A Paris, les Vaudois expatriés livrent leur bilan de la présidentielle

ElectionAvec ou sans droit de vote en France, des expatriés vaudois donnent leurs conclusions sur cette longue campagne électorale, à deux jours du deuxième tour.

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«Beaucoup de mes amis organisent des apéros ou des fêtes pour dimanche, entre le moment de voter et les résultats.» A Paris, l'élection présidentielle est proche du dénouement. Mais peu à peu, la frénésie cède le pas à la résignation. «C'est déjà terminé. Tout le monde pense que Hollande va passer». Comme Janine Piguet et Nicolas Fremiot, des Vaudois installés à Paris observent la fin de cette élection d'un œil circonspect. Avec ou sans le droit de vote en France, ils livrent comme d'autres «expats» leurs impressions sur cette campagne qui les aura marqués, sans forcément les concerner.

Expatriés

«A Paris c'est le small talk du moment. Les Français sont impliqués et avec ces immenses meetings, vous avez forcément dans votre entourage des gens qui y sont allés.» De La Côte à Paris, Eric Biéler (26 ans) est arrivé en France en même temps que la campagne, il y a une année et demi. «Depuis, il y a des articles tous les jours dans le journaux sur le sujet. C'est impressionnant parce qu'en Suisse, la politique n'est pas très personnifiée.»

Le jeune consultant dresse un constat très simple sur son statut d'étranger. «Les discours s'adressent évidemment à ceux qui votent plus qu'aux habitants, ce qui crée un sentiment de mise à l'écart. On parle des solutions pour les Français, alors que, nous aussi, nous payons nos impôts et nous participons à la société.»

Ingénieur installé à Paris depuis 1989, Pascal Platel (38 ans) est binational. Dimanche, il ira voter, sans grande conviction. «C'est un peu terminé maintenant. Tout le monde est sûr que Hollande va passer. Cela m'est un peu égal de savoir qui sera élu, pour moi les deux candidats sont les mêmes. Je n'ai pas vraiment confiance en eux.» Pour le second tour, Pascal Platel hésite à voter blanc. «Mon candidat idéal n'existe pas.»

Incrédulité

«Beaucoup de gens se sentent coincés avec ces deux candidats, estime Janine Piguet, comédienne originaire du Chenit, à la vallée de Joux. Ils aimeraient mieux avoir un Obama. Il est difficile de dire s'ils vont tenir leurs promesses, cela crée beaucoup de doutes chez les Français, et cela les rend prudents.»

Photographe aux origines valdo-jurassiennes, Nicolas Fremiot (46 ans) partage cette méfiance. «Je discutais avec un ami du fait que Hollande veut augmenter les postes dans l’éducation nationale. On s’est rendu compte qu’on ne le croyait pas, en fait.»

Tensions

Le premier tour de l'élection, avec ses programmes antagonistes, aura contribué à instaurer un climat tendu dans la capitale. Elue UMP dans le XVIIIe arrondissement et Lausannoise, Céline Peters (39 ans) a vu l'ambiance se détériorer dans son quartier de Montmartre. «Dans mon entourage, les gens sont très agressifs. Comme la gauche n'a rien à apporter, elle pousse à la haine. Ils disent que c'est la faute à Sarkozy si le pays est en ruine, que les gens sont devenus individualistes.»

En tant qu'étranger, les thèmes de la droite ne facilitent pas l'intégration. «L'utilisation de la peur de l'étranger, c'est très difficile d'en parler sans que cela parte dans des amalgames», explique Eric Biéler.

Le temps s'arrête

La campagne électorale, longue de presque deux ans, laisse sceptiques les Vaudois de Paris. «Cette guéguerre a dû décevoir pas mal de gens, observe le jeune consultant. On se dit que c'est du jeu, une mascarade. Au final, tous ces efforts ne sont pas utilisés à régler des problèmes. En Suisse avec la concordance, on a davantage l'habitude de travailler ensemble.»

D'un point de vue suisse, c'est l'improductivité qui embarrasse. «Dans les ministères, les grands fonctionnaires démissionnent tous les 5 ans, note Eric Biéler. Toute l'administration et les médias sont rythmés par cela. Si les gens démissionnaient tous les 5 ans dans les entreprises, je ne sais pas comment cela irait. » Avec les élections législatives du mois de juin, c'est une longue pause qui va se prolonger. «Six mois avant les élections, les grands chantiers s’arrêtent, remarque Nicolas Fremiot. Avec les législatives en juin, les vacances d’été, on pourra reparler aux politiciens en septembre!»

En Suisse

Ainsi, la sobriété des élections suisses semble plus appropriée aux yeux de ces Français d'adoption, même intégrés depuis des années à la vie parisienne. «Voter pour bloquer un candidat, c'est la voie de la facilité, estime Frédéric Maendly (31 ans), intermittent du spectacle installé à Paris depuis six ans. Je préfère le système suisse, plus représentatif. J'aime l'idée de voter pour les idées d'un parti, et pour un candidat en second»

«Je ne suis pas très fan de la classe politique française, reconnaît pour sa part Pascal Platel. Ils ne sont pas exemplaires. Ce sont les premiers à augmenter leur propre salaire, ils ne viennent pas à l'Assemblée, ils ne sont pas terribles sur leur communication. Ce n'est pas dans l'idée de la République française et c'est déprimant pour le citoyen moyen.»

Mais pas question de ne pas voter. «Je vais voter car j'aime avoir cette possibilité-là. En France il y a peu d'élections, c'est normal qu'on s'y intéresse beaucoup, mais je ne pense pas que les Français soient plus impliqués que les Suisses.» L'ingénieur n'exclut pas de revenir un jour en Suisse. Mais pas forcément pour des raisons politiques. «Pas sûr que ce soit tellement mieux. En Suisse aussi, il y a des politiciens qui font du comique pour se faire connaître. Comme un certain UDC valaisan.»

Créé: 04.05.2012, 09h57

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