Un parlement novice face à l'immuable Broulis

PolitiqueQuatre des sept conseillers d’Etat vaudois ont déjà plus de dix ans derrière eux et peu de députés ont une mémoire si longue. Des pistes existent pour réaffirmer le pouvoir du Grand Conseil


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Qui peut encore régater face à la mémoire de Pascal Broulis? Plus grand monde. L’actuel conseiller d’Etat chargé des Finances a été élu au Grand Conseil il y a déjà 27 ans, en 1990. Dans le nouveau parlement, sorti des urnes en avril et entré en fonction la semaine dernière, un seul député a la même longévité: Philippe Vuillemin (PLR), mais qui a siégé, lui, de manière discontinue. Et sur les 150 députés, six seulement ont été élus avant que Pascal Broulis ne devienne conseiller d’Etat en 2002. Pour Pierre-Yves Maillard, ce chiffre est de 13, selon un décompte effectué par 24 heures.

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Avec des ministres vaudois jeunes qui ont pris l’habitude de siéger plus de 10 ans (alors que la moyenne est de 7 ans et 11 mois pour les anciens ministres depuis 1990), les députés font facilement figure de novices. Autre exemple: la moitié des parlementaires est entrée en fonction après que Nuria Gorrite – la présidente du Conseil d’Etat – est arrivée au gouvernement en 2012.

Se remonter les manches

Jusqu’à la semaine dernière, les membres du Grand Conseil avaient siégé en moyenne 8 ans et 4 mois. Avec 53 nouveaux élus, la longévité moyenne des députés est tombée de 8 ans à 4 ans et 10 mois. Si le Conseil d’Etat est le gagnant au jeu de «Qui a la meilleure mémoire», le Grand Conseil peut-il encore jouer son rôle? La réponse est unanime: «Oui, mais…», comme le dit Claude Schwab, doyen d’âge du Grand Conseil, à 74 ans (lire ci-dessous).

Qu’en pense Pascal Broulis lui-même? Selon lui, le gouvernement est-il plus fort que le parlement? «Provisoirement, la connaissance est plus forte à un endroit plutôt qu’à l’autre», répondait-il à ce propos quelques jours après l’élection du Grand Conseil le 30 avril. «Mais le temps lisse les choses et redonne des équilibres», ajoutait-il.

Nuria Gorrite va dans le même sens: «Notre Constitution donne des compétences aux deux pouvoirs, qui doivent jouer en harmonie. Au Conseil d’Etat, nous sommes garants du souvenir des temps plus difficiles. Un Grand Conseil qui se renouvelle est une force de propositions.»

Atteindre un rééquilibrage

Il n’empêche que, du côté du Grand Conseil, la situation interpelle. A entendre Yves Ferrari, l’un des trois doyens Verts élus en 2002, des politiciens à long terme assurent la continuité. «Mais quinze ans à la tête du Département des finances, cela donne un poids énorme et c’est aujourd’hui le Conseil d’Etat qui dicte l’agenda. Nous, députés, devons donc construire des contre-pouvoirs.» Les solutions s’esquissent petit à petit selon lui: pressions de la Commission de gestion, professionnalisation des services du parlement, construction du nouveau Parlement, etc. «A l’échelle d’une institution de 150 membres, on ne peut pas réfléchir en termes de personnes, mais de structures. Le but n’est pas d’être en position de force, mais d’atteindre à terme un rééquilibrage.»

Philippe Vuillemin, lui, ne s’inquiète pas. Mais la longévité des ministres doit être contrebalancée par le travail des députés selon lui: «La mémoire des 15 dernières années est globalement suffisante pour faire marcher le tout. Attention, le pouvoir du député se défait s’il n’utilise pas pleinement ses prérogatives. Pour que le Grand Conseil fonctionne bien, il doit exercer son pouvoir, avec courtoisie et fermeté face au Conseil d’Etat.» Pour lui, la multiplication des «interpellations», c’est-à-dire des textes qui posent des questions au gouvernement, affaiblit le parlement. «Cela tue le débat, alors que des projets de loi écrits par les députés permettraient, à l’inverse, de créer véritablement le débat.»

Survivant de l’ère «pré-Broulissienne» Avec les départs de Christiane Jaquet-Berger (POP, élue en 1978) et d’Olivier Kernen (PS, 1986), il ne reste qu’un seul politicien encore actif sur la scène cantonale qui soit un survivant de l’ère «pré-Broulissienne». C’est l’écologiste Daniel Brélaz, qui a fait le yo-yo entre le Grand Conseil, le Conseil national et la Municipalité de Lausanne depuis 1978.

Pour lui, le Grand Conseil a tout loisir de jouer son rôle. «Mais cela dépend s’il le veut, ajoute-t-il, car le risque est de mettre le feu aux poudres.» Il concède avoir du mal à imaginer un tel scénario aujourd’hui, dans un contexte de cohabitation où les grands partis sont relativement contents. (24 heures)

Créé: 02.07.2017, 23h19

«Le parlement peut-il jouer son rôle? Une question de volonté»

Claude Schwab (PS)
Doyen des députés réélus




Seuls six députés ont été élus avant que Pascal Broulis n’arrive au Conseil d’Etat. Qu’en dites-vous?

Un fait est un fait et plus de la moitié des députés ont une expérience maximale de cinq ans. Les députés devront travailler davantage sur un dossier – en amont des débats – pour en retrouver le passé. Tous les nouveaux doivent savoir qu’il y a une mémoire et c’est le rôle des plus anciens de le faire savoir. La mémoire, c’est le pouvoir.

Avec une mémoire moindre, le parlement se fait-il emberlificoter?

Ça peut arriver. Une des forces du Conseil d’Etat est de se prononcer de manière collégiale.

Le gouvernement a donc énormément de pouvoir.

C’est clair. La question est: le parlement peut-il encore jouer son rôle? C’est aussi une question de volonté. Prenons le débat sur le budget. Le grand argentier a pu considérer qu’il s’agit d’un acte administratif. De par ses prérogatives, le Grand Conseil devrait exiger d’en faire un acte politique, avec un bon débat.

Faut-il professionnaliser les élus?

Cela pose d’autres questions: en a-t-on les moyens? Le veut-on? Qu’est-ce que cela signifierait? La milice est un bon système et le secrétariat général du Grand Conseil s’est professionnalisé ces dernières années. Il faut voir dans quelle mesure les secrétaires de commissions peuvent faire des recherches d’informations. Tous les députés n’ont pas les mêmes compétences et cela doit rester le cas. On ne demande pas aux députés de tout savoir, mais d’être représentatifs.

La solution passe-t-elle uniquement par vos secrétaires de commission?

Non. Beaucoup repose sur le travail personnel de chaque député. Il n’y a pas le choix. Si on s’engage, on s’engage.

Et quid de limiter le nombre de mandats des conseillers d’Etat?

Si on les limite, alors il faut limiter les mandats de tout le monde. Je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure formule.

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