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Payot fait ressurgir «Mon premier livre» du passé

Le libraire reproduit à 2000 exemplaires le fac-similé du manuel réédité en 1969. Un vrai voyage dans le temps.

L’image désuète de la femme telle que vue par «Mon premier livre».
L’image désuète de la femme telle que vue par «Mon premier livre».
PAYOT

Nous vous parlons d’un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître. Il était une fois «Mon premier livre», que tous les écoliers vaudois de la première primaire ont eu entre les mains pour apprendre à lire. L’ouvrage est articulé en trois parties en vue d’un apprentissage progressif avec, d’abord, des illustrations des premières lettres à assimiler, puis des historiettes et enfin des nouvelles.

Édité pour la première fois en 1912, il a été revu régulièrement, jusqu’à sa dernière réédition de 1969, dont Payot produit aujourd’hui le fac-similé. Sous sa belle couverture de carton, il regorge de lieux communs et de préjugés dont certains sont déjà choquants pour 1969 (on est au lendemain de Mai 68).

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Notre documentaire interactif: Mai 68: La rébellion des chevelus vaudois

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Dans le monde de «Mon premier livre», illustré par les dessins délicieusement surannés de Marcel Vidoudez, la figure du père a le beau rôle. Il téléphone, lit le journal, réfléchit en fumant sa pipe (immersion dans la Suisse des années 1960 avec la vidéo ci-dessous). Son regard porte au loin; ses pensées vont à ses projets de chef de famille. Maman, elle, tricote, achète les légumes au marché ou veille son petit Arthur qui est tombé malade. Malgré les poncifs, Payot a eu envie de faire ressortir le manuel de l’oubli.

L’aventure éditoriale a débuté lors du centenaire des magasins de Vevey et de Montreux. Jean-Marc Bourqui, gérant de Vevey, avait sorti des vieux livres à cette occasion, parmi lesquels son exemplaire de «Mon premier livre», qu’il a exposé en vitrine: «Pour moi, c’était juste un clin d’œil, raconte-t-il. Mais j’ai été surpris de la réaction du public.» Face à l’émerveillement de ceux qui avaient appris à lire avec cet ouvrage à l’école («de la nostalgie à l’état pur!»), l’idée est née de ressortir l’ouvrage pour mesurer le chemin accompli.

Scanné et nettoyé

Tiré à 2000 exemplaires, le fac-similé a été réalisé par l’imprimeur Cavin de Grandson. «Tout a été scanné et nettoyé, relate Anne Niederoest, directrice de la communication et du marketing de Payot Libraire. C’est un magnifique travail.» Des recherches ont en outre été entreprises pour remettre le livre dans son contexte éditorial et retrouver les auteurs ou, à tout le moins, leurs descendants.

«La première étape a été de consulter les archives de la maison d’édition et de la Librairie Payot qui sont conservées à la Bibliothèque cantonale universitaire, poursuit Anne Niederoest. Sur l’édition de 1969, il y avait malheureusement peu d’informations.» La lecture de la correspondance de l’époque a cependant permis de constater que les enseignants en charge du projet de manuel avaient cédé leurs droits au Canton. Le Département de la formation a alors été contacté, qui a donné son autorisation au projet de nouveau tirage et demandé que le contenu soit mis en perspective.

«Mon premier livre» contient 53 nouvelles. Les actuels ayants droit ont donné leur accord. Certains n’ont pas pu être retrouvés, de sorte que Payot s’est adressé à leur maison d’édition d’origine pour des autorisations de reproduction. Là encore, certaines avaient cessé leurs activités.

Parcourir le livre édité à l’époque par Payot Lausanne revient à se replonger dans une époque très différente de la nôtre. Même en 1969, l’école n’avait cure des évolutions de société. «Mon premier livre» regorge de références condescendantes aux Africains, les décrivant comme de gentils sauvages et les désignant du mot «nègre». Or, en 1969, en phase de décolonisation, ce mot était déjà mal noté.

Avertissement

Payot a d’ailleurs pris le soin d’assortir le livre d’un avertissement se défendant de «toute ambiguïté». Il s’agit, dit Payot Libraire, d’un «travail sur la mémoire de l’édition romande, mené en connaissance de cause». La maison pointe «des valeurs datées, et à certains égards critiquables», qu’il ne s’agit pas «de remettre au goût du jour». Elle se réjouit au contraire de mettre «en perspective le remarquable chemin parcouru par l’école publique et l’édition scolaire en termes d’égalité, d’intégration, de culture, d’ouverture au monde et de droit à la différence».

L’ouvrage a été abandonné dans les écoles vaudoises au mitan des années 70.

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