Le panthéon hindou habite un ancien entrepôt à Prilly

Nos spiritualités méconnues (1/5)Un temple dédié au dieu Ganesh a été fondé y a près de vingt ans par la communauté sri lankaise. Il accueille les rituels complexes de l’hindouisme deux fois par semaine.

L'un après l'autre, Shiva, Ganesh, Durga, et Murugan ont chacun leur cérémonial, ainsi que neuf divinités représentant les planètes.

L'un après l'autre, Shiva, Ganesh, Durga, et Murugan ont chacun leur cérémonial, ainsi que neuf divinités représentant les planètes. Image: Jean-Guy Python

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«En principe, un temple devrait être ouvert tous les jours. Ici en Suisse, c’est différent, car le prêtre travaille, comme tout le monde.» Veerakathy Baskaralingam préside l’association du temple hindouiste de Prilly. Il est bientôt 18 h, et, comme chaque vendredi, il attend celui qui conduira la cérémonie du soir. En coup de vent, le prêtre arrive enfin et s’engage dans les préparatifs du rituel avec des gestes précis. La taille drapée dans une étoffe de soie, un collier autour du cou, l’un de ses premiers gestes est de peindre trois lignes blanches sur son front, ses bras et son torse. Elles sont symboles de Shiva, l’une des divinités qui règnent sur les lieux.

«Nous allions à l’église»

Le décor est insolite pour un temple. Nous sommes à l’entresol d’un ancien bâtiment industriel, non loin de la patinoire de Malley. Autrefois, c’était un entrepôt, ou peut-être un garage. Aujourd’hui, l’entrée du lieu de culte s’ouvre sur un parking souterrain, mais ce voisinage ne change rien au respect de certaines règles immuables. Avant de passer la porte, on dépose ses chaussures sur des rayonnages, comme c’est l’usage pour tous les croyants hindous.

À l’intérieur, un véritable panthéon s’ouvre au regard: les statues de Ganesh, de Durga, de Murugan et de Shiva s’abritent, étincelantes et habillées de soie, sous de petits sanctuaires peints aux couleurs vives. «Le temple est principalement dédié à Ganesh», précise Veerakathy Baskaralingam, qui confie vénérer particulièrement le dieu à tête d’éléphant. Pourquoi ce choix? Il hausse les épaules, puis répond en toute simplicité: «Peut-être parce qu’un temple lui était dédié dans mon village au Sri Lanka. Mais chacun ici a sa préférence.»

Les cheveux poivre et sel, il se souvient de l’époque où les immigrés tamouls, comme lui, n’avaient pas de lieu de culte dans le canton de Vaud. «Nous allions à l’église. Pour nous, cela ne pose pas de problème!» C’était dans les années 80. Il aura fallu patienter un peu pour que, sous son impulsion, la communauté se dote de son propre lieu de célébration. «Ça a commencé il y a 26 ans, à Renens. Ce n’était qu’un local de prière au début, mais après Bâle, nous étions le deuxième lieu de culte hindou à voir le jour en Suisse. Quelques années plus tard, nous avons créé un véritable temple, ici à Prilly. C’était en 2000 ou 2001.»

Au temple après le travail

Outre une cérémonie le mardi soir, qui attire une poignée de fidèles, le temple s’anime surtout le vendredi, drainant chaque semaine quelques dizaines de personnes. Les places sont limitées, la faute aux normes incendie qui s’appliquent au vieux local. Peu à peu, l’assistance grandit. On vient après sa journée de travail, comme cette infirmière établie à Moudon, qui a tout juste fini son service au CHUV. «Je viens de temps en temps, quand je peux», glisse-t-elle. En habit traditionnel, une tunique longue et un pantalon en tissu léger, les femmes sont les premières à attendre le début de la cérémonie, assises en tailleur sur des tapis. Pendant qu’elles bavardent, un parfum d’épices s’échappe d’une petite cuisine attenante. Un petit groupe s’active pour préparer des offrandes destinées aux dieux, qui régaleront aussi les fidèles quand tout sera fini.

Le tintement d’une cloche à la main du prêtre donne le signal. La cérémonie peut commencer. Elle se déploie pendant environ une heure, au fil de rituels qui s’accomplissent et se répètent devant chaque dieu, l’un après l’autre. L’assistance suit le prêtre dans son parcours à travers le temple, passant elle aussi de statue en statue, de cérémonial en cérémonial. Comme le veut la foi hindouiste, le prêtre appartient à la caste des brahmanes, qui est seule à maîtriser les rituels et à comprendre le sanskrit, la langue sacrée dans laquelle ils sont accomplis.

À la fin de la cérémonie, une jeune femme confie en effet qu’elle n’y comprend pas grand-chose, bien qu’elle soit d’une famille très pratiquante. À 20 ans, elle fréquente le temple de Prilly depuis toujours, et malgré ses études à l’Université de Lausanne, elle continue de venir avec plaisir toutes les semaines. «Pour moi, c’est un espace de calme où l’on peut se sentir libéré. En venant ici, on sait qu’on peut demander quelque chose aux dieux. Ils sont là pour nous.»

Préserver la culture

La jeune femme confie d’ailleurs prier tous les matins dans sa chambre, où un petit autel est aménagé, comme souvent dans les foyers les plus pratiquants. Mais elle sait que tous les jeunes de son âge ne sont pas aussi attachés au religieux. Veerakathy Baskaralingam le constate sans trahir d’amertume. «Pour les enfants qui sont nés ici, ce n’est pas comme les gens de notre génération. Ils ne viennent que quelques jours par année. C’est un peu comme ce que vit l’Église aujourd’hui.»

Selon lui, certaines valeurs hindouistes s’estompent désormais avec les nouvelles générations, comme le poids des castes, qui compartimentent traditionnellement la société: «Le prêtre se doit d’être brahmane, mais pour les autres, la caste ne change rien à leur vie. Certains jeunes ne connaissent peut-être même pas celle de leur famille.» Jetant un regard sur l’assistance, il observe néanmoins: «Les femmes sont toutes en vêtements traditionnels. Dans la vie de tous les jours, les gens n’ont pas la possibilité de mettre un sari. S’il n’y avait pas le temple, la culture se perdrait.»

Créé: 15.04.2019, 09h13

Série spéciale

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Une communauté garante d’un hindouisme traditionnel en Suisse

Dans le canton de Vaud, l’hindouisme est présent à travers au moins six communautés, selon le recensement réalisé l’an dernier par le Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC). La plupart d’entre elles rassemblent des fidèles occidentaux qui pratiquent une spiritualité amenée en Europe par divers gourous dans les années 70.

Le temple de Prilly représente un hindouisme plus traditionnel, porté par la diaspora sri lankaise hindoue, qui compterait plusieurs centaines de personnes dans le canton. Selon les estimations, les réfugiés tamouls qui ont fui la guerre civile dans les années 80 et 90 représentent plus de 80% des hindous de Suisse, dont le nombre total est estimé à près de 40'000, soit 0,6% de la population.

Alors qu’il existe une petite vingtaine de temples hindous dans tout le pays, celui de Prilly est l’un des deux seuls de Suisse romande, avec le temple de Vernier. Les cantons de Zurich et de Berne concentrent quant à eux le plus grand nombre de lieux de culte, qui occupent le plus souvent des locaux industriels ou commerciaux. Seul le temple de Bâle, inauguré en 2014, a sa propre structure visible depuis l’extérieur.

«L’un des défis des temples hindous en Suisse aujourd’hui est d’intéresser une nouvelle génération qui souhaite comprendre la religion, analyse Martin Baumann, professeur de science des religions à l’Université de Lucerne. Il y a des exceptions, mais les prêtres sont encore peu nombreux à faire la démarche d’expliquer l’hindouisme aux fidèles, étant davantage formés pour accomplir les rituels.»

800 communautés spirituelles

C’est un chiffre que l’on n’imaginait sans doute pas. Il existe dans le canton de Vaud près de 800 communautés spirituelles, autrement dit des groupes de personnes qui se rassemblent en un même lieu pour pratiquer leur foi, donner corps à leurs croyances. En octobre dernier, le Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC) présentait ce recensement inédit sur mandat de l’État de Vaud. «24 heures» est allé à la rencontre de certaines de ces communautés, parmi les moins connues en terres vaudoises.

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