Patrick Aebischer, un président qui a osé

EPFLA deux mois de son départ, Patrick Aebischer revient sur les presque 17 ans passés à la tête de la Haute Ecole.

Au 31 décembre, Patrick Aebischer va passer la main à son successeur Martin Vetterli, également formé à l'école américaine.

Au 31 décembre, Patrick Aebischer va passer la main à son successeur Martin Vetterli, également formé à l'école américaine. Image: Archives/photo d'illustration/Keystone

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L'ancien professeur du CHUV revient sur ses années passées à diriger la presitieuse Haute école donne un conseil tiré de son expérience américaine: «Il faut oser».

«C'est la première et la plus importante réforme que j'ai faite en arrivant ici. On a donné aux jeunes chercheurs le droit de faire des choses risquées», explique Patrick Aebischer, bientôt 62 ans, va quitter la présidence de l'Ecole Polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) à la fin de l'année..

Techniquement, cela s'appelle le «tenure track», soit la possibilité donnée à un jeune chercheur de prouver ce qu'il vaut et d'obtenir une nomination, sans attendre que le titulaire parte à la retraite. «Vous avez huit ans pour réussir. Notre génération, on est tous partis aux Etats-Unis pour ça. Nous ne voulions pas être les porte-serviettes des mandarins».

Après Oxford et Cambridge, l'EPFL a été la troisième université en Europe à accorder cette indépendance aux jeunes chercheurs. Né en Basse-Ville de Fribourg, dans un milieu d'artistes au départ peu fortuné, il reconnaît qu'il en a lui-même bénéficié: «On m'a donné ma chance». Aux Etats-Unis, dans le système le plus compétitif.

Il est fou

L'audace a marqué le parcours de Patrick Aebischer. Quand il est arrivé à la tête de l'EPFL, l'arc lémanique souffrait de la crise, se souvient-il. «Il fallait prendre notre destin en main, il fallait oser. La première fois que j'ai annoncé que l'EPFL allait devenir une université de rang mondial, les trois quarts des professeurs disaient: 'Il est fou, il n'y arrivera jamais'».

A l'heure du bilan, c'est la réalisation qu'il met en avant: avoir transformé une bonne école d'ingénieurs en une université technologique de premier plan. Il reconnaît qu'il y a eu des résistances lorsqu'il a voulu développer les sciences de la vie à l'EPFL, mais aujourd'hui plus personne ne le conteste.

Emblème architectural

Audace aussi dans les réalisations architecturales du campus avec la vague en béton de la bibliothèque du Learning Center, le centre des congrès SwissTech Convention Center ou encore le nouvel ArtLab inauguré jeudi et qui donne un toit aux humanités digitales - «le grand challenge de demain», promet Patrick Aebischer.

C'est le deuxième succès qui lui tient à coeur: avoir créé un campus vivant et ouvert. «Quand je suis arrivé, les gens venaient à 08h00 et partaient à 18h00. Aujourd'hui, il y a de l'activité le soir, le week-end, la nuit», raconte-t-il. Le Learning Center est devenu un bâtiment emblématique, un but de visite à lui seul.

Critiques

Le Fribourgeois se réjouit d'avoir créé, avec le Parc de l'innovation, un écosystème pour transférer les découvertes des chercheurs vers le monde réel. Inspiré de son expérience américaine, il a développé le mécénat et le sponsoring industriel, balayant les critiques de ceux qui craignent une perte d'indépendance des chercheurs.

«Penser que l'industrie va dire à nos chercheurs de pointe ce qu'ils doivent faire, c'est une vision très passéiste des choses. Les industriels viennent à l'EPFL, car ils ont peur de rater le numérique, ils veulent savoir ce qui se passe», explique-t-il.

Boom des étudiants

Durant l'ère Aebischer, le nombre d'étudiants a plus que doublé, dépassant aujourd'hui les 10'000 inscrits. Sans compter tous ceux qui suivent les cours de l'école en ligne, grâce aux Moocs, notamment dans les pays en voie de développement.

Des regrets ? Ne pas avoir réussi un rapprochement avec l'IMD à Lausanne, une «très bonne business school». Et ne pas s'être suffisamment engagé contre l'initiative UDC sur l'immigration de masse, acceptée de justesse par le peuple le 9 février 2014.

Respirer

Au 31 décembre, Patrick Aebischer va passer la main à son successeur Martin Vetterli, également formé à l'école américaine. Quid de la suite ? «Je vais d'abord respirer. C'est une vie fascinante, mais épuisante avec 80 à 100 heures par semaine depuis 17 ans.»

Il va poursuivre son action au sein des conseils d'administration de Nestlé, Lonza, Logitech et à la présidence du Novartis Venture Fund. Mais surtout il va prendre du temps pour «réfléchir et enseigner». Il compte s'engager dans la promotion de l'innovation, et s'intéresser aux liens entre la culture et la science.

Un «superbrand»

Il a refusé la présidence d'une grande université internationale: «Je me suis tellement investi émotionnellement dans l'EPFL que j'aurais eu l'impression de la tromper».

Pour l'avenir de l'EPFL, il est confiant: d'ici 20 ans, l'école va devenir un «superbrand», à l'image d'Oxford et de Cambridge en Angleterre. «Je suis optimiste. On en prend la voie». (ats/nxp)

Créé: 06.11.2016, 10h55

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