Le patois illustré pour batoiller de 5 à 105 ans

TraditionLe Groupement du dictionnaire du patois vaudois publie un lexique en images pour rendre ce langage vivant accessible à tous.

Pierre-Alain Poletti et Marie-Louise Goumaz sont deux des sept membres du Groupement du dictionnaire du patois vaudois, à l'origine de la nouvelle publication.
Vidéo: Patrick Martin

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C’est en Bretagne qu’est née l’idée. Michel Freymond, membre du Groupement du Dictionnaire du patois vaudois (GDPV), y découvre en 2011 un lexique breton illustré destiné aux touristes. Quatre ans plus tard, «Câise-tè, batoille!» (prononcez «kèch-té batoy», pour «tais-toi, bavard») sort de presse. Edité à 2000 exemplaires, largement illustré et comprenant un CD de prononciation, il s’adresse à un public «de 5 à 105 ans» de manière didactique et vivante.

Le Vaudois est moins fier que le Breton: ce ne sont pas les touristes sillonnant notre bien joli canton qui sont visés en premier lieu, mais toute personne qui marque un intérêt pour notre patrimoine. «Ce que nous voulons, c’est maintenir ce qui existe encore, en nous adressant à un public plus large que celui qui connaît notre dictionnaire, explique Marie-Louise Goumaz, présidente du GDPV. Il n’y a pas si longtemps, il existait une émission de radio, des chroniques en patois. Puis petit à petit, on nous a fermé les portes, arguant que cela n’intéressait plus assez de monde.»

Victoire du «patois de Paris»

Par ce lexique, il s’agit aussi de «lutter contre l’image passéiste et figée du patois. Remettre cette langue à part entière sur la place publique, c’est la légitimer», explique Pierre-Alain Poletti, également membre du GDPV. Car le patois est à ne pas confondre avec l’argot vaudois, insiste le passionné. Le premier comporte une grammaire, une conjugaison et du vocabulaire, quand le second n’est qu’une succession d’expressions.

Une page du lexique: Cliquez ici pour agrandir l'image

Banni des écoles vaudoises en 1806, à la libération des Bernois, quand c’était «le patois de Paris» et de Napoléon qu’il fallait accepter, le patois vaudois n’a jamais complètement disparu des campagnes, même si on ignore combien le parlent encore. «Nous devons régulièrement créer de nouveaux mots, pour qu’une conversation actuelle soit possible sans l’usage d’anglicismes par exemple», illustre Marie-Louise Goumaz. La retraitée l’expérimente tous les vendredis de 8 h à 9 h avec Lo Tian. Elle accueille chez elle à Chexbres le jeune chanteur qui vient de sortir un CD en franco-provençal. «On parle de tout et parfois les mots nous manquent: on doit trouver des moyens de contourner les lacunes.»

Des mots imagés

Des mots ont de tout temps été ajoutés au vocabulaire de base, créés méticuleusement en suivant les préceptes d’un langage très imagé. Les anciens ne prévoyaient pas l’invention de la radio ni de l’automobile, et encore moins du post-it. La première sera donc «la djacasse», la deuxième «le tenotmobile» – construit sur «tonneau» et «mobile» – et le petit papillon autocollant «l’apèdzon». Ainsi la deuxième version (2007) du Dictionnaire du patois vaudois de 1981 est une édition «revue et augmentée». Ecoulé à quelque 4000 exemplaires, l’ouvrage sera bientôt à nouveau révisé et «augmenté».

Marie-Louise Goumaz, comme Pierre-Alain Poletti, a la légitimité pour créer ces néologismes. Elle est «mainteneuse» depuis trente-cinq ans, un titre décerné tous les quatre ans lors de la fête de la Fédération romande et internationale des patoisants (FRIP), qui réunit Vaudois, Fribourgeois, Valaisans, mais aussi Italiens du Piémont et du Val d’Aoste et Français de Lyon et de Savoie. Genevois et Neuchâtelois sont absents de la FRIP, signifiant que leur patois a perdu la bataille. «A Neuchâtel, un médecin a appris tout seul et le parle en famille. C’est les seuls du canton, à ma connaissance», déplore Marie-Louise Goumaz, qui lutte depuis près de cinquante ans pour que «son» patois ne subisse pas le même sort.

(24 heures)

Créé: 02.12.2015, 08h07

Comprenez-vous le patois vaudois?

Comprenez vous le patois vaudois?

Question 1 sur 12:

Lo mouî de boû

Le tas de bois

Le déguisement de fantôme

Je marche dans la boue

«L’hivê», il faut mettre une «bayadère»

C’est Joël Freymond (fils de l’initiateur), illustrateur de «L’impôt heureux» de Pascal Broulis, qui a mis la brochure en images. Ce tome – le premier d’une série qui sera produite au fil des moyens du GDPV – propose 12 thèmes quotidiens et 380 mots.

On nous emmène «su lo lè» (sur le lac), à bord d’un «naviot dâo pétchâo», coiffés d’un «tsapî de paille». Mais aussi «dein la dzo» (dans la forêt) et «âo martsî» (au marché). On y apprend que «l’hivê», il faut mettre une «bayadère» (écharpe) et un «bounet». Et on saura aussi dire «la demeindze, fotâi-mè la pé!» (le dimanche, fichez-moi la paix).


«Câise-tè, batoille!» 40p, 30 fr. (+port), à commander chez Graphic Services, au 021 908 08 08
ou info@graphic-services.ch.
Prochain rdv de l’Amicale des patoisants de Savigny-Forel,
sa 19, 14h, grande salle de Puidoux.

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