienne à la formation et la jeunesse, comme à Genève ou à Fribourg. Ou encore que Béatrice Métraux lâche le logement et que Jacqueline de Quattro en hérite, car c’est un dossier en rapport direct avec l’aménagement du territoire.

La politique des crèches et des garderies est symptomatique des innombrables possibilités. Nuria Gorrite s’en occupe depuis 2012 car elle a empoigné ce dossier qui la passionne alors qu’elle était députée. Mais l’Office d’accueil de jour des enfants (OAJE) pourrait aussi être rattaché à l’école pour regrouper les prestations pour les bambins. Ou encore aller chez Philippe Leuba, car les crèches permettent de concilier travail et famille et sont financées en partie par les employeurs. Voire même chez Pierre-Yves Maillard, dans l’idée que les garderies font partie d’une politique sociale plus large. «Qu’importe, tant que la politique actuelle du Conseil d’Etat de développer le nombre de places dans ce domaine continue d’être menée», note un député.

Changer de département, c’est changer de job. Comme pour un citoyen lambda, c’est un coup de poker et ça oblige de sortir de sa zone de confort. Officiellement, les partis ne donnent aucune instruction à leurs ministres. Mais la gauche sait déjà qu’elle veut conserver l’école, la santé, le social et la culture, pour éviter toute nouvelle intrusion du privé. La droite, elle, veut garder les finances et l’économie.

«Compromis dynamique»

Dans le contexte de «compromis dynamique» vanté par le Conseil d’Etat, chaque revendication précise pourrait être interprétée comme une déclaration de guerre, alors que les Vaudois ont reconduit pour cinq ans la cohabitation entre un gouvernement à majorité de gauche et un parlement à majorité de droite.

«J’ai confiance en nos conseillers d’Etat, qui connaissent notre programme et notre plate-forme, pour si possible continuer dans l’esprit du compromis dynamique», explique le député Stéphane Montangero, président du Parti socialiste vaudois. Son homologue des Verts est sur la même longueur d’onde: «Le gouvernement est le mieux à même pour savoir quelles sont les meilleures logiques pour attribuer les départements. Nous constatons une bonne cohérence aujourd’hui.»

La formation attribuée par défaut?

Quant à Marc-Olivier Buffat, le chef du groupe libéral-radical au Grand Conseil, il s’interroge: «Le choix du conseiller d’Etat à la tête de la formation risque d’être fait par défaut. Y a-t-il quelqu’un qui a vocation pour reprendre ce département? Plusieurs d’entre eux abordent leur dernière législature, voudront-ils prendre ce risque?»

(24 heures)

Créé: 29.05.2017, 07h27

Pour diriger l’école, Jacqueline de Quattro en tête de notre sondage

Logiquement la socialiste Cesla Amarelle devrait reprendre les commandes du Département de la formation, de la Jeunesse et de la Culture (DFJC), laissées libres par sa camarade de parti Anne-Catherine Lyon. La rumeur veut que Pierre-Yves Maillard s’y intéresserait également.

Mais le sondage réalisé sur notre site Internet, auquel ont participé 2967 internautes, montre que la libérale-radicale Jacqueline de Quattro obtient les faveurs de nos lecteurs, avec 33% des votes. Elle était injoignable en fin de semaine pour commenter ce résultat. Cesla Amarelle n’arrive qu’en seconde position, avec 26% des clics. Les cinq autres élus sont très loin derrière, aux environs de 10%. Malgré la rumeur, l’hypothèse Pierre-Yves Maillard ne convainc pas.

La gauche, elle, ne veut pas voir partir la formation à droite, comme pour la santé, le social ou la culture. Mais à droite, certaines voix disent voir d’un bon œil Jacqueline de Quattro empoigner ce nouveau défi. «C’est la seule qui aurait la force et le courage de diriger l’école, vante une députée. C’est un département mammouth, avec énormément de personnel, qui a ses habitudes et son inertie. Mais pour le cadrer, cela restera plus simple si un élu de gauche le reprend. Pas sûr que les enseignants acceptent une conseillère d’Etat de droite, même si elle est aussi ferme qu’Anne-Catherine Lyon.»

Nuria Gorrite, PS, Infrastructures

La droite voit mal Nuria Gorrite quitter ses dossiers. «Elle a un département en or massif, persifle un élu. Le Grand Conseil lui accorde des millions de francs d’investissement sans opposition.» Quant au dossier des crèches, il serait vraiment très surprenant de la voir lâcher cette thématique qu’elle a empoignée avant même son arrivée au Conseil d’Etat. Par contre, le scénario d’une Nuria Gorrite présidente du Conseil d’Etat, pour remplacer le socialiste Pierre-Yves Maillard, fait la quasi-unanimité.

Béatrice Métraux, Verts, Institutions et Sécurité

Béatrice Métraux n’a aucune raison de lâcher la police, selon plusieurs députés de gauche. «La droite a stoppé ses critiques dans ce dossier depuis que nous l’avons repris de Jacqueline de Quattro en 2014», entend-on souvent à gauche. Réponse de la droite: «C’est parce que la police s’autogère.» Béatrice Métraux devra aussi mettre en place sa loi sur le logement (LPPPL), acceptée par les Vaudois en février. Reprendre l’aménagement – qu’elle dirigeait jusqu’en 2013 avant de le passer à Jacqueline de Quattro – serait une erreur, au risque de braquer les communes.

Jacqueline de Quattro, PLR, Territoire

Jacqueline de Quattro l’a répété elle-même pendant la campagne: elle veut consacrer les cinq prochaines années à la défense de l’environnement et au soutien aux énergies renouvelables. La gauche ne souhaite pas lui reprendre ses dossiers d’aménagements, sachant qu’un ou une ministre de gauche aurait du mal à faire passer ses idées face à des syndics et des municipaux refroidis par la loi sur l’aménagement du territoire. «Nous souffrons d’un délit de faciès», commente un écologiste. A droite, certains la verraient diriger l’école, mais connaissent les difficultés que rencontrerait une ministre de droite.

Pascal Broulis, PLR, Finances

«Toucher au département de Pascal Broulis serait une déclaration de guerre, d’autant que la droite annonce qu’elle veut faire de l’opposition», estime un député de gauche. Si personne ne voit Pascal Broulis quitter les finances, qu’il dirige depuis 2002, son parti compte sur lui pour trouver une solution à l’incertitude fiscale actuelle pour les entreprises.

Personne n’imagine non plus lui enlever le patrimoine («même s’il en a une vision poussiéreuse», dit un homme de gauche) alors qu’il dirige le projet de Pôle Muséal. Si certains l’imaginent prendre la culture, la gauche refuse par crainte de voir grandir l’influence du privé.

Pierre-Yves Maillard, PS, Santé et Action sociale

Certains voient en Pierre-Yves Maillard le potentiel repreneur de l’école vaudoise. Ce serait un nouveau défi pour sa dernière législature. Mais cela l’obligerait à abandonner plusieurs combats, alors qu’il dirige le Département de la santé et de l’action sociale depuis 2004. L’hypothèse est donc à prendre avec des pincettes, car Pierre-Yves Maillard doit notamment déployer sa carte des régions de santé et défendre son contre-projet à l’initiative pour le remboursement des soins dentaires. En plus, il a planché sur deux initiatives, avec son homologue genevois Mauro Poggia, en lien direct avec l’assurance-maladie.

Philippe Leuba, PLR, Economie et Sport

La gauche voit en lui un conseiller d’Etat qui «coupe des rubans» lors des inaugurations d’entreprises et qui sert les mains des grands sportifs de passage dans le canton de Vaud. La droite le présente différemment, tout en l’imaginant difficilement dans un autre département. Avec l’arrivée des Jeux olympiques de la jeunesse en 2020, son parti le voit mal abandonner le sport. Idem pour l’économie alors que la droite attend une reprise de l’économie grâce à une nouvelle mouture de la RIE III.

Cesla Amarelle, PS, Nouvelle élue

Si aucun de ses futurs collègues ne change de département, la socialiste Cesla Amarelle – élue au deuxième tour de l’élection il y huit jours – devrait reprendre la formation, la jeunesse et la culture, laissées libres par le départ de sa collègue de parti Anne-Catherine Lyon. «Ce serait un choix par défaut, car personne ne prendrait ce département», entend-on à gauche comme à droite. Son profil de professeure d’université lui permettrait de se glisser dans la peau d’une ministre de l’école, mais elle devra donner des gages à la droite, qui craint une mise à l’écart des élèves les moins scolaires.

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