Les paysans comptent sur Guy Parmelin

Conseil fédéralL’arrivée du Vaudois à la tête de la politique agricole suscite des espoirs dans le monde rural. Avec un risque de décevoir les siens.

Agriculteur et viticulteur de profession, Guy Parmelin est attendu au virage par le monde agricole.

Agriculteur et viticulteur de profession, Guy Parmelin est attendu au virage par le monde agricole. Image: JEAN-CHRISTOPHE BOTT/Keystone

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Enfin un connaisseur à la barre de la politique agricole! C’est peu dire que l’arrivée prochaine de Guy Parmelin au Département de l’économie (dont dépend l’agriculture) fait plaisir aux paysans. «On se réjouit de parler avec lui. Il n’y aura pas besoin de lui expliquer ce que c’est qu’un fongicide ou une jachère», réagit Francis Egger, un des cadres de l’Union suisse des paysans (USP).

Une «vraie bonne nouvelle», abonde Luc Thomas, directeur de l’Association vaudoise de promotion des métiers de la terre (Prométerre). «Guy Parmelin sera comme un poisson dans l’eau, de la même manière que Johann Schnei­der-Ammann était à l’aise pour échanger avec le monde de l’industrie.»

Agriculteur et viticulteur à Bursins jusqu’à son élection au Conseil fédéral, en 2015, Guy Parmelin militait en faveur d’un monde paysan qui souffre dans une économie de marché impitoyable: «Chez nous comme ailleurs, le travail de la terre n’est plus rémunéré normalement. Rendre attentifs les consommateurs aux conditions déplorables dans lesquelles se trouvent les agriculteurs est urgent», pouvait-on lire sur sa page de conseiller national.


À lire l'édito : Parmelin, qui sème le blé récolte l’Économie


De quoi faire oublier les rapports parfois tendus entre le monde agricole et ses ministres de tutelle successifs. En 2009, Doris Leuthard essuyait une pluie de bottes lancées par des paysans furieux à Saignelégier. L’an dernier, Johann Schneider-Ammann provoquait la colère des paysans avec un rapport où il proposait d’intensifier les accords de libre-échange, de réduire les barrières douanières et de se rapprocher avec les marchés asiatiques et américains.

Attentes sur le terrain

«C’est évident que Guy Parmelin sera plus protectionniste dans le domaine de l’agriculture. Il s’entend comme larron en foire avec Jacques Bourgeois (ndlr: le directeur de l’USP) et les paysans avaient soutenu sa candidature», s’inquiète un élu libéral-radical à Berne, favorable aux accords de libre-échange. Sur le terrain, cette proximité dope les attentes. «J’espère qu’il pourra influencer l’Office fédéral de l’agriculture, dont une partie du personnel passe son temps à inventer des âneries pour ennuyer les producteurs», réagit Philippe Gruet, agriculteur à Gressy.

L’attente des paysans, bien réelle, provoque justement quelques craintes: «Le danger pour Guy Parmelin, c’est qu’il essuie des récriminations d’autant plus fortes qu’il devra appliquer et expliquer la politique du Conseil fédéral, laquelle ne devrait pas beaucoup changer. Il risque d’être pris en otage entre l’agriculture et les milieux économiques qui ont besoin d’ouverture des frontières», prévoit le conseiller national Jean-Pierre Grin (UDC/VD). Bref, piloter le dossier agricole pourrait se révéler aussi difficile pour le Vaudois que le domaine des accords économiques ou le secteur de la recherche. C’est la raison pour laquelle, selon certains, Parmelin aurait préféré reprendre le département de Doris Leuthard.

La filière agricole compte sur «le pragmatique» de Bursins pour reprendre le dossier de la Politique agricole 2022+. «Le projet manque de simplification administrative et de mesures concrètes pour assurer une plus-value des produits indigènes sur le marché. De plus, il prévoit de modifier à nouveau le système des paiements directs en revenant à des contributions par exploitations plutôt qu’à la surface», énumère Francis Egger. Guy Parmelin est aussi attendu au virage avec le futur accord que la Suisse devrait signer avec le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay). Et un autre probable accord avec les États-Unis.

«Pas les coudées franches»

«Il est clair qu’il n’aura pas les coudées franches et qu’il devra arbitrer entre des intérêts antagonistes… Cela dit, un ministre chargé de l’Agriculture a une capacité d’initiative à ne pas négliger, fait remarquer Luc Thomas. Ce qui atterrit sur la table du parlement est souvent amendé, mais rarement refusé.» Le directeur de Prométerre espère surtout «une meilleure répartition de la plus-value au sein de la filière alimentaire. Nous espérons que Guy Parmelin renforce la position des producteurs en leur donnant plus de poids dans les négociations interprofessionnelles.»

Pierre-André Tombez, du syndicat minoritaire Uniterre, ne partage pas l’enthousiasme ambiant: «Il faudrait déjà que les paysans veuillent s’entraider entre eux… Le secteur irait mieux si la majorité avait soutenu l’initiative pour la souveraineté alimentaire.» Et de décocher une flèche au curare à son ancien camarade de l’École d’agriculture: «Il avait déjà de la peine à comprendre les colonels alémaniques, je doute qu’il comprenne mieux les capitaines d’industrie chinois.»

Créé: 11.12.2018, 21h19

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