Se passer du glyphosate, oui, mais à quel prix?

ViticultureDes alternatives aux herbicides ont été testées par la Haute école de viticulture de Changins dans une vigne à Mont-sur-Rolle.

Matteo Mota (à gauche), enseignant et chercheur à Changins, et Thierry Durand, vigneron-encaveur à Mont-sur-Rolle. Image: CHRISTIAN BRUN

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On le sait, une forte présence de plantes herbacées dans les vignes peut nuire à leur rendement et même à la qualité du raisin. C’est pourquoi la grande majorité des vignerons désherbent au glyphosate (le plus couramment utilisé des 14 produits chimiques autorisés). Mais depuis que la molécule de cet herbicide a été considérée comme cancérigène probable par le Centre international de recherche sur le cancer, on s’active pour trouver des solutions alternatives. Ce d’autant plus qu’une initiative populaire «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse» vient juste d’aboutir.

Des solutions viables

C’est dans ce contexte que la Haute École de viticulture et d’œnologie de Changins – qui conduit des recherches sur les alternatives aux herbicides depuis dix ans – a procédé à des essais pratiques sur une parcelle de chasselas au Domaine de Beau-Soleil, à Mont-sur-Rolle. Lors de la présentation des premiers résultats de cette étude aux médias, le propriétaire du domaine, Thierry Durand, a précisé quelles étaient les données de l’enjeu pour les vignerons: «Notre but est de produire du raisin de qualité avec un impact le plus faible possible sur l’environnement, tout en arrivant à vivre de notre travail dans un marché très concurrentiel.»


L'édito: Trois sous en plus pour boire du vin bio


Cette recherche s’est déroulée en 2017 dans un cadre bien défini, soit sur une parcelle mécanisable, avec une pente douce de 12%, et dans des conditions météorologiques favorables au travail dans la vigne, car cette année fut particulièrement chaude et sèche. «On ne peut pas tirer des conclusions valables pour des parcelles plus complexes à travailler mécaniquement, comme à Lavaux, ou pour des années très humides», relève Matteo Mota, chargé d’enseignement et de recherche au sein du groupe des sciences du sol de la Haute École de Changins.

Conséquences financières

Les essais réalisés à Mont-sur-Rolle comparent cinq techniques d’entretien du sol (dans le rang, soit directement sous les ceps, pas dans l’interligne). Une utilise un herbicide et les quatre autres sont des alternatives mécaniques: faucheuse interceps, brosses rotatives qui déchiquettent les herbes, lames et disques crénelés ou étoiles de binage, qui remuent la terre et coupent les racines en surface.

Les résultats évaluent aussi bien les paramètres environnementaux que les conséquences économiques. En résumé, l’usage de l’herbicide est la technique qui favorise le mieux le potentiel qualitatif des raisins et des moûts, et c’est celle qui coûte le moins cher. Les brosses et la faucheuse préservent mieux le sol et favorisent mieux la biodiversité. Matteo Mota rappelle que l’enherbement contribue à diminuer les risques d’érosion et améliore la fertilité du sol. Mais voilà, les coûts estimés des différentes alternatives sont en moyenne doublés par rapport à la variante herbicide (coût des machines, temps de travail et baisse des rendements).

En conclusion, les chercheurs et les producteurs sont conscients qu’un arrêt total et soudain des herbicides pourrait, selon les cas, occasionner des conséquences financières trop élevées pour une exploitation viticole. Changins encourage donc les professionnels à mutualiser leurs machines d’entretien des sols pour réduire leurs coûts, et à convertir leur domaine petit à petit.

De leur côté, les enseignants font un travail de formation des jeunes en amont. Cette recherche a été l’objet d’un travail de bachelor de deux étudiants motivés, Charlotte Burgat et Simon Barlet. Mais une question reste en suspens: si ces coûts supplémentaires se répercutent sur le prix des vins, le consommateur sera-t-il prêt à assumer sa part d’engagement écologique?

Créé: 06.06.2018, 06h13

Le gel fait grimper les quotas pour le Chablais

Seul le chasselas chablaisien aura droit à une hausse des quotas en 2018! C’est ce qu’a décidé le Département de l’économie, de l’innovation et du sport (DEIS), en collaboration avec la Communauté interprofessionnelle du vin vaudois (CIVV), lors de l’adaptation annuelle des quotas viticoles à la situation du marché. La région viticole de l’est du canton n’est pas favorisée: cette hausse de production (de 1 l/m2 à 1,04 l/m2) est liée aux dégâts de gel qu’elle a subis en 2017. Autre lieu à avoir eu froid le printemps passé, le Vully conserve un 0,88 l/m2 pour son chasselas. En revanche, les quotas de Lavaux (de 1 à 0,98), La Côte (de 0,96 à 0,88), les Côtes de l’Orbe et Bonvillars (de 0,96 à 0,9) sont revus à la baisse pour ce même cépage.
Pour les autres cépages blancs, seule La Côte voit ses quotas légèrement adaptés à la baisse. Même scénario pour le gamay et le garanoir. Le reste des cépages garde ses quotas 2017, quelle que soit la région. Tous les chiffres sont consultables sur le site du Canton.
Ces droits de production sont exprimés en litres de vin clair par mètre carré de vigne et représentent les volumes maximaux d’encavage. Ils visent à encourager la production de vins de qualité, répondant à l’appellation d’origine contrôlée.
D’une même voix, le Canton et les professionnels de la branche vitivinicole (producteurs, encaveurs, coopératives et négociants) saluent un millésime 2017 «positif» en termes de quantité (26,7 millions de litres, contre 30,3 en 2016, mais 21,13 en 2015!) et de qualité.

Autres alternatives

Semis
La recherche d’une sélection de plante qui soit couvrante et qui n’entre pas en concurrence avec la vigne est en cours. Les vignerons placent leur espoir dans cette piste, surtout ceux qui travaillent des vignes non mécanisables.

Robot
EcoRobotix, une start-up vaudoise, a mis au point un prototype de robot écologique qui utilise un laser pour éliminer les mauvaises herbes dans les betteraves à sucre. Alors pourquoi pas dans la vigne?

Jets d’eau
Une machine propulsant des jets d’eau sur le sol avec une pression de 1200 bars a été testée en Valais. Une technique jugée efficace mais très coûteuse.

Moutons
Les voir dans la vigne donne une image bucolique de la viticulture, «mais les moutons préfèrent la vigne aux herbes, remarque Yves Blondel, chargé d’enseignement à Changins et vigneron. Ils ont tendance à tout manger, feuilles et grappes.»

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