Paraplégique, il attend en vain un bus adapté et rentre chez lui en ambulance

HandicapPierre Golay a attendu trois cars durant plus de trois heures. CarPostal s’excuse.

Pierre Golay a attendu deux heures à la garde d'Yverdon en espérant pouvoir rentrer chez lui dans un car adapté.

Pierre Golay a attendu deux heures à la garde d'Yverdon en espérant pouvoir rentrer chez lui dans un car adapté. Image: Christian Brun

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Quatre cent douze francs, c’est la facture reçue par Pierre Golay pour le trajet Yverdon-Yvonand. Non, il n’a pas loué une limousine luxueuse ni pris un avion privé pour rejoindre son domicile en ce vendredi soir du mois de juin. C’est bien en ambulance que ce paraplégique a pu enfin rentrer chez lui. Tout commence à 17 heures en gare d’Yverdon. Pierre Golay s’apprête à monter dans le car postal 650, comme il le fait très souvent. «Je réalise que le car n’est pas adapté à mon fauteuil électrique. Je m’en plains au chauffeur. Il me dit d’attendre le bus suivant, qui passe une heure plus tard.»

Ce qu’il fait. Mais, à 18 heures, même problème et même réponse. Idem à 19 heures, heure du dernier départ. «Mon fauteuil électrique commençait à être à court de batterie et je me suis finalement adressé à la police.» Une tentative en taxi est envisagée, mais le fauteuil n’est pas un modèle pliable, il est lourd et prend beaucoup de place.

«Finalement, il a fallu appeler le 144. Je suis donc rentré chez moi en ambulance, sur un brancard. Mon fauteuil électrique est resté au poste de police»

Toutes les autres options ne donnent rien, il est bientôt 20 heures et Pierre Golay n’envisage pas de dormir à Yverdon. «Finalement, il a fallu appeler le 144. Je suis donc rentré chez moi en ambulance, sur un brancard. Mon fauteuil électrique est resté au poste de police.»

Les ambulanciers ont déposé Pierre Golay directement à l’intérieur de son domicile, où il dispose d’un fauteuil manuel. «Je suis paraplégique, mais j’ai également de gros problèmes de cervicales, d’épaules et de l’arthrose dans les mains. Je ne peux pas utiliser mon fauteuil manuel, pliable et plus léger, très longtemps si personne n’est là pour le pousser.»

Pourtant, cet habitant du Nord vaudois fait de l’autonomie des personnes à mobilité réduite son cheval de bataille. Il a créé en début d’année l’Association Handicap autonome romand et se réjouit de la mise en application de la loi sur l’égalité des personnes handicapées (lire en encadré). Il a évidemment envoyé une réclamation à CarPostal et obtenu une réponse quelques jours plus tard. L’entreprise s’excuse platement et prendra en charge la douloureuse. Contacté, le responsable de la région ouest de l’entreprise, Pierre-Alain Perren explique: «Les cars sont rarement attribués à une ligne particulière. Nous sommes parfois amenés à changer certains véhicules selon les problèmes que nous rencontrons. Ce soir-là, il y a visiblement eu une mauvaise répartition des cars. Trois bus de suite sans rampe, cela ne devrait pas arriver.»

S'annoncer vingt-quatre heures à l’avance

Une histoire de changement de caisses à l’intérieur des véhicules a été évoquée par le chauffeur de celui de 17 heures. «Nous aurions dû avoir le réflexe de contacter la centrale pour nous assurer que le prochain bus serait correctement équipé», poursuit Pierre-Alain Perren. Et de rappeler qu’il est toujours préférable, pour une personne en chaise roulante, de s’annoncer vingt-quatre heures à l’avance, afin que des dispositions particulières soient prises pour assurer son transport. Pierre Golay le fait d’ailleurs avec les CFF, où un lift est indispensable pour monter à bord de la plupart des trains. «C’est la raison pour laquelle, je prends le bus en gare d’Yverdon lorsque je dois rentrer chez moi en fauteuil électrique.»

Bien que l’histoire se termine pour le mieux, Pierre Golay entend faire monter son dossier à Berne pour que le transport des personnes à mobilité réduite soit une réelle préoccupation des élus. «Tout ne sera pas en place à l’horizon 2024, comme la loi l’exige, c’est évident.»

Créé: 17.06.2018, 19h38

Il faut attendre 2024 pour une meilleure accessibilité

La loi sur l’égalité des personnes handicapées prévoit qu’à partir de 2024 les transports publics puissent être utilisés de manière autonome par les personnes à mobilité réduite. «Cette loi est en vigueur depuis 2004 et il y a déjà eu des améliorations. Mais de nombreuses sociétés de transport, des communes et des cantons n’ont quasiment rien fait, déplore Marc Moser, responsable de la communication de l’association Inclusion handicap. Aujourd’hui, moins de 10% des arrêts de bus sont adaptés aux personnes handicapées.» Le cas de Pierre Golay n’est malheureusement pas unique. Marc Moser réagit: «Si tous les bus ne sont pas accessibles, la société de transport doit indiquer dans son horaire ceux qui sont adaptés aux personnes à mobilité réduite. Les chauffeurs doivent pouvoir communiquer ces informations aux personnes concernées. Le cas décrit est scandaleux.» Seul moyen d’éviter ce genre de mésaventure: appeler la société de transport concernée pour lui annoncer clairement le jour et l’heure du déplacement et avoir ainsi la certitude que le véhicule est adapté ou réserver une assistance au moment de monter à bord.
inclusion-handicap.ch

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