Ces parrainages qui se transforment en amitiés

AsileDeux ans après son lancement, l’action lancée par les Églises et les milieux associatifs cherche des parrains bénévoles. Des liens forts peuvent se créer entre les participants.

Image: Odile Meylan / Dominic Favre

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Plus de 550 Vaudois parrainent à l’heure actuelle des migrants. L’Action parrainage, lancée par les Églises et plusieurs associations de bénévoles au début de 2016, a dépassé les attentes avec plus de 400 personnes inscrites. Elle collabore depuis l’automne 2017 avec le projet PAIRES (Parrainage pour l’aide à l’intégration des réfugiés) lancé par des étudiants. «Ce n’est pas suffisant et nous cherchons des parrains, car les demandes sont énormes», explique Antoinette Steiner, pasteure de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) qui se charge de la gestion des parrainages de mineurs non accompagnés (environ 150).

Au-delà des chiffres, quel est le bilan de cette initiative deux ans plus tard? De nombreux parrainages se sont transformés en amitié. Bien que lancée par des Églises, l’Action parrainage n’a pas de motif religieux pour tous ses participants. Mais il y a bien une vision philosophique, que résume Antoinette Steiner: «Nous sommes définis par nos liens plus que par des frontières. Et tous les liens qu’on a tissés dans sa vie, tout ce qu’on a donné et reçu est important. Un jeune m’a dit une fois qu’il était heureux que des parrains lui demandent de temps en temps comment il allait. Tout simplement.»

Pour devenir «parrain» ou «marraine», pas besoin de s’engager à héberger un migrant chez soi. Il suffit de partager un peu temps avec les personnes qu’on accepte de parrainer, par exemple sous forme de rendez-vous hebdomadaires. «On peut avoir des activités sociales ensemble, par exemple du sport, ou faire du soutien administratif. Il n’y a pas de cahier des charges. Cela dépend des besoins et de ce que les parrains sont prêts à faire. Puis, très vite, la relation devient naturelle», dit la pasteure.

Les responsables de l’Action parrainage «mettent en relation des Suisses et des migrants selon des critères objectifs et d’autres plus subjectifs, un peu comme une agence de rencontres amicales. Cela fonctionne dans la grande majorité des cas», précise la responsable. Parfois le courant ne passe pas ou les personnes ont de la peine à se rencontrer. Il suffit alors d’écrire aux responsables du projet pour se désinscrire.


«Avoir une relation dans notre nouveau pays, c’est précieux»

«J’avais envie d’aider. Une connaissance m’a parlé de ce programme. Je l’ai trouvé intéressant, parce que l’engagement est flexible», explique Nathalie Boissart, qui habite la région lausannoise. Elle s’est vite trouvé des atomes crochus avec Ali Moussa (29 ans) et Nadia Kassem (26 ans), un couple de Kurdes syriens réfugiés depuis 2015 et au bénéfice d’un permis B. «Je peux même dire que ça a été un coup de foudre amical.» Libano-Française, Nathalie Boissart a beaucoup voyagé: «Je sais que quand on arrive dans un pays dont on ne connaît pas la culture et les codes, c’est dur. Même si eux, ils font des efforts énormes pour s’intégrer.» Dans un français épatant après deux années de pratique, Nadia explique: «Avoir construit une relation dans notre nouveau pays, c’est précieux. La Suisse est si différente de la Syrie. Nathalie nous donne de bons conseils pour la formation, le travail ou l’assurance-maladie.» Enseignante lorsqu’elle était en Syrie, Nadia aimerait faire un apprentissage d’assistante dentaire. Ali, ancien commerçant, souhaite travailler comme chauffeur. Une vie à reconstruire. Installés à Villeneuve, ils voient Nathalie Boissart deux fois par mois, souvent dans un bistrot. Ils se sont invités mutuellement à manger à la maison cette année. La «marraine» leur prêtera sa maison pendant les vacances. «J’ai trouvé des amis, c’est la plus belle des récompenses!»


«Ils sont devenus des parents plutôt que des parrains»

«Ils sont devenus des parents plutôt que des parrains», affirme Gabané Mouhoumad, attablé sur la terrasse de Jean-Marie et Raphaëlle Urfer, au Mont-sur-Lausanne. Ce Somalien de 19 ans, au bénéfice d’un permis provisoire (F), est arrivé à 17 ans et demi à Lausanne. «Ma famille est restée au pays, je ne connaissais personne ici et la solitude me pesait. Surtout le week-end… Quand je suis avec eux, j’oublie tout le reste et on passe de bons moments.» Pour Raphaëlle Urfer, «il est devenu une sorte de grand frère pour nos enfants de 10 et 8 ans, ils jouent ensemble au trampoline et au football. Il est chouette avec eux.» Jean-Marie Urfer, enseignant de mathématiques, avec son épouse, se préoccupe d’entraide depuis longtemps: «J’avais monté avec un ami un projet d’école de la deuxième chance au Burkina Faso il y a quelques années. Quand j’ai entendu parler de ce projet de parrainage, je me suis dit que c’était un moyen de rencontrer des gens avec un parcours différent.» Gabané et la famille Urfer se voient le week-end ou les jours fériés, souvent au domicile de la famille. Dans quelques jours, ils partiront ensemble faire du vélo autour du lac de Constance. Gabané pourrait devoir quitter la Suisse un jour, les Urfer en sont conscients. «On n’est jamais rentré dans les détails de sa vie antérieure, par discrétion, indique Jean-Marie. S’il a envie d’en parler une fois, nous sommes à sa disposition.»


«On a échangé nos numéros et c’est parti comme ça»

Pourquoi faire un parrainage? «Par hasard!» lance Jonas Paccolat (25 ans) qui vient de terminer ses études de physique à l’EPFL. Réponse à peu près identique pour Mallory Favre (24 ans), étudiante en Lettres. Ces deux amis originaires de Martigny ont entendu parler d’une réunion d’information sur l’Action parrainage via Whats­App. C’est comme ça qu’ils ont rencontré Mohamed Abdoukadi (20 ans), Somalien au bénéfice d’un permis N de requérant d’asile. «On a brisé la glace, on a échangé nos numéros et c’est parti comme ça, dit Mallory Favre. Au début, on se voyait régulièrement, une fois par semaine, dans une de nos collocations à Lausanne. Puis je suis partie en semestre d’échange en Russie et je suis en ce moment en Valais, on se voit un peu moins. Jonas est plus présent.» Ce dernier l’a aidé pour des documents administratifs, est allé le voir jouer au foot, l’a invité dans sa famille en Valais. «Au final, c’est un ami de plus, toujours souriant, qui a d’autres problèmes que les miens, explique Jonas. Quand on se rencontre, c’est une bouffée d’oxygène. Cela me permet de voir les choses autrement.» Mohamed dit s’être beaucoup amusé en découvrant le ski: «Je tombe sans arrêt.» Il n’a pas mangé la fondue de la mère de Jonas, car elle contenait du vin. Culture musulmane oblige. «Mais j’adore la raclette», assure le jeune Somalien.

Créé: 13.08.2018, 06h32

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