Panne de vocations chez les pompiers volontaires

Services du feuLes casernes vaudoises ont de plus en plus de mal à attirer des nouvelles recrues. Le système de milice reste vital, mais le métier se professionnalise.

Image: Philippe Maeder

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Il n’y a pas le feu au lac, mais ça commence à chauffer. Les services de défense incendie et secours (SDIS) vaudois ont de plus en plus de mal à trouver du sang neuf. Une tendance qui devient préoccupante pour plusieurs corps de pompiers: «On n’est pas dans la zone rouge, mais entre le nombre de volontaires engagés et le nombre de ceux qui arrêtent, on voit qu’on est en déficit», constate Daniel Grosjean, commandant du SDIS Gland-Serine, un corps de pompiers entièrement composé de volontaires. Cet écho du terrain se matérialise clairement dans les chiffres. Dans le canton, en 2016, environ 1100 pompiers volontaires ont rendu leur casque, pour seulement 543 nouvelles recrues, un chiffre qui baisse d’ailleurs d’année en année malgré les efforts déployés pour encourager les vocations (lire ci-contre). L’an dernier, la milice a ainsi perdu plus de 550 hommes, ce qui représente un peu moins de 10% de son effectif actuel de 5780 hommes.

Changement de société

C’est que, depuis la fin de l’obligation de servir en 2011, la milice dépend des Vaudois qui veulent bien s’engager. Et, comme en politique, les vocations marquent le pas. Premier constat pour Daniel Grosjean, les nouvelles recrues s’engagent de moins en moins longtemps: «Quand on forme un jeune de 18 ou 20 ans, on sait qu’il va partir bientôt. On espère simplement qu’il va s’engager dans un autre corps quand il aura trouvé un job ou un appartement ailleurs.» Pour les corps de pompiers, la vie plus volatile des jeunes générations forme un mauvais cocktail avec le départ des pompiers en fin de carrière: «On a un creux au niveau des pompiers très expérimentés, car nous n’avons pas un grand réservoir pour les remplacer», explique Pierre-Yves Corthésy, commandant du SDIS Nyon-Dôle.

Autre signe des temps, la vie professionnelle des volontaires leur permet de moins en moins d’être sur place et disponibles pour les interventions de jour: «Si l’un de mes hommes travaille à Genève, ce qui arrive souvent dans la région, je ne peux compter sur lui que le soir», détaille Daniel Grosjean. D’où une autre tendance grandissante, consistant à engager du personnel fixe en journée. «On le voit partout dans le canton, surtout dans les SDIS de grande taille», remarque Pierre-Yves Corthésy, qui occupe lui-même l’un des cinq postes permanents que compte aujourd’hui le SDIS Nyon-Dôle. Pour Cédric Fagherazzi, commandant du SDIS Riviera et président de la Fédération vaudoise des sapeurs-pompiers (FVSP), ces postes servent, à la base, surtout à libérer les volontaires des tâches administratives pour leur permettre de se concentrer sur les interventions de terrain: «Ici, nous avons huit personnes permanentes. Elles sont là pour faire tourner le service, mais à l’avenir, les SDIS risquent de ne pas avoir d’autre solution que d’engager du personnel pour les interventions de jour.»

Plus de pros dans l’agglo

Malgré les inquiétudes, la professionnalisation massive des services du feu vaudois n’est pas d’actualité. «Dans certains SDIS, dans la région d’Echallens par exemple, le téléphone ne sonne pas pendant quatre jours. Financièrement, on ne peut pas se permettre d’avoir des professionnels assis autour d’une table à attendre», relève Cédric Fagherazzi. Pour l’instant, Lausanne est le seul corps de pompiers vaudois à se reposer sur des professionnels – 150 à l’heure actuelle – complétés par 170 volontaires. Mais ce modèle pourrait s’étendre. En effet, l’Etablissement cantonal d’assurance (ECA), qui coordonne la défense incendie dans le canton, planche actuellement sur une refonte de l’organisation des pompiers dans toute l’agglomération lausannoise à l’horizon 2020-2025. «L’idée retenue pour le moment est que les sapeurs-pompiers professionnels interviennent désormais de jour et les volontaires, de nuit», indique ainsi Laurent Fankhauser, directeur ad interim de l’ECA. Le projet, appelé VIDIS, vise à répondre aux besoins d’une agglomération de plus en plus densément peuplée, sachant que les jeunes urbains sont parmi les moins pressés de rejoindre les soldats du feu.

Sur l’ensemble du territoire cantonal, Laurent Fankhauser le martèle, les standards de sécurité sont parfaitement assurés grâce, notamment, à une répartition des forces sur 70 casernes. Face au tarissement du sang neuf, il n’y aura pas de remède miracle, mais un faisceau de solutions, estime-t-il. Par exemple, une application mobile permettra bientôt de connaître en temps réel quels volontaires sont disponibles pour une intervention. «Nous devons trouver des solutions coordonnées, autrement, nous allons droit dans le mur», admet-il.

Créé: 28.02.2017, 06h32

Opérations séduction dès la plus tendre enfance

Depuis 2010, le recrutement des pompiers volontaires passe par une campagne annuelle coordonnée par la Fédération vaudoise des sapeurs-pompiers (FVSP) dans tout le canton. Cette année, elle aura lieu le 2 novembre, date à laquelle les aspirants pourront se présenter à la caserne de leur région pour s’incorporer. Les pompiers vaudois se mettent aussi en vitrine au printemps, en parallèle du Tour de Romandie. Entre le 25 et le 30 avril prochain, ils seront présents aux étapes de Moudon et de Villars-sur-Ollon pour présenter le métier au grand public.

Enfin, pour draguer la jeune génération sans perdre de temps, il existe depuis 1999 un Groupement vaudois des jeunes sapeurs-pompiers. Ouvert aux enfants dès 8 ans, il les initie aux gestes qui sauvent et à certains équipements des pompiers confirmés. Une partie de la formation acquise est valable pour ceux qui, à 18 ans révolus, veulent s’engager pour de vrai.

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