«La pénurie de généralistes touche peu de gens»

SantéGarnir les rangs de la profession ne suffira pas, prévient le Pr Senn. Il faut réorganiser les cabinets et revoir l’enseignement

Le professeur Nicolas Senn dirige depuis 2016 l'Institut universitaire de médecine de famille, hébergé par la PMU (Lausanne).

Le professeur Nicolas Senn dirige depuis 2016 l'Institut universitaire de médecine de famille, hébergé par la PMU (Lausanne). Image: ODILE MEYLAN

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L’Institut universitaire de médecine de famille hébergé par la PMU (Lausanne) fête ses dix ans d’existence. A sa tête, un médecin superactif qui milite pour la valorisation de la médecine de famille et développe une recherche sur mesure, axée sur les soins primaires et la patientèle de cabinets. Le professeur Nicolas Senn nous donne ses pistes pour repenser le fonctionnement d’une profession à la croisée des chemins, confrontée aux besoins croissants d’une population vieillissante.

Vous avez cosigné un rapport de l’Observatoire suisse de la santé détaillant les forces et faiblesses de la médecine générale en Suisse. Que faut-il en retenir?

Que nous avons une médecine de famille de très bonne qualité mais qu’elle est trop médico-centrée. Tout passe par le généraliste. Il se met potentiellement en situation difficile car il doit tout faire: administration, prévention, coordination… C’est un goulet d’étranglement.

N’est-ce pas l’effet de la pénurie dont on parle tant?

Les médecins de famille sont débordés mais les raisons sont en partie ailleurs. La pénurie de généralistes n’est pas le seul problème. Leur densité en Suisse est élevée par rapport à la moyenne européenne. Il y a une pénurie partielle dans certaines régions mais elle touche relativement peu de gens. Alors oui, les patients peinent à trouver un médecin rapidement mais ce n’est pas seulement parce que ces derniers ne sont pas assez nombreux. C’est aussi parce que les cabinets ne sont pas toujours organisés de la meilleure des façons pour prendre en charge les soins primaires. Il faut repenser leur fonctionnement.

Comment soulager la pression?

Grâce au dossier électronique du patient (ndlr: entré en vigueur au niveau fédéral le mois dernier) – qui permet déjà une meilleure circulation de l’information entre les différents soignants – et à des plans de soins partagés par ces derniers. Par ailleurs, il peut être utile que les généralistes soient épaulés par des gestionnaires de cas dont le rôle est d’accompagner les cas complexes dans un cabinet. Ils connaissent ces patients et leurs familles et font le lien avec l’extérieur. Si l’un de ces patients va à l’hôpital, par exemple, le case manager le suivra dans son séjour et le réceptionnera à sa sortie. Actuellement, ce sont les infirmières de liaison de l’hôpital qui font ce travail. Elles ont affaire à des dizaines de lieux différents et ne connaissent ni le contexte ni le malade. Pour améliorer la coordination des soins, il est essentiel de préserver le lien de proximité et de déplacer le centre de gravité du système sur les cabinets. C’est là que les patients se trouvent en majorité; pas à l’hôpital ou chez les spécialistes. Nous menons des travaux de recherche dans ce sens mais l’inertie du système est forte.

Cette nouvelle organisation engendrerait-elle des économies?

Possiblement. Une organisation plus efficace dans les cabinets pourrait par exemple améliorer la couverture vaccinale de la grippe et donc potentiellement diminuer le recours aux urgences, les hospitalisations et les décès. Aujourd’hui, le généraliste voit un patient après l’autre. Il ne sait souvent pas combien de gens il suit. Il est fondamental de connaître le groupe dont on a la charge afin d’y introduire une vision de santé publique.

L’enseignement de la médecine est-il encore trop éloigné de la réalité du cabinet?

Le savoir de médecine spécialisée est enseigné avant celui de la médecine générale. C’est le monde à l’envers! Les choses plus rares et complexes sont apprises avant les cas les plus fréquents. Je donne un cours sur la grippe et je me suis rendu compte que les étudiants ne maîtrisaient pas le sujet alors que c’est la maladie infectieuse qui tue le plus en Suisse… Il faudrait inverser la pyramide en construisant l’enseignement à partir des pathologies les plus fréquentes.

Les cabinets de groupe sont-ils la panacée?

C’est la seule voie à suivre. Encore 50% des médecins de famille travaillent en solo mais ce modèle est en voie de disparition. La structure idéale? Relativement petite: quatre ou cinq généralistes. Ce qui est important, c’est que le patient consulte toujours le même médecin. (24 heures)

Créé: 06.05.2017, 14h20

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