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Un parlement pour les crèches et les Jeux olympiques

Deux jours après l’élection, les statistiques montrent que les futurs députés voudront baisser les impôts de la classe moyenne. La caisse maladie unique convaincrait la moitié d’entre eux.

Au lendemain des élections cantonales de dimanche, le visage exact du nouveau parlement se dessine peu à peu. Même si 53 des 150 élus sont des nouveaux, la morphologie globale du nouveau Grand Conseil reste néanmoins similaire à celle du parlement sorti des urnes en 2012, avec 74 sièges à droite, 13 au centre (+1) et 63 à gauche (-1).

Il reste encore deux mois avant de voir les 150 députés entrer en fonction, mais on peut déjà esquisser leurs positions sur certains sujets. Cela grâce aux questionnaires remplis par tous les candidats pendant la campagne sur le site Smart­vote.ch, dont 24 heures est partenaire.

Leur analyse est riche d’enseignements pour tous les ministres vaudois. Tour d’horizon pour chacun d’entre eux.

La carte du Parlement à imprimer
La carte du Parlement à imprimer

Oui net aux crèches et au sport

La socialiste Nuria Gorrite peut se réjouir pour sa politique de l’accueil de jour des enfants. Durant la campagne, le Parti libéral-radical (PLR) promettait plus de crèches et les socialistes voulaient plus de garderies. C’est donc sans surprise que 79,4% des candidats ont répondu «oui» ou «plutôt oui» à la question de savoir si le Canton doit s’investir davantage pour créer des places d’accueil de jour. Seuls les députés de l’UDC sont opposés à 80% à l’idée de voir le Conseil d’Etat poursuivre dans cette voie.

L’enquête a aussi de quoi donner de l’énergie au libéral-radical Philippe Leuba. En effet 64,3% des futurs députés soutiennent le projet de Jeux olympiques en Suisse romande en 2026, avec certaines épreuves dans le canton de Vaud. Attention toutefois, car les socialistes et les Verts sont dans leur majorité sceptiques, avec respectivement 56,7% et 76,2% d’élus qui disent «non» ou «plutôt non» à ce projet.

50-50 pour la caisse unique

Quant au socialiste Pierre-Yves Maillard, il doit s’attendre à faire face à un parlement divisé presque à 50-50 pour deux dossiers-clés. Ce qui veut dire que la victoire est à portée de main, mais que la défaite est un scénario plausible.

Premier dossier: l’idée d’une caisse unique cantonale, qu’il a remise sur le tapis pendant la campagne. Elle convaincrait 51% du nouveau parlement. Il s’agit d’un classique clivage gauche-droite: les partis de gauche y sont favorables à presque 100%, alors que ceux de droite y sont opposés à quasi 100% aussi. Tout se jouerait au centre, où une majorité est acquise ou «plutôt» acquise à l’idée. Seul un tiers des Vert’libéraux a déjà décidé de s’y opposer.

Autre dossier symbolique: la taxe sur les boissons sucrées, qui fait partie du contre-projet du Conseil d’Etat face à l’initiative de la gauche radicale pour la gratuité des soins dentaires. Un peu plus d’un député sur deux ne veut pas d’une telle taxe.

Valérie Induni, la cheffe des députés socialistes, se réjouit de ces projections. «Si c’est déjà la moitié, c’est une bonne chose, commente-t-elle. Cela montre que le débat sera polarisé et qu’il peut partir vite dans un sens ou dans l’autre. Mais cela signifie également que nous ne partons pas de loin dans ces projets.»

Impôts et gaz: initiatives à la raclette

Alors que les autorités fédérales et cantonales sont souvent frileuses face aux initiatives populaires, l’enquête montre que le Conseil d’Etat devra s’armer s’il veut balayer les initiatives lancées récemment par les partis vaudois. Ainsi 64,6% des élus soutiennent («oui» et «plutôt oui») l’initiative des jeunes libéraux-radicaux (JLR) pour baisser les impôts de la classe moyenne en augmentant les déductions des primes d’assurance-maladie, un projet qui touche directement le Département des finances du libéral-radical Pascal Broulis.

Loïc Hautier, le président des JLR, dit avoir remarqué un certain soutien de l’électorat de gauche lorsqu’il récolte les signatures. «L’argument qui a du succès aussi à gauche, c’est de ne pouvoir déduire que les primes véritablement payées, et non pas celles qui sont couvertes par un subside de l’Etat», ajoute-t-il.

Autre initiative qui pourrait passer, c’est celle des Verts, contre l’extraction d’hydrocarbures (gaz de schiste et pétrole). Elle remporte l’adhésion de 52,7% de députés élus. La libérale-radicale Jacqueline de Quattro – qui a émis des réserves face à ce texte – n’a donc pas partie gagnée. «Je pensais cette proportion plus élevée», explique Vassilis Venizelos, le chef du groupe des Verts. Mais il se dit persuadé qu’un tel thème dépasse le clivage gauche-droite. «Je suis certain qu’une large majorité du Grand Conseil ne souhaite pas voir des forages dans le Chablais ou dans le Gros-de-Vaud. En remplissant le questionnaire Smartvote, certains candidats auront vu surtout l’étiquette des Verts sur cette question.»

Religion, thème difficile pour l’UDC

Cible favorite de la droite, la Verte Béatrice Métraux, elle, a peu de souci à se faire concernant la reconnaissance des communautés religieuses, attaquées par une initiative de l’UDC. Seuls 27,4% des députés élus veulent remettre en question cette reconnaissance. Même les UDC ne sont pas très chauds à cette idée, car seul un sur trois veut l’abolir.

Membre du comité de l’initiative contre l’intégrisme religieux, Christine Bussat ne s’inquiète pas. «Le parlement n’est pas toujours représentatif de l’avis de la population sur certaines questions et je parle d’expérience», commente-t-elle. Elle-même avait mené à bon port deux initiatives de la Marche blanche. «Les parlementaires socialistes avaient voté contre l’interdiction faite aux pédophiles de travailler avec des enfants. Mais 60% de leurs partisans y ont été favorables.»

L’école à trois voies, c’est fini

Le nom du futur remplaçant de la socialiste Anne-Catherine Lyon à la tête des Ecoles est encore inconnu. Il s’agira selon toute vraisemblance de la socialiste Cesla Amarelle ou de l’UDC Jacques Nicolet. Une chose semble par contre certaine: alors que la loi sur l’enseignement obligatoire affronte encore les critiques, les députés ne devraient pas vouloir détricoter le système à deux voies mis en place pour le secondaire. Ainsi 61,3% des élus s’opposent à l’idée d’un retour au système à trois voies. Si 96% des élus UDC le souhaitent, ils ne sont que 52,8% au sein du PLR.

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La progression des libéraux-radicaux

Pour l’historien radical Olivier Meuwly, la progression du PLR ne doit rien au hasard. La formation a conquis trois sièges supplémentaires au Grand Conseil dimanche, dans la droite ligne de ses précédents résultats, à Berne en 2015 et aux communales en 2016.

Comment expliquez-vous cela?

Cette tendance se dessine depuis plusieurs mois aux niveaux suisse et vaudois. C’est le fruit du gros travail de réorganisation du discours du PLR. Si j’ose dire, il a mis de la cohérence dans ses incohérences en expliquant mieux pourquoi il doit tantôt travailler avec sa droite, tantôt avec sa gauche. Sur la fiscalité, par exemple, ce sera l’UDC, sur l’asile ou les relations avec l’Europe et le monde, ce seront les socialistes.

Quel est le rôle de la fusion?

La création d’un parti libéral et radical a l’avantage de conjuguer une droite libérale et conservatrice. Cela clarifie le spectre idéologique. Cette fusion délimite mieux le camp de droite. A partir de là, la voie est ouverte pour des collaborations avec la gauche. Sur le plan humain, les trois conseillers d’Etat incarnent bien cette fusion, par exemple en n’ayant pas une politique financière comme fin en soi. Sociologiquement, la réunion des deux partis a eu lieu depuis longtemps.

Le PLR n’est donc définitivement plus une «machine à perdre» comme dans les années 1990?

En politique, on ne peut pas dire «jamais». Mais la grande crise a provoqué un très long travail et une nouvelle génération a émergé, plus jeune, plus féminine. Les jeunes PLR sortent en outre de leur seule logique économique et élargissent leur réflexion; sur l’Etat et la liberté, par exemple. C’était nécessaire face à une droite conservatrice (ndlr: l’UDC) et une gauche empêtrée dans la crise idéologique sociale-démocrate.

Quelle conclusion tirer face au défi de retrouver la majorité au Conseil d’Etat?

Il y a deux faces, avec une droite plurielle et une gauche plurielle. On voit que le phénomène des vases communicants a lieu dans les deux camps. L’UDC perd des sièges et le PLR en gagne, tout comme les socialistes perdent au profit des Verts. Deux tickets Cesla Amarelle/Béatrice Métraux contre Jacques Nicolet/Isabelle Chevalley constitueraient un vrai affrontement très intéressant avec des prises de position nettes.

En quoi le PLR fait-il mouche aujourd’hui?

Il a un discours qui se construit au fil des dossiers, un pragmatisme de construction où le pourquoi des choses est mieux expliqué. On explique et les logiques apparaissent: cela crée un discours. Il y a aujourd’hui une réintellectualisation des messages.

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