Comment les parcs éoliens sont financés

ÉnergieLes projets éoliens sont au cœur de la transition énergétique. Leur modèle de financement va pourtant devoir radicalement évoluer. Décryptage.

Prise de vue aérienne des éoliennes de Peuchapatte. (Image d'archives)

Prise de vue aérienne des éoliennes de Peuchapatte. (Image d'archives) Image: LAURENT CROTTET

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Après des années d’incertitudes, les dernières jurisprudences montrent cette fois la couleur. Tout laisse désormais à penser que, sauf révolution et malgré le combat acharné des opposants, des dizaines d’éoliennes vont bel et bien garnir un jour les crêtes et les campagnes du canton de Vaud.

C’est le résultat d’une politique, mais aussi de l’application de plans financiers souvent confidentiels et opaques. Nous avons compilé les chiffres connus de plusieurs projets afin de reconstituer le montage type du projet éolien vaudois. Celui qui a porté la plupart des projets et qui permet, dans un marché en pleine libéralisation, d’apercevoir aujourd’hui la transition énergétique.

En gros, des entreprises parfois parapubliques ou en quête de rentabilité montent le projet, prennent le risque, et augmentent leur capital via des investisseurs à qui est promis un rendement moyen. Il est assuré autant par le vent que par l’ancienne RPC (rétribution à prix coûtant): les sociétés énergétiques de la Confédération, Swissgrid puis Pronovo, subventionnent largement la société d’exploitation éolienne via une taxe prélevée sur nos factures d’électricité. Le chiffre d’affaires est ensuite ventilé (voir l’infographie). Mais ce schéma est ancien, au cœur des controverses, et inévitablement appelé à évoluer.

Réduire le risque

«Le modèle classique est calqué sur la RPC, analyse le municipal Lausannois Jean-Yves Pidoux. Il assure un risque proche de zéro dans la commercialisation et les investissements.» Sauf que la RPC sera coupée en 2022, répète depuis des années la Confédération. Passé cette date, les parcs sans accords devront renouveler singulièrement leur modèle, même si d’autres systèmes de subvention sont plus ou moins attendus. Pour les promoteurs qui vont obtenir la RPC, rien de gagné non plus. Elle s’éteint au bout de 15 à 20 ans, et il faudra se creuser les méninges. Les promoteurs parlent de tarification dynamique, de diversification, de prise en compte du déficit de production, ou autre. Le ton est pour l’instant léger. Mais les énergéticiens vaudois savent qu’en Allemagne, la baisse des subventions à la branche éolienne a laissé des milliers d’employés sur le carreau. Ce que ne manquent pas de rappeler les opposants.

«Tout le monde reconnaît qu’il faut se poser des questions. Maintenant, ce serait mieux de le faire avant de commettre des bêtises et de construire ces parcs, ironise Jean-Marc Blanc, secrétaire général de Paysage-Libre Vaud. Le modèle subventionné provoque un déséquilibre, avec des petites communes qui perdent tout contrôle, dès qu’elles ont obtenu le permis de construire, face à des géants de l’électricité. On peut dire ce qu’on veut. Dans une société, c’est celui qui a 50% qui commande.»

L’autre critique du modèle, c’est qu’il ne favorise pas l’acceptabilité des parcs. Dans les villages, la manne que constituent les mesures de compensation, l’imposition des sociétés, les emplois, les dividendes (surtout si la commune fait partie de la société électrique) ou encore les droits de superficie, attirent les convoitises et la méfiance. Surtout si les chiffres sont communiqués au compte-gouttes. Les villes, elles, qui se retrouvent propriétaires indemnisés, comme Lausanne ou Yverdon, vendeuses, et dans la structure via leur société industrielle, s’en tirent mieux.

À Bavois, un opposant dénonce depuis des années les conseillers communaux et municipaux (dont le syndic, qui s’est récusé) propriétaires ou proches de propriétaires qui seront indemnisés.

«Le modèle habituel des projets date d’une époque où on n’avait pas l’habitude d’une certaine transparence ni d’inclure les citoyens dans le montage, réfléchit Pierre-Henri Bombenger, professeur à la HEIG-VD en urbanisme opérationnel. La Suisse ne s’est pas encore adaptée à des petites productions d’énergie décentralisées et les communes considèrent toujours que l’électricité est une source historique de revenu. C’est de moins en moins le cas.»

Changement de culture

L’avenir? Une structure qui distribue la manne éolienne à toute la collectivité. «Là, une partie du problème vient du fait qu’un voisin a l’impact et un autre les plus-values», résume Adeline Cherqui, chercheuse à la HEIG.

De nouveaux modèles sont dés­ormais sur la table, et appelés des vœux du Canton et des spécialistes. Des systèmes de distribution immédiate de l’énergie éolienne, actuellement diluée dans tout le réseau et non localement, l’ouverture de l’actionnariat aux locaux, des coopératives, des logiques d’investissement plus humaines et attentives au contexte.

Un virage. Reste à savoir si les projets éoliens vaudois vont le prendre.

Créé: 16.10.2019, 06h32

Ceux qui vont toucher des milliers d’indemnités

À l’origine prévus pour compenser le manque à gagner que provoque l’installation d’une éolienne sur le terrain d’un agriculteur, les droits de superficie versés par les promoteurs sont devenus un des mécanismes servant à faire passer le projet. Combien ? Selon nos informations la fourchette va de 10'000 à 25'000 francs par année et par éolienne.

Et si de nombreux exploitants d’alpage et paysans vont effectivement toucher ces rentes annuelles, il n’y a pas qu’eux.

Sur les alpages se trouvent plusieurs sociétés foncières qui ont eu, on dira, de la chance. Mais ce sont souvent les Communes, propriétaires historiques des pâtures, qui vont empocher la mise. Des villages voisins des projets, comme Vaulion, Mont-la-Ville, etc., mais parfois plus lointaine. Grandson, Payerne et Yverdon possèdent par exemple des alpages à éoliennes à des kilomètres de chez eux.

Plus cocasse, la Confédération détient une des deux collines du projet genevois de Grandevent, près de Bullet. Et sur les projets de Provence et de Bel Coster, plusieurs alpages sont ceux de… l’État de Vaud. Une douzaine d’éoliennes sont envisagées sur ses terres.

Mardi, aucun fonctionnaire ne savait où ces dizaines de milliers de deniers, issus d’entreprises parapubliques, allaient se retrouver.

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