La paire Maillard & Broulis: une dyarchie à la sauce vaudoise

Conseil d'EtatLe pouvoir bicéphale du gouvernement cantonal s’est renforcé avec le plébiscite de la RIE III.

Pascal Broulis et Pierre-Yves Maillard lors de la présentation des résultats des votations sur la RIE III, le dimanche 20 mars 2016, à Lausanne.

Pascal Broulis et Pierre-Yves Maillard lors de la présentation des résultats des votations sur la RIE III, le dimanche 20 mars 2016, à Lausanne. Image: Laurent Gillieron/Keystone

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La scène parlait d’elle-même, dimanche 20 mars. Le Conseil d’Etat in corpor e était aligné face à la presse pour commenter les résultats sur la RIE III (Philippe Leuba est arrivé en retard). Mais seuls les deux cadors du gouvernement se sont exprimés. Les autres n’étaient là que pour la photo.

Ainsi va la vie politique dans le canton de Vaud depuis bientôt deux législatures. Le système collégial glisse vers une pratique dyarchique, où le pouvoir se répartit entre deux personnes. Le «compromis» de la réforme fiscale vaudoise en est une bonne illustration. Bien sûr, il y a eu des négociations avec les milieux patronaux. Peut-être que Nuria Gorrite a tiré son épingle du jeu avec l’accueil de jour. Mais, au moment de faire les choix, ce sont bien Pierre-Yves Maillard et Pascal Broulis qui ont levé ou baissé le pouce.

Une fois un deal passé entre le président socialiste et son collègue PLR, il n’y a plus beaucoup de place pour le débat. Le Grand Conseil peut même prendre des allures de Chambre d’enregistrement. «On leur confie le débat, observe Jacques-André Haury, figure libérale et ancien député. C’est plus une question de confiance que de confiscation.» Maillard & Broulis incarnent l’association radicale-socialiste qui a remis le canton sur les rails. Ces deux-là concentrent entre leurs mains un pouvoir peu commun pour des conseillers d’Etat.

«Un soutien aveugle»

Dans l’Antiquité, Sparte a connu un régime avec deux monarques. De nos jours, Andorre est un exemple de dyarchie contemporaine dirigée par le coprince épiscopal Mgr Joan-Enric Vives i Sicília et son alter ego français, François Hollande. Chez nous, les «coprinces» de l’Action sociale et des Finances ont vu leur pacte fiscal plébiscité. «La RIE III est un objet très complexe, les incidences sur l’avenir sont quasi incompréhensibles, relève René Knüsel, politologue et professeur à l’UNIL. Les 87% sortis des urnes sont un vote de soutien envers ces personnes qui ont élaboré le compromis de cette réforme. Je pense même qu’il y a une logique de soutien aveugle.»

Cette situation politique particulière est permise par la conjoncture de plusieurs facteurs que le tandem personnalise. Les deux leaders ont la mainmise sur leurs camps respectifs. Ils peuvent même se montrer brutaux avec leurs troupes. L’ex-syndicaliste et l’ancien cadre de la BCV sont également animés par la même stratégie du résultat. «Je ne pense pas que ce sont des gens qui s’apprécient, note René Knüsel. Mais il y a une alchimie entre ces fortes personnalités. Ils savent dépasser leur idéologie pour faire des compromis. Elle est là, la particularité vaudoise. Ce n’est pas le fait d’avoir le Législatif à droite et l’Exécutif à gauche. Ces majorités ne veulent pas dire grand-chose.»

L’équilibre trouvé ainsi n’est ni celui souhaité par le PS ni celui voulu par le PLR. La conseillère nationale socialiste Cesla Amarelle résume cet équilibre à sa façon: «Avec la RIE III-VD, Vaud est le Canton le plus progressiste de Suisse en matière de politique sociale tout en gardant la nébuleuse fiscale chère à Pascal Broulis.»

Compromis équilibré?

Depuis une grosse semaine, «la méthode vaudoise» est vantée à travers la Suisse. Mais le compromis tissé par nos deux manitous est-il équilibré? Autrement dit, lorsque Pierre-Yves Maillard et Pascal Broulis négocient entre quatre yeux, l’un a-t-il l’ascendant sur l’autre? «Il faut déjà s’assurer que l’attelage bicéphale n’est pas composé d’une grosse tête et d’une petite tête, avant de parler d’équilibre», soupèse Olivier Delacrétaz, de la Ligue vaudoise. Pour René Knüsel, les prétentions de l’un sont modérées par celles de l’autre. «Pierre-Yves Maillard est objectivement plus fort du fait de sa présidence», tranche Cesla Amarelle.

Néanmoins, la conseillère nationale socialiste estime que le propos doit être élargi: «Derrière ces deux hommes, il faut aussi voir la stratégie du compromis du Parti radical et du Parti socialiste, que l’on retrouve également au niveau des communes et de l’administration.» Cette manière de faire de la politique fonctionne plutôt bien par beau temps. Les caisses de l’Etat sont pleines. Il y a de l’argent à se partager. «Cela risque d’être beaucoup plus compliqué lorsqu’il faudra faire des coupes», prévient René Knüsel.

Campagne électorale en 2017

En regardant en direction de l’avenir se pose aussi la question des élections cantonales, au printemps 2017. La méthode du compromis «rad.-soc.» semble populaire dans l’électorat vaudois. Mais elle a pour effet de congeler le débat gauche-droite. Le discours contradictoire est confiné aux extrêmes de l’échiquier politique. Dans ce contexte, il sera délicat pour Pascal Broulis de proposer aux Vaudois une alternative qui mériterait de renverser la majorité de gauche du Conseil d’Etat.

Le ministre des Finances a déjà annoncé vouloir rempiler pour un quatrième mandat. Il serait surprenant que Pierre-Yves Maillard n’en fasse pas de même. «Ce sont des boxeurs, ils ont besoin d’un adversaire pour monter sur le ring», image René Knüsel. Dès lors, beaucoup d’observateurs ne voient pas de changement de majorité. Ou alors, cela se jouera sur des questions de personnes et non sur les idées.

Mais en politique les divergences finissent toujours par réapparaître. Jacques-André Haury en est convaincu: «Le PLR et le PS ont obtenu une partie de leur programme avec le compromis de la RIE III. Néanmoins, tôt ou tard, les deux formations vont essayer d’obtenir le complément qu’ils n’ont pas encore réussi à avoir.» Olivier Delacrétaz pense également que les échéances électorales vont nous sortir de la torpeur consensuelle: «En principe, les partis sont programmés pour se bagarrer à l’approche des élections.» Les partis sûrement. Reste à voir comment se comporteront Pierre-Yves Maillard et Pascal Broulis.

Créé: 29.03.2016, 08h06

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