Les partis forcés de révéler leurs sponsors?

TransparenceAprès le vote à Fribourg, la gauche vaudoise veut que les partis publient les noms de leurs donateurs de plus de 5000 francs.

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Il y a un peu plus d’une semaine, en acceptant deux initiatives populaires, les Fribourgeois et les Schwytzois ont décidé d’obliger leurs partis politiques à jouer la carte de la transparence en matière de financement. Il n’en fallait pas plus pour motiver la gauche vaudoise à remettre la compresse, elle qui a déjà fait plusieurs fois cette proposition. Ce mardi au Grand Conseil, les Verts et les socialistes présenteront une motion baptisée «Pour en finir avec l’obscurantisme vaudois». Leur but: faire un copier-coller de l’initiative fribourgeoise dans la législation vaudoise. L’idée est de prouver à la population que les élus sont «indépendants de certains groupes d’intérêts» et qu’ils travaillent «en toute transparence».

Ce qui booste d’autant plus la gauche, c’est que trois autres cantons connaissent des dispositions similaires: Genève, Neuchâtel et le Tessin. En outre, un comité interpartis a déposé l’an dernier une initiative fédérale sur cette thématique. Le texte, combattu par le Conseil fédéral, prévoit que les partis nationaux publient leurs comptes détaillés et donnent les noms de leurs donateurs de plus de 10'000 francs.

Particuliers et entreprises

La solution fribourgeoise, reprise par la gauche vaudoise, table sur une publication des comptes de fonctionnement et des comptes de campagne. Néanmoins, le seuil ne serait pas de 10'000 francs, mais de 5000 francs pour révéler les noms des donateurs (citoyens ou entreprises). Autre élément, les élus devraient publier les revenus engrangés grâce à leurs mandats.

Pour Vassilis Venizelos, chef du groupe des Verts au Grand Conseil, ces dispositions s’appliqueraient aux partis cantonaux et communaux, pour l’ensemble des scrutins. «Le but de la transparence est de renforcer la confiance de la population vis-à-vis de la classe politique, parfois décriée et montrée du doigt, ajoute Vassilis Venizelos. Nous l’entendons sur les marchés et sur nos stands dans la rue. Il faut faire preuve d’exemplarité. La classe politique a tout à y gagner.» Il juge opportun de le faire maintenant, car le Conseil d’État présentera l’an prochain une nouvelle mouture de la loi sur l’exercice des droits politiques (LEDP).

Crainte d’une «étatisation»

Nul doute que la proposition sera combattue par la droite. «C’est une question de liberté et de respect de la sphère privée des donateurs et des entreprises», rétorque la députée Florence Gross, également vice-présidente du Parti libéral-radical (PLR). «Les patrons, qui font des dons, n’ont pas envie que cela soit fait à livre ouvert.»

Et à ceux qui craignent qu’un parti agisse en fonction de ses donateurs, elle adresse un discours qui se veut rassurant: «Nous sommes principalement financés par nos membres. En six ans à la vice-présidence du PLR, je n’ai jamais ressenti le diktat d’un donateur. La direction ne se laisse pas dicter sa conduite.»

Jacques Nicolet, le président de l’UDC Vaud, craint quant à lui que la transparence ne se transforme en une «étatisation» des partis, qui en viendraient à être financés par l’État. «Nous avons la chance d’avoir des partis qui fonctionnent avec l’appui de leurs élus, de leurs membres et d’organisations diverses. La politique de milice doit le rester jusque dans son financement.»

Échecs depuis 2000

La gauche vaudoise compte plusieurs échecs sur cette thématique depuis vingt ans. En 2001, c’était un «non» de la part de l’Assemblée constituante. Le Grand Conseil faisait de même en 2004, face à un postulat de la socialiste Michèle Gay Valloton. Rebelote en 2012 face à une motion du socialiste Stéphane Montangero (déposée en 2007) et un contre-projet préparé par le gouvernement. Mais le président du PS vaudois est confiant pour ce coup-ci: «Ma motion de 2007 parlait aussi de plafonner les comptes de campagne, rappelle-t-il. Ce n’est pas le cas de notre nouveau texte. En plus, le paradigme du besoin de transparence parmi la population a changé depuis lors, preuves en sont l’initiative fédérale et les succès à Fribourg et à Schwytz.» (24 heures)

Créé: 20.03.2018, 06h36

«En six ans à ce poste, je n’ai jamais ressenti le diktat d’un donateur. La direction ne se laisse pas dicter sa conduite», Florence Gross, Vice-présidente du Parti libéral-radical (PLR), députée.

«Le but est de renforcer la confiance de la population vis-à-vis de la classe politique, parfois décriée», Vassilis Venizelos, Chef du groupe des Verts au Grand Conseil

Les revenus des quatre grands partis

Parti libéral-radical (PLR): Le PLR a engrangé des revenus de 968'000 fr. en 2016, selon son secrétariat général. 57% se composaient des contributions des élus, des sections d’arrondissements et de l’État de Vaud (pour le groupe au Grand Conseil). Les abonnements et les annonces du magazine Tribune représentaient 20%; les manifestations de soutien 6%; et les dons 2%. Enfin 14% correspondaient
à des prélèvements sur réserve.

Parti socialiste (PS): Les recettes
du PS se sont montées à 963'000 fr. en 2016, comme l’indique son secrétariat général. Les contributions des élus représentaient 357'000 fr., et les cotisations des membres 325'000 fr. Venaient ensuite 99'800 fr. de «contributions volontaires, dons et appels de fonds». L’État a versé 54'826 fr. au groupe parlementaire. Les autres revenus se montaient à 98'000 fr.

Les Verts: Les écologistes ont gagné 324'000 fr. en 2016, selon leur secrétariat général, dont 209'000 fr. de contribution des élus. Le reste provenait du parti suisse (29'900 fr.) et des partis locaux (11'500 fr.). Les dons et «contributions» représentaient 19'800 fr. Les autres revenus se montaient à 54'000 fr.

UDC : Le parti ne communique plus sur ces questions, mais il l’a fait il y a trois ans, lorsqu’il connaissait des difficultés financières. En 2014, ses recettes étaient de 335 000 fr.: 165'000 de contributions des élus, 71 000 de cotisations des membres, 56'000 de la part de l’État (pour le groupe parlementaire) et 12'000 pour les abonnements au magazine Le Pays Vaudois.

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