Des paysans épaulent leurs collègues en difficulté

AgricultureUne association de solidarité s’est créée dans le canton de Vaud en s’inspirant d’un modèle français

Claude Jaccoud, à la vallée de Joux, préside une organisation d’entraide paysanne

Claude Jaccoud, à la vallée de Joux, préside une organisation d’entraide paysanne Image: ODILE MEYLAN

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Agriculteur par passion, c’est ainsi que se définit Claude Jaccoud, dans la ferme du Brassus reprise par son fils. Si des ennuis de santé l’ont contraint à cesser de travail­ler la terre et d’élever lui-même les 70 têtes de bétail de son domaine de 45 hectares, ce grand-père âgé de 60 ans a décidé de ne pas rester inactif face au désarroi d’une partie de la profession bousculée par les mutations du marché alimentaire.

Ainsi préside-t-il une toute jeune association, Solidarité Paysans Romandie, fondée avec l’appui de quelques collègues et de Jean-Michel Rey, à Saint-Cergue, l’entrepreneur social qui récupérait d’anciens wagons de train et aidait des chômeurs à se réinsérer. Le groupe, qui se réfère aux mouvements de solidarité paysanne créés en France, souhaite entrer en action au mois de mars.

Peine à demander de l’aide
Agriculteur au parcours peu commun – il a étudié la théologie au Danemark, puis a repris la ferme de son grand-père maternel –, Claude Jaccoud regrette de voir certains collègues envahis par la déprime: «L’agriculture est livrée à la valeur de l’économie. Une forme de désespoir s’installe par endroits. Parfois, il faut retenir un collègue d’aller se pendre.» Il existait une sorte de «Main tendue des paysans», gérée par l’association Le Déclic, mais elle a mis un terme à son activité à la fin de 2014 après huit ans d’existence. Les appels n’étaient pas nombreux.

Faut-il en déduire que la demande d’aide s’avère faible? «C’est un milieu où on ne parle pas facilement de ses difficultés», constate Valérie Miéville-Ott, sociologue rurale à Agridea, association pour le développement de l’agriculture et de l’espace rural. Elle connaît le sujet puisqu’elle prépare un programme d’aide aux familles paysannes qui attend le soutien de l’Office fédéral de l’agriculture.

Solidarité Paysans Romandie entend de son côté privilégier la relation et l’accompagnement: «Il faut commencer par démêler l’écheveau, poser les cartes sur la table. Parfois, les problèmes financiers et familiaux s’entremêlent et il faut redimensionner ce qui paraît énorme. Ensuite, il faut parer au plus urgent. Par exemple, en accompagnant le collègue en difficulté chez son banquier, pour qu’il ne soit pas seul», explique Claude Jaccoud.

L’agriculteur du Brassus, qui se réfère avec conviction à sa foi chrétienne tout en se déclarant indépendant des communautés religieuses, est connu pour avoir contribué au développement de groupes de prière paysans. Ils concernent 2500 exploitations en Suisse sur un total de près de 60 000. Ce réseau pourrait être utile au développement de Solidarité Paysans mais Claude Jaccoud se défend de vouloir faire du prosélytisme: «Nous ne sommes pas là pour proposer une aide agricole contre une carte d’appartenance à une Eglise.»

Jean-Michel Rey, lui, se réfère à l’expérience française: «Nous nous sommes inspirés de Solidarité Paysans France qui bénéficie de vingt ans d’expérience. Ils ont un savoir-faire que nous souhaitons adapter à la réalité de la Suisse romande.» L’entrepreneur social reconnaît que l’agriculture suisse est déjà bien organisée sur le plan professionnel. «Mais nous, nous voulons aller chez les paysans, développer l’écoute et l’observation.» Il reste toutefois à trouver du soutien matériel, des sponsors. Chez Agridea, Valérie Miéville-Ott juge la démarche positive: «La relation de pair à pair peut créer une relation de confiance plus propice à parler de ses émotions», estime-t-elle, en insistant sur le fait que, bien souvent, les difficultés des agriculteurs déteignent sur le climat familial.

contact@solidaritépaysans.ch

Créé: 21.01.2015, 09h44

Le malaise agricole est difficile à cerner

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