Face à la droite, Rebecca Ruiz perd la première manche sur l’avenir du CHUV

SantéLe parlement a voté l’initiative du PLR pour créer un conseil d’administration. Un contre-projet pourrait être déposé.

Le Conseil d’État a adjoint le PLR Pascal Broulis à la socialiste Rebecca Ruiz pour convaincre la droite. En vain, seuls deux élus de droite ont voté contre l’initiative.

Le Conseil d’État a adjoint le PLR Pascal Broulis à la socialiste Rebecca Ruiz pour convaincre la droite. En vain, seuls deux élus de droite ont voté contre l’initiative. Image: Jean-Bernard Sieber/ARC

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Un mois et demi après son entrée en fonction comme cheffe du Département de la santé, la socialiste Rebecca Ruiz subit son premier revers. Contre son avis et celui du reste du Conseil d’État, le parlement a accepté mardi l’initiative du Parti libéral-radical (PLR) pour créer un conseil d’administration au CHUV. En éloignant l’hôpital cantonal du Conseil d’État, le but de la droite est d’en «moderniser» et «dépolitiser» la gouvernance. En clair: faire en sorte que le Conseil d’État n’ait plus son mot à dire dans la gestion quotidienne de l’institution. Le texte a été accepté par 73 voix contre 65.

La suite? Le Conseil d’État va préparer un projet de loi reprenant mot pour mot l’initiative. Mais Rebecca Ruiz n’exclut pas l’idée d’un contre-projet du gouvernement. Quelle que soit l’option choisie, le Grand Conseil devra en rediscuter. Le Parti socialiste brandit déjà le référendum.

Ce mardi, c’était la première fois que Rebecca Ruiz se positionnait en tant que conseillère d’État sur ce dossier, alors que tous les autres acteurs (politiques et professionnels) s’étaient déjà exprimés publiquement. Alors que la droite voit dans le CHUV un «mastodonte» au budget dépassant le milliard et demi de francs, la socialiste défend cet état de fait: «Notre canton et ses contribuables consacrent des moyens importants au CHUV. Mais ces moyens ont des raisons d’être, avec une mission de service public où chaque citoyen sait que, s’il en a besoin, le CHUV sera là. Il accueille les patients que les autres hôpitaux ou les cliniques privées ne peuvent pas prendre en charge.»

Vers un démembrement?

Pour elle, créer un conseil d’administration ferait perdre aussi des prérogatives aux députés eux-mêmes, dont trois commissions surveillent le CHUV: celle de gestion, celle des finances et celle de la santé publique. «Un autre point problématique est la délégation, décidée par le conseil d’administration, de certaines prérogatives du CHUV à des privés. On ne peut pas exclure à terme un démembrement du CHUV. Cela pourrait amener à une privatisation des profits et une mutualisation des pertes.»

La droite voit dans la socialiste (comme dans son prédécesseur, Pierre-Yves Maillard) une ministre qui cumule les casquettes: «Notre système, avec un hôpital universitaire dépendant directement du Conseil d’État, est un anachronisme», estime la libérale-radicale Florence Bettschart-Narbel. «Le chef du département cumule les fonctions: il planifie la politique de santé, il est propriétaire et patron du CHUV, il est l’autorité politique qui décide les tarifs, il traite avec les assureurs. Le conflit d’intérêts est évident et criant.»

En face, la gauche et le centre voient dans le texte de la droite un geste en faveur des acteurs privés du domaine de la santé. Le socialiste Jean Tschopp parle ainsi de «privatisation larvée». «Cette initiative a pour but d’offrir une plus grande part du gâteau aux cliniques privées», lance-t-il.

Autre crainte: les conditions de travail et les salaires. Yves Paccaud, socialiste, le résume facilement: «J’ai demandé aux initiants où ils feront des économies. Je n’ai obtenu que des réponses évasives. Les employés savent que, pour faire des économies, ça se fera à leurs frais.»

Des arguments que les élus de droite ont tenus à balayer, à l’image de Florence Gross (PLR), rapportrice de la majorité de la commission. «Le but n’est pas de faire du CHUV une société anonyme, car il resterait sous la supervision du Conseil d’État, comme l’Hôpital intercantonal de la Broye (HIB) ou l’Hôpital Riviera-Chablais (HRC).»

L’appel de Pascal Broulis

Le ministre libéral-radical Pascal Broulis, chargé du Département des finances, accompagnait Rebecca Ruiz ce mardi. Lui estime que le texte de son parti est «réducteur», alors que les «velléités de libéralisation» du marché de la santé font peser un risque sur les finances des cantons. En vain. Au vote final, seuls deux élus de droite se sont opposés à l’initiative: les UDC Jean-Luc Chollet et Werner Riesen.

Créé: 25.06.2019, 17h20

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