L’Ouest lausannois sera le cobaye d’une police unifiée

SécuritéLe district va tester une organisation mixant gendarmes et policiers. Le prélude à une refonte du système policier vaudois.

Image: Florian Cella

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C’est un sacré changement de philosophie qu’ont annoncé jeudi la police cantonale (PolCant) et la Police de l’Ouest lausannois (POL). Dès le 1er novembre, elles testeront dans le district une nouvelle organisation qui fait un pas en direction d’une police unifiée, en mêlant les gendarmes de la cantonale et les policiers de la POL. Mais, comme les Vaudois ont refusé la police unique en 2009, le nouveau concept se nomme officiellement Police intégrée décentralisée.

Concrètement, cela implique une convergence entre les deux corps de police au niveau opérationnel, même s’ils restent des entités distinctes sur le plan administratif. Le poste de gendarmerie de Renens intégrera la POL. En contrepartie, la POL sera elle-même intégrée «aux structures de commandement de la police cantonale, respectivement de la gendarmerie». Le test se déploiera sur deux ans.

Compétences judiciaires

Autre évolution: les agents de la POL obtiendront des compétences judiciaires et assumeront des tâches qui jusqu’ici devaient être relayées à la gendarmerie. À l’heure actuelle, les policiers sont en effet habilités à enregistrer des plaintes et à établir des constats. En revanche, mener des investigations est une prérogative des gendarmes. Les agents de la police de l’Ouest s’y formeront au contact de leurs collègues gendarmes, avec des patrouilles mixtes.

Pourquoi maintenant? Les communes sentent bien que le vent est en train de tourner en matière policière. Les Vaudois ont validé la police «coordonnée» en 2009, mais les nouveaux enjeux sécuritaires montrent parfois les limites du système. En outre, les pressions politiques sont nombreuses. L’an dernier, un audit de la Cour des comptes taxait l’organisation policière vaudoise d’«opaque» et de «déséquilibrée». Le Conseil d’État et le Grand Conseil, eux, réfléchissent à booster le rôle du commandant de la police cantonale, face aux chefs des neuf communales.

Pas de fusion

Le socialiste Michel Farine, président du comité de direction de la POL et municipal à Écublens, le dit légèrement différemment: «Notre but est de préparer l’avenir, de ne pas rester une police communale dans notre coin, avec des œillères, sans vision des changements. Nous voulons évoluer, permettre à nos policiers et à nos employés de prendre de l’importance, d’être revalorisés.»

Michel Farine rejette toute idée de fusionner la Police de l’Ouest avec la cantonale. S’agit-il néanmoins de la sauver? Non, répond-il. «Notre police va bien. Mais nous ne sommes pas sûrs qu’elle vivra bien demain. Ne pas avancer, c’est reculer. Ne pas évoluer, c’est peut-être perdre une partie de nos prérogatives.»

Frédéric Schaer, le commandant de la POL, voit dans ce test une façon de pérenniser la police coordonnée. «Le rapport de la Cour des comptes fait état de dissensions entre les corps qui risquent de mettre à mal le système de police coordonnée. Travailler ensemble est une plus-value et doit permettre de réduire ces tensions.» Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police cantonale, parle de «gagner en efficience».

Auteur d’une motion parlementaire pour renforcer le commandant de la police cantonale, le député Serge Melly (Vaud Libre) se réjouit de l’annonce. Pour lui, cette option amènera forcément vers le modèle de police unique. «Une intégration de cette façon aboutira plus naturellement qu’imposer la police unique. J’espère que ce test montrera qu’on peut éviter les baronnies. Mais cette étape peut durer encore longtemps car, au niveau politique, ce n’est pas encore mûr pour une police unique.»

Crispations

Si les dirigeants de la police de l’Ouest imaginent que leur test pourra s’appliquer ailleurs, rien n’est encore fait. Les autres polices sont encore sur la réserve, à entendre Valérie Jaggi Wepf, la présidente de la Conférence des directeurs des polices communales. «J’ai appris ce projet lors de la séance du Conseil cantonal de sécurité, lundi dernier», explique la municipale libérale-radicale d’Yverdon. «Je suis profondément déçue que, stratégiquement, cela n’ait pas été évoqué en amont au niveau politique ou au niveau opérationnel. Ce projet pose beaucoup de questions, car il aura forcément une incidence sur les autres polices.»

(24 heures)

Créé: 29.06.2018, 14h20

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