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«Nous ouvrons l’EPFL à ceux qui n’ont pas fait d’études»

À la tête de l’école depuis un an, Martin Vetterli revient sur ces douze mois riches en nouveautés.

Le bureau de Martin Vetterli est vide cette semaine, le président de l’EPFL est au Forum économique de Davos
Le bureau de Martin Vetterli est vide cette semaine, le président de l’EPFL est au Forum économique de Davos
Florian Cella

Le successeur de Patrick Aebischer, qui vient de boucler sa première année à la tête de l’EPFL, trouve peu à peu ses marques. La preuve sur le campus, où l’on commence à voir ce que sera «la patte Vetterli». Interview.

Quel bilan tirez-vous de l’année qui vient de s’achever?

Celui d’une année passionnante mais aux allures de montagnes russes. Pour être opérationnels dès le 1er janvier et avoir les dossiers bien en main, nous avions monté un cabinet de l’ombre avec la nouvelle équipe quelques mois avant le changement de présidence. Il fallait bien cela pour être prêts dès le premier jour, car le monde ne s’est pas arrêté de tourner pour nous permettre de prendre nos marques.

La dimension politique du poste vous a-t-elle surpris?

Entre les initiatives parlementaires, les partis et les rapports avec la Confédération, il y a effectivement beaucoup de politique. Mais après avoir passé quatre ans au Fonds national suisse, je connais la Berne fédérale et les batailles budgétaires au parlement. Je n’étais donc pas le professeur Tournesol qui débarque de son labo et qui découvre la politique un beau matin. Intellectuellement et politiquement, mon passage au Fonds national a été très formateur.

Depuis quelques mois, l’EPFL permet à des personnes qui n’ont pas fait d’études de décrocher un titre académique. Une formation pour contrebalancer l’aspect parfois élitiste des études?

C’est un ballon d’essai. Tout le monde parle de la révolution digitale en marche, ajoutant qu’il s’agit désormais de former les gens à cette transition numérique. À l’EPFL, nous sommes très actifs dans l’enseignement online. En voyant que de plus en plus de gens, qui n’ont pas de diplôme d’ingénieur d’une EPF, mais n’en sont pas moins talentueux, ont envie de découvrir le numérique et d’acquérir de nouvelles compétences en la matière, nous avons décidé de proposer une formule à l’intention de ceux qui n’ont pas suivi de filière académique. Aujourd’hui, plus que jamais, je suis favorable à un savoir ouvert et accessible à tout le monde.

Le concept a-t-il trouvé sa cible?

Oui, il y a eu beaucoup d’intérêt pour ce projet. Nous ne pouvons admettre qu’un nombre limité de personnes à un moment donné, et la première cohorte était pleine en moins de vingt-quatre heures. Mais nous avons aussi été critiqués par une partie du système académique suisse.

Pourquoi avez-vous été critiqués?

Parce que c’est inhabituel et que ça dérange peut-être. Mais je rappelle que ce programme ne délivre pas un titre d’ingénieur de l’EPFL ou un master. Les personnes qui iront au bout du cursus récolteront un Certificate of Open Studies (COS), un nouveau type de diplôme académique que l’EPFL est actuellement la seule université à proposer en Suisse. Dans les CV que je reçois, les candidats ont tendance à rajouter les formations qu’ils ont suivies en ligne. Dans certains cas, on peut douter de la qualité et de la certification de ces programmes. Le nôtre peut s’appuyer sur la solidité de l’EPFL.

L’école ambitionne d’être neutre en carbone à l’horizon 2020. L’objectif n’est-il pas trop ambitieux?

Il est très ambitieux et je ne suis pas certain qu’on y parvienne, mais il s’agissait de fixer un objectif et de collaborer avec l’Université de Lausanne (UNIL) dans ce vaste chantier. Un but particulièrement important pour moi dans la vie, c’est de quitter cette planète en ayant essayé d’y apporter une contribution positive. Or, quand on se demande dans quel monde nos petits-enfants vivront, on réalise vite que ce n’est pas réjouissant. Beaucoup de monde s’en rend compte, mais la machine continue pourtant de tourner.

Que prévoyez-vous pour tenter d’inverser la tendance?

Nous avons commencé par faire un état des lieux, en analysant notre empreinte CO2. Faire tourner le campus produit un tiers des émissions. En revoyant nos habitudes, en privilégiant les LED par exemple, on peut faire baisser le taux. Un autre tiers émane de la mobilité individuelle pour venir à l’école. Sur l’arc lémanique, beaucoup de gens sont encore très dépendants de la voiture même si la mobilité douce progresse. Le troisième tiers est constitué des voyages professionnels, donc les déplacements en avion. À nous de réfléchir: a-t-on besoin de prendre autant l’avion?

Quelles conséquences en tirerez-vous?

Je vais vous faire une confidence. Nous avons eu une discussion à ce sujet avec la direction. Quelqu’un m’a dit que pour être célèbre dans le monde de la science, il faut voyager beaucoup. Ce n’est pas faux, il faut de la visibilité. Toutefois, un certain nombre de légendes urbaines existent dans le monde académique. Je crois à des décisions basées sur des données et j’ai demandé à mes services de faire une analyse comparant l’impact scientifique des chercheurs de l’EPFL à leur impact écologique.

Vous comptez donc voyager moins?

J’ai dit que nous regarderions les résultats ( rires ).

Mais, concrètement, comment devenir neutre en carbone en trois ans?

Il y aurait la méthode facile: on achète des certificats CO2 pour se donner bonne conscience. Mais cela revient à renvoyer le problème ailleurs. À l’inverse, changer nos habitudes est plus compliqué. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour y arriver dans les années 2020, que ce soit dans l’énergie, la mobilité, l’architecture ou encore dans la gestion de nos déchets. Car il en va de notre mission: en tant qu’institution de formation, nous devons montrer l’exemple. Nos étudiants, qui voient nos efforts, seront sûrement plus sensibles à ces questions demain.

Les étudiants pourraient voir leurs taxes d’études augmenter de 500 francs par année. Comment justifiez-vous cette mesure?

Il faut reconnaître que 1160 francs par année ( ndlr: la taxe actuelle ), ce n’est pas un montant élevé en regard de la formation reçue. Ce prix n’a pratiquement pas évolué depuis 2004, il n’a pas été indexé au coût de la vie. Dans le même temps, les services ont énormément augmenté sur le campus, où des commerces et des restaurants sont ouverts 365 jours par année. Il faut comprendre qu’un service public de qualité a un coût. Il faut une adaptation. C’est bien sûr aussi un dossier très sensible politiquement: certains parlementaires pourraient s’offusquer du fait qu’on réclame plus de fonds alors que notre écolage n’augmente pas. Il faut trouver un juste équilibre.

Comprenez-vous que le projet fasse grincer certaines dents?

Oui, je suis en faveur d’un accès aux études à toutes les classes sociales. Mais dans des dossiers de ce genre, ça peut vite partir dans tous les sens. On pourrait dire que les 1160 francs d’aujourd’hui sont bien trop élevés, car en Allemagne, c’est gratuit. Et donc fixer l’écolage à zéro. Mais on s’entendra vite dire qu’au Danemark les étudiants ont un salaire. C’est sans fin! J’ai enseigné dans des universités privées où l’écolage n’est pas comparable. Je suis un grand défenseur du système de l’université publique. Nous envisageons un ajustement de l’écolage mais nous serons très attentifs aux mesures de compensation. Et à ne pas nous embarquer sur une pente savonneuse qui nous mènerait vers des modèles anglo-saxons, où les montants ne sont clairement pas les mêmes.

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