Le pasteur jugé pour pédophilie animait des camps de jeunes

Eglise réformée vaudoiseLe prévenu était aumônier de jeunesse. Mais son ex-employeur n’a pas décelé de faute dans le cadre de son ministère.

Le Tribunal du Littoral et du Val-de-Travers, à Boudry (NE), où se déroule le procès du pasteur vaudois poursuivi pour des actes sexuels sur un jeune de moins de 16 ans.

Le Tribunal du Littoral et du Val-de-Travers, à Boudry (NE), où se déroule le procès du pasteur vaudois poursuivi pour des actes sexuels sur un jeune de moins de 16 ans. Image: Keystone

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L’Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) a-t-elle fait tout ce qui s’imposait lorsqu’elle a appris, il y a trois ans, qu’un de ses pasteurs était poursuivi par la justice neuchâteloise pour des faits de pédophilie? La question se pose dès lors que le prévenu, dont le procès a commencé mardi à Boudry (NE), était aumônier de jeunesse. À ce titre, il a participé à l’organisation d’une vingtaine de camps fréquentés par des adolescents.

La justice le poursuit pour des actes sadomasochistes commis, au début de 2016 dans une forêt située non loin de Boudry, sur un jeune homme qui n’avait pas atteint la majorité sexuelle, soit 16 ans. L’adolescent, qui aurait trompé l’homme d’Église sur son âge, présentait en outre un léger retard mental. Les enquêteurs ont découvert des images à caractère pédopornographique dans l’ordinateur du pasteur, alors âgé de 47 ans.

Selon nos informations, il n’a pas averti de lui-même son employeur lorsqu’il a su qu’une enquête pénale était dirigée contre lui. Le Conseil synodal de l’EERV l’a appris par d’autres voies. Il a convoqué son collaborateur et lui a fait comprendre qu’il était dans son intérêt de démissionner. Il a obtempéré, à la fin du mois de novembre 2016, après avoir reconnu les faits.

À ce stade, l’EERV avait de quoi s’inquiéter vu les activités du pasteur auprès des jeunes. Elle a effectué des recherches, notamment auprès des conseils régionaux et des collègues de son ex-employé. Les témoins interrogés n’avaient constaté aucun acte répréhensible. Ni les parents ni les ados qu’il avait côtoyés n’avaient émis de plainte. «Nous avons fait notre travail d’investigation. À notre connaissance, notre ancien collaborateur n’a commis aucune faute dans l’exercice de ses fonctions», résume Marie-Claude Ischer, présidente du Conseil synodal, en fonction depuis le 1er septembre dernier.

Le choix des responsables de l’EERV qui a mené à la démission du prévenu est intervenu dans un contexte difficile. «Cette affaire avait créé des tensions au sein du Conseil synodal», se souvient Xavier Paillard, alors président de l’institution. Deux lignes s’opposaient. Certains estimaient que l’affaire était privée. Ils tenaient compte d’une éventuelle tromperie sur l’âge du jeune homme. Selon eux, attendre le jugement pénal s’imposait. L’autre tendance affirmait qu’il existait une responsabilité institutionnelle: il n’est pas tolérable qu’un ministre entretienne des relations sexuelles avec un adolescent même si son âge se situe au-dessus de 16 ans. Cette opinion l’a emporté.

L’ancien pasteur est resté discret sur la plainte pénale qui le visait auprès d’autres instances. Il officiait en tant qu’aumônier militaire professionnel. Or la Confédération n’a appris que tardivement la situation. Elle a prononcé un licenciement en avril dernier.

Il figurait aussi jusqu’à mercredi matin sur une liste des «membres de la Chambre consultative de la jeunesse désignés par le Conseil d’État», consultable sur le site web de l’État de Vaud. À côté de son nom on pouvait lire la mention «EERV». «Il ne peut plus représenter l’EERV dans quelque institution que ce soit puisqu’il n’est plus notre employé», souligne Marie-Claude Ischer, qui semblait surprise par cette information. A la suite de nos questions, la page a disparu. Le Canton explique avoir pris des mesures pour éviter l'indexation de vieilles listes par Google. Par ailleurs, relève-t-il, l'ancien pasteur n'a eu aucun contact avec des jeunes ou des enfants dans ce cadre (voir encadré).

Mandat à durée déterminée

Il reste que l’ancien pasteur, devenu consultant, est toujours chargé d’un mandat de l’EERV. Il s’agit d’une mission à durée déterminée, jusqu’en mai 2020, en lien avec l’organisation Action Parrainages et menée auprès des migrants, dans le canton de Vaud, par l’EERV, l’Église catholique, la Communauté israélite et des associations de soutien aux migrants. «Il n’est pas sur le terrain. C’est une réflexion sur le développement structurel et logistique de cette action de solidarité avec les migrants», déclare Marie-Claude Ischer. Mais cette collaboration n’est-elle pas gênante pour l’EERV, vu le procès en cours? Le Conseil synodal ne souhaite pas s’exprimer à ce sujet avant le jugement du tribunal et prendra une décision par la suite.

Créé: 02.10.2019, 20h13

«Pas de contacts avec des enfants ou des jeunes»

Le 3 octobre au matin figurait encore sur internet une liste des «membres de la Chambre consultative de la jeunesse désignés par le Conseil d’État» où figurait le nom du prévenu. «Ce pasteur, désigné le 20 mai 2015, a représenté l’EERV dans trois séances plénières de la Chambre consultative de la jeunesse (CCJ) jusqu’en septembre 2015. Il a ensuite été absent jusqu’en septembre 2016, moment qu’il a choisi pour démissionner de la CCJ, le 14 septembre», explique le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC). Dans ce cadre, s’est-il impliqué auprès de jeunes? «Il n’a jamais été en contact avec des enfants et des jeunes dans le cadre de ses activités à la CCJ», répond le Canton.
À la suite de nos questions, la page en cause a cessé de figurer sur le web. Une liste datée de septembre 2019 se trouve en revanche sur le site de l’État de Vaud, sans le nom du prévenu. Le DFJC réfute toute volonté d’avoir voulu «cacher», «remplacer» ou «supprimer» une information. La liste portant le nom de l’ancien pasteur, explique le Canton, «n’est plus disponible en naviguant sur le site de l’État depuis des années. Elle restait toutefois indexée par Google». Les services spécialisés ont dès lors pris des mesures pour que les anciennes listes - «celle-là et d’autres», précise-t-il - ne puissent plus être indexées.

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