Pascal Dessauges se flatte d’être resté éloigné des dossiers chauds

Élection du 17 mars au Conseil d’ÉtatLe préfet s’est tenu dans l’ombre durant 13 ans, sans risque de fâcher ses alliés de droite. Il se veut constructif, sans critiques.

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Il y a un semblant de paradoxe derrière la candidature de l’UDC Pascal Dessauges qui veut permettre à l’UDC de revenir au Conseil d’État. Ou en tout cas derrière son «wording», entendez par là: derrière l’argumentaire que lui, son parti et ses alliés utilisent. S’il faut l’élire pour succéder au socialiste Pierre-Yves Maillard, c’est entre autres parce que ce préfet du Gros-de-Vaud n’a pris aucune position sur des dossiers qui divisent la droite ces dernières années. Pas un mot sur la libre circulation des personnes, l’immigration, les relations avec l’Europe, l’économie, etc.

Son but, lui, est clair: bénéficier du départ de Pierre-Yves Maillard pour que l’UDC retrouve sa place au Conseil d’État et que la droite y reprenne la majorité qu’elle avait perdue en 2011.

L’indépendant de l’UDC

Ce paradoxe se sent dans cette campagne: la droite cherche à polir le vernis UDC de son candidat après trois échecs en 2011, 2012 et 2017. L’intéressé, lui, le dit différemment: «Je suis consensuel, commente Pascal Dessauges. Je n’ai pas été associé directement à des thématiques politiques fortes, à des thématiques clivantes. On ne peut pas me reprocher d’avoir pris telle ou telle position politique. Je ne suis pas quelqu’un de virulent, mais de pragmatique.»

Qui est-il justement? À 54 ans, ce père de trois enfants adultes est, à l’origine, un agriculteur, qui fut aussi chauffeur et livreur. Colonel à l’armée, il a passé 1350 jours dans l’artillerie et l’infanterie. Il entre en politique à 34 ans, en étant élu à l’Assemblée constituante entre 1998 et 2002, comme indépendant sur une liste UDC. Il s’inscrit alors au parti, entre à la Municipalité de Naz et devient président de l’UDC Vaud de 2004 à 2006. Puis il quitte la scène cantonale, garde son poste à Naz, avant de devenir préfet en 2011, toujours en retrait, comme le veut son poste.

Et donc ce passage dans l’ombre durant treize ans est son atout. «Pascal Dessauges n’a pas eu de fonction de député où il aurait pu fustiger l’électorat du centre», note le conseiller national Jean-Pierre Grin. «Comme préfet, il a eu un rôle de médiateur, avec un réseau très étoffé. Ce sont des avantages que nos précédents candidats n’avaient pas. Il a une plus grande indépendance au sein de l’UDC Vaud et de l’UDC Suisse.»

L’argument agace le socialiste Roger Nordmann, qui a ferraillé face à Pascal Dessauges à la Constituante: «Il n’aurait pas fait carrière sans bannière UDC, note-t-il. Or il invite à voter pour lui car il ne s’est jamais positionné sur les dossiers forts. Son argument est de dire: «Votez pour moi, je ne suis pas comme mon parti.» Lui-même sait qu’être UDC n’est pas bon pour cette élection.»

Social et fiscalité

Le programme de Pascal Dessauges se concentre donc sur des thèmes cantonaux qui unissent la droite face au gouvernement à majorité de gauche: maîtrise des coûts du social, qui augmentent chaque année, diminution de la fiscalité des personnes physiques, refonte de la gouvernance au CHUV, etc.

Étrange de la part de celui qui est le lieutenant du gouvernement dans son district? Non, répond le candidat. Il explique ne pas avoir envie de détricoter la politique du gouvernement ou de raboter les prestations sociales, mais d’y ajouter une approche de droite. «Je ne suis pas critique, je formule des propositions qui émanent de la droite et ne sont pas forcément conformes à la politique actuelle, explique-t-il. Je suis très respectueux du travail effectué et des personnes en place, dont Monsieur Maillard.»

Son ami et député du Gros-de-Vaud Denis Rubattel parle de lui comme du «candidat providentiel», qui saura convaincre le PLR: «Pascal Dessauges connaît parfaitement les rouages de nos institutions. Il est à l’écoute, accessible, travailleur et excellent communicateur, omniprésent comme magistrat et respecté. Il a le souci de l’intérêt général et sait trouver des solutions. Il connaît le pouls des Vaudois.»

Doutes sur ses compétences

Parmi ceux qui l’ont côtoyé comme élu cantonal, il y a la députée Verte Anne Baehler Bech, ancienne constituante. Comme secrétaire de l’association vaudoise des locataires (Asloca), elle note que Pascal Dessauges – qui préside la commission de conciliation comme préfet – sait écouter locataires et propriétaires et «couper la poire en deux»: «Un homme affable et courtois.» Certes, mais le politicien? Là, Anne Baehler Bech embraie directement: «Il n’était pas un ténor politique de la Constituante. Certains de ses propos m’avaient choquée lors des débats sur la reconnaissance de la communauté israélite par l’État.»

«Son opposition à cette reconnaissance est le seul combat qu’il a vraiment mené», ajoute même Roger Nordmann. Pascal Dessauges s’est toujours défendu à l’époque et ces dernières semaines de tout antisémitisme. D’ailleurs un autre ancien constituant de gauche tempère les critiques de ses collègues: «Je n’avais pas souvenir de cet épisode, explique celui qui préfère rester anonyme. Par la suite, il a été un préfet traditionnel, qui ne fait pas de vagues. Cela suffit-il pour devenir conseiller d’État?»

Créé: 01.03.2019, 07h08

Biographie

Naissance
Le 17 décembre 1964, dans une famille issue du monde agricole.

État civil
Marié, trois enfants (24, 28 et 30 ans).

Formation
CFC et maîtrise fédérale d’agriculteur, diplôme
en leadership et management de l’Association suisse des cadres (ASC).

Activités salariées
Il s’occupe du domaine familial de 1987 à 2011. En parallèle, il est tour à tour chauffeur pour les transports scolaires et chauffeur-livreur pour DPD. Il a aussi enseigné à l’École d’agriculture de Marcelin et de Grange-Verney de 2006 à 2011. Il est préfet dès 2011 à Morges, puis dès 2013 dans le Gros-de-Vaud. Au militaire, il a servi dans l’artillerie, puis l’infanterie, jusqu’au grade de colonel.

Parcours politique
Membre de l’Assemblée constituante de 1998 à 2002, comme président du groupe Renouveau Centre-UDC. Municipal, puis syndic à Naz, de 2002 à 2011.

Hobbies
Marche en montagne, chant, lecture, tir à 300 mètres.

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