La pénurie de logement va durer, prédit l’État

DémographieD’ici 2040, le canton pourrait avoir 200'000 habitants de plus. Les seniors composeraient un quart de la population. L’habitat adapté et abordable continuera de manquer.

Aux Fiches, au nord de Lausanne, un quartier entier sort de terre.

Aux Fiches, au nord de Lausanne, un quartier entier sort de terre. Image: VANESSA CARDOSO

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Ceux qui se souviennent de l’appartement de Bruce Willis dans le Cinquième Élément de Luc Besson peuvent se faire une idée de ce qui nous attend. Une pièce unique, hyperconnectée et modulable, pourrait être le logement de demain. C’est le conseiller d’État Pascal Broulis qui donne cette image. Aux côtés de sa collègue Béatrice Métraux, il a présenté lundi l’exercice annuel (lire ci-dessous) de prospective du gouvernement. Axé pour cette édition sur le logement et sur les séniors, le travail de Statistique Vaud expose une situation en 2040 où les séniors représenteront un quart de la population, dans un contexte immobilier serré.

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La croissance de la population continue

Même si elle a affiché un léger tassement en 2017, la vague démographique reste d’actualité. Marc-Jean Martin précise qu’elle est inédite: «Le canton n’a jamais connu de tels niveaux sur une telle durée.» Le statisticien, chef de la Section prospective et aide à la décision à Statistique Vaud, montre, graphique à l’appui, que Vaud comptait 400 000 habitants en 1957, puis 600 000 en 1995, lesquels sont devenus presque 800 000 en 2018. En 2040, ils pourraient atteindre le million.


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Le logement en manque chronique

En plus de ce contexte de croissance démographique, les changements de mœurs, comme la hausse du nombre de divorces ou la réduction de la taille moyenne des ménages, multiplient les besoins en logement. «En 1960, on avait 2,9 personnes par ménage, contre 2,3 en 2017», poursuit Marc-Jean Martin. Statistique Vaud voit bien, comme de nombreux experts immobiliers, qu’une légère détente sur le marché apparaît depuis trois ans. Le nombre de demandes de permis de construire en cours démontre que la création d’habitat va rester soutenue ces deux prochaines années. Mais, précise encore Marc-Jean Martin, la détente ne devrait pas durer et la fin de la pénurie annoncée çà et là n’est que temporaire. Pour l’heure, le seuil d’équilibre (taux de vacance), fixé communément à 1,5% de logis libre, n’est pas atteint (1,15%). Surtout, les prix, en particulier en région lémanique, restent à un niveau élevé.


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Le poids futur des séniors

Les courbes montrent très bien que la population vieillit. La proportion des séniors vaudois (65 ans et plus) se montait à 12% en 1960 et à 16% en 2017. En 2040, elle se situera entre 21 et 24%. Carole Martin, cheffe de projet à Statistique Vaud, a détaillé, dans une étude complémentaire, les «facteurs d’influence» qui vont jouer un rôle dans la problématique du logement des retraités.

Combien seront autonomes? Quel sera leur état de santé? Quels seront leurs besoins pour pouvoir vivre seuls? Comment s’organiseront les liens sociaux? Où préféreront-ils habiter? En ville? À la campagne? Toutes ces questions viennent nourrir la réflexion politique sur la vague grise qui s’apprête à déferler. La statisticienne veut fournir un outil pour «l’organisation des logements de demain». Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que les anciens vivent au sein de petits ménages, seuls ou en couple.

La plupart d’entre eux veulent vieillir à la maison plutôt qu’en institution. Autre paramètre: les retraités actuels habitent dans de grands logements sous-occupés, faute de pouvoir emménager dans des appartements plus petits à cause des prix excessifs du marché. «Or beaucoup aimeraient déménager, ne serait-ce que pour avoir moins de ménage à faire», complète Béatrice Métraux. À noter que 40% des cinq-pièces et plus sont occupés par une ou deux personnes, le plus souvent des séniors.


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Densifier et adapter l’habitat

Les responsables politiques font dès lors face au double phénomène de la hausse démographique et du vieillissement. Dans une visée de prospective, il s’agit d’abord de choisir un scénario. Statistique Vaud en produit trois: faible, moyen et haut. Puis viennent les questions: les Vaudois vivront-ils le plus souvent seul ou en famille? Dans un grand ou un petit logement?

Béatrice Métraux fait valoir que la nouvelle loi sur le logement est entrée en vigueur au début de cette année. Elle incite les communes à créer du logement d’utilité publique (LUP) au sein desquels se trouve une nouvelle catégorie d’habitat «à loyer abordable» (LLA): «Cette catégorie pose un cadre précis avec des prix au mètre carré.» Le parc immobilier vaudois ne pourra cependant pas être reconstruit et il va falloir adapter l’existant, en particulier aux besoins des séniors. L’apport de l’électronique avec des logements intelligents pourra par exemple être d’un grand secours.

L’augmentation démographique et l’étroitesse du territoire (la zone à bâtir est comptée) vont déboucher sur une densification de l’habitat. D’après Statistique Vaud, le nombre d’habitants au kilomètre carré pourrait grimper à 340 dans le scénario haut et se situer entre 287 et 324 dans le scénario moyen. Ce ratio se situe actuellement à 239. La Suisse, montagnes comprises, figure à 204. Béatrice Métraux professe qu’il va falloir, ces prochaines décennies, «nouer la gerbe des enjeux».


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Croissance malgré tout «nécessaire»

«Nous pourrions fermer le pays, lance Pascal Broulis à l’adresse des partisans d’Ecopop. Mais nous aurions encore moins de jeunes.» Or ces derniers sont susceptibles d’enclencher un cercle vertueux où leur force de travail peut permettre de payer pour la grande proportion de gens âgés. Sans la croissance démographique, Vaud serait peut-être voué à une nouvelle crise. Idéalement, il faudrait beaucoup de jeunes bien formés, un bataillon d’adultes au travail et le moins possible de séniors. En Occident, les choses ne vont pas dans ce sens.

Créé: 17.12.2018, 19h51

La prospective, une futurologie qui aide à la décision

L’idée date de la Constitution de 2003, forgée au plus fort de la crise financière et institutionnelle de l’État de Vaud. À son article 72, la mère des lois édicte que «dans le but de préparer l’avenir, l’État s’appuie sur un organe de prospective». La prWemière prédiction est sortie en janvier 2012 et le rendez-vous est devenu annuel. «Il s’agit, dit Pascal Broulis, de faire émerger des tendances lourdes et de prendre des options.»

Le ministre des Finances prévient toutefois que l’approche doit rester prudente: «À ce stade, nous traçons des axes de réflexion pour montrer les marges de manœuvre ou les leviers d’action. Nous ne faisons pas de recommandation de politique publique ni n’élaborons de mesures précises.» Une telle démarche permet aussi des comparaisons intercantonales: «Les études seront traduites.» Notons au passage que Zurich, par exemple, voit déjà son nombre de mètres carrés habitables par habitant diminuer; ce qui pourrait montrer une tendance… Le travail autour de la prospective se veut interdépartemental.

Sur la vaste question du logement, le social, l’aménagement du territoire, l’énergie et l’économie sont convoqués, tour à tour ou en même temps. La Commission de prospective est composée de trois conseillers d’État et de spécialistes. En 2015, Statistique Vaud a été doté d’une section spéciale. Après les deux études sur les besoins en logement et le logement des séniors, la Commission se consacrera aux domaines de la mobilité, de l’énergie, de la transition numérique et du fédéralisme. Sur ce dernier point, Pascal Broulis note que le modèle suisse n’est pas en perte de vitesse, à en croire les Français pour le moins.

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