Paléo ne testera pas la qualité des drogues des festivaliers

StupéfiantsLes labos mobiles testeurs de drogue sont très présents outre Sarine. L’Etat de Vaud réfléchit à reproduire le modèle

Image: Patrick Martin

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Tester la qualité des drogues consommées de manière récréative afin que l’usager sache précisément ce qu’il absorbe. Depuis une vingtaine d’années, sous l’impulsion du Canton de Berne, des laboratoires mobiles, de «drug checking», écument les soirées électro de la capitale et ont essaimé en Suisse alémanique. Là-bas, pas un week-end ne se passe sans qu’un de ces dispositifs soit déployé.

Côté romand, en revanche, aucune trace de ces labos mobiles, à l’exception d’un test effectué à la Lake Parade de Genève l’été dernier. Pourtant, l’École des Sciences criminelles de l’Université de Lausanne compte des spécialistes en analyse de stupéfiants, notamment le doctorant Florentin Coppey. L’appareil développé par le chercheur, en forme de lampe de poche, permet d’analyser la qualité (taux de pureté et composition) de drogues aussi diverses que l’ecstasy, la cocaïne, l’héroïne ou encore les amphétamines. Et bientôt les nouveaux produits de synthèse (NPS), tels que la méphédrone. Le tout en temps réel, avec résultats envoyés sur smartphone ( lire encadré).

L’an dernier, le prototype du dispositif – conçu pour différencier le cannabis légal de son cousin illégal – avait été testé à Paléo. Son successeur n’aura pas ce privilège et ne foulera pas la plaine de l’Asse. Qui ne verra pas non plus l’ombre d’un laboratoire mobile cette année. «Le Paléo n’est pas comme la Lake Parade où l’on observe d’immenses pics de consommation de drogues dures, lâche Daniel Rossellat, boss de Paléo. Il y a quelques années, nous avions fait analyser les eaux usées du festival. On n’y avait pas trouvé plus de drogues que dans une grande ville.»

«Hormis un pic de MDMA, la drogue festive par excellence, les résultats étaient comparables à ceux d’une ville comme Lausanne», confirme Pierre Esseiva, spécialiste de l’analyse des stupéfiants à l’École des sciences criminelles.

Volet préventif
Mais la véritable raison de l’absence de tests «sur zone» en Suisse romande tient en réalité plus à une question de culture que de consommation. Il faut dire que le dispositif, qui vise à manipuler des substances interdites au vu et au su de tous, touche à un sujet on ne peut plus épineux. «La question est sensible et relève peut-être d’une différence de mentalités, observe Stéphane Caduff, responsable du secteur prévention de la Fondation vaudoise contre l’alcoolisme. Avec d’autres institutions partenaires, l’entité a lancé le projet de prévention et de réduction des risques «Nigh­tlife».

Sur son site Web et sur son application, Nightlife publie les drogues que l’on trouve sur le marché et leur composition. «Nous nous appuyons sur les résultats obtenus dans les labos mobiles suisses alémaniques faute de mieux», poursuit le responsable, qui espère voir un jour des dispositifs de drug checking sur sol vaudois. Un espoir que le politique pourrait bientôt réaliser. Il y a quelques semaines, un postulat d’Amélie Cherbuin (PS) demandait au gouvernement «d’étudier l’opportunité d’organiser un dispositif de type laboratoire mobile, en s’inspirant des modèles existants, et qui pourrait être mis à disposition, lors de manifestations festives, sur l’ensemble du territoire vaudois».

Dans ce dossier, la balle est donc désormais dans le camp de l’État, qui rendra sa réponse ces prochains mois. «Cette problématique de santé publique, qui vise à réduire les risques, mérite un débat ouvert et serein. Pour qu’un dispositif tel qu’un labo mobile puisse être déployé, il faut un large consensus politique», poursuit Stéphane Caduff, qui sait que la partie n’est pas gagnée tant le sujet est clivant. Il est d’ailleurs certain qu’entre ceux qui y voient une incitation à la consommation, un blanc-seing à la défonce, ou encore ceux qui craignent de voir les trafiquants venir tester leur marchandise aux frais de l’État, les opposants au drug checking ne manqueront pas. «Dans les labos mobiles, il y a un accueil, un entretien ainsi qu’un questionnaire, obligatoire mais anonyme. Il y a un véritable accompagnement et un volet préventif, il ne s’agit pas du service après-vente des dealers.»

Pierre Esseiva, qui a observé le fonctionnement du dispositif à la Street Parade de Zurich, renchérit: «Il ne s’agit pas de pousser à la consommation mais de prévenir. Certains produits peuvent être surdosés ou contenir des substances dangereuses. Autant que la personne qui a décidé de les consommer, labo mobile ou pas, en soit consciente. En outre, ces endroits permettent d’entrer en contact avec une population d’ordinaire très discrète.»

Si le gouvernement réserve sa réponse au parlement, le médecin cantonal Karim Boubaker réserve la primeur de sa position au Conseil d’État. Il lève malgré tout un bout du voile: «Les expériences menées outre-Sarine nous intéressent, je suis plutôt favorable à ce genre d’approches lorsqu’elles ont démontré des effets positifs. Quant à savoir si ces labos mobiles sont une incitation à la consommation, c’est tout le débat. Il s’agira, comme toujours dans ces cas-là, d’effectuer une pesée d’intérêts et de voir quels pourraient être les effets négatifs en termes de santé publique.»

Créé: 17.07.2018, 06h42

Une bourse de 100'000 francs

Pour développer son dispositif (qui s’appuie sur la technique de la spectroscopie proche infrarouge), Florentin Coppey a créé une start-up: NIR Lab Technologies. Cette dernière vient de recevoir la bourse InnoTrek de 100'000 francs, gérée par le PACTT (Office de Transfert de Technologies UNIL-CHUV) et financée par la Fondation pour l’innovation technologique (FIT) du Canton. Une manne qui va permettre au doctorant de lancer son activité. «La prochaine évolution du dispositif, 100% portable, pourra fonctionner toute une journée et envoyer ses résultats en temps réel.»

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