Le père d’un jeune suicidé dépose une plainte pénale

VeveyMalade, Laurent Chamorel, 32 ans, a mis fin à  ses jours en juillet dernier. En colère, son père estime qu’il a été mal soigné.

Albert Chamorel, 66?ans, est déterminé à se battre jusqu’au bout.

Albert Chamorel, 66?ans, est déterminé à se battre jusqu’au bout. Image: CHANTAL DERVEY

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Quand un jeune homme est découvert sans vie dans le couloir d’un immeuble de Vevey, le 21 juillet dernier, le Ministère public ouvre une enquête, comme à l’accoutumée. Il la clôt toutefois quatre jours plus tard, l’intervention d’un tiers étant rapidement exclue: Laurent Chamorel, 32 ans, s’est en effet suicidé de deux coups de poignard en pleine poitrine.

Aujourd’hui, pourtant, le procureur Sébastien Fetter, de la Division des affaires spéciales, vient de reprendre l’instruction à la suite du dépôt, par Albert Chamorel, d’une plainte pénale contre inconnu pour homicide par négligence et exposition. Le père de Laurent, atteint d’une schizophrénie évolutive diagnostiquée à l’âge de 18 ans, estime que la Fondation de Nant, où son fils a été hospitalisé par intermittence à partir d’avril 2000, n’a pas fait sérieusement son travail.

Zone ouverte

Si la plainte pénale a été déposée contre inconnu, parce qu’il appartient à la justice d’établir précisément les responsabilités éventuelles, son texte, en revanche, désigne sans ambiguïté l’institut psychiatrique de l’Est vaudois. Selon Albert Chamorel, après avoir été accueilli dans un secteur fermé de la Fondation de Nant, où l’on oblige Laurent à prendre les médicaments qui lui sont indispensables, le jeune homme est inexplicablement admis, dès 2012, dans une zone ouverte, qu’il peut quitter quand bon lui semble et dans laquelle la prise des médicaments est facultative.

«Tout le monde sait que les schizophrènes refusent de se soigner, et Laurent, qui entendait des voix destructrices, était un danger pour lui-même. Il avait donc besoin d’être suivi, contrôlé, et il aurait fallu le contraindre à prendre régulièrement ses médicaments. Or rien de tout cela n’a été fait, tempête Albert Chamorel, et le suivi médical n’a jamais été sérieux.»

Négligence et désintérêt

«Le personnel de la Fondation de Nant était parfaitement conscient de la gravité de la maladie dont souffrait mon fils et des risques qu’il faisait courir à sa propre santé, écrit-il dans la plainte. Son dossier médical est d’ailleurs conséquent et relate les nombreuses tentatives d’auto-agression qu’il s’est infligées. Mais, malgré la détérioration manifeste de son état au mois de juillet, personne n’est intervenu et l’on prétend aujourd’hui qu’il était «stabilisé». Si j’ai décidé de porter plainte, c’est en raison de la négligence et du désintérêt manifeste que j’ai constatés, précise encore le père de Laurent, tant de la part de l’organe de curatelle que des médecins supposés le soigner. Pendant l’année qui a précédé son décès, je crois pouvoir affirmer que Laurent n’a été vu ni par sa curatrice ni par un médecin.»

La semaine dernière, le procureur a donc entendu deux médecins qui ont été amenés à prendre en charge Laurent Chamorel au sein de l’institut psychiatrique de l’Est vaudois. Ils ont été convoqués en tant que «personne appelée à donner des renseignements» et priés, dès lors, de se faire délier du secret professionnel et du secret de fonction. Mais, à ce stade de l’enquête, Sébastien Fetter ne fait aucun commentaire.

Directrice médicale de la Fondation de Nant, Isabelle Gothuey tient, quant à elle, à préciser qu’elle n’était pas au courant du dépôt d’une plainte pénale, qu’elle ne peut évidemment pas se prononcer sur le cas de Laurent Chamorel, qu’elle partage la douleur de ses proches, mais qu’il est vraisemblable que «l’immense sentiment d’impuissance que provoquent ces drames soit à l’origine d’une recherche de causalité».

Créé: 11.12.2014, 17h02

Articles en relation

«Je suis outré qu'on ait laissé sortir mon fils schizophrène»

Vaud Suivi à Nant, Laurent s'est suicidé de deux coups de couteau le 21 juillet à Vevey. Son père témoigne. Plus...

L'homme s'est infligé les coups de couteau mortels

Décès à Vevey La mort du Suisse de 32 ans ce lundi dans le hall d'un immeuble est consécutive à un geste d'auto-agression. Il avait acheté son couteau le jour même. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 22 août 2019
(Image: Bénédicte ) Plus...