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La petite barrière qui inspire artistes, politiques et amoureux

Pietro Sarto a offert une œuvre à Puidoux, qui lui dédie une placette en haut du chemin de la Dame, à pic sur le Dézaley

La place de la petite barrière offre une vue panoramique sur le Dézaley, le ciel, les montagnes et le Léman.
La place de la petite barrière offre une vue panoramique sur le Dézaley, le ciel, les montagnes et le Léman.
Patrick Martin

Pietro Sarto jure avoir peint moins de petites barrières sur le Dézaley que Cézanne de montagnes Sainte-Victoire (80!). Pourtant, les marches d’escalier situées tout en haut du chemin de la Dame, entre Rivaz et la route de la Corniche, restent le lieu d’inspiration privilégié du peintre de Saint-Prex. Tellement que la Commune de Puidoux, à l’initiative de l’Association Les Amis de Pietro Sarto, a restauré et sécurisé l’endroit en 2016, baptisant cette nouvelle placette «la petite barrière à Sarto» (lire encadré). En guise de remerciement, le maître lui a remis, mi-septembre, une de ses vues fétiches, peinte exprès. Le tableau trônera dans l’administration communale.

Si le syndic de Puidoux, René Gilliéron, a tenu à remercier le peintre «de nous sensibiliser à la beauté de notre région», lui a voulu rendre hommage à Gaston Bachelard et Picabia. C’est le premier, philosophe de l’air et de l’eau, qui a renvoyé le jeune Sarto au bord du Léman, alors qu’il étudiait la peinture à Paris. «En revenant de Dieppe, où j’étais allé peindre et tenter de comprendre la perspective aérienne, il m’avait dit: «Que vas-tu faire à Dieppe? C’est le bassin lémanique qui offre la plus belle perspective, c’est chez toi!» se souvient Pietro Sarto. «Plus bel endroit du monde»

«Ici, toutes les perspectives fonctionnent en même temps»

Quant à Picabia, c’est la femme du peintre qui a emmené Sarto au chemin de la Dame. «Elle s’y rendait avec Picabia et Duchamp durant la Première Guerre. Ils remontaient depuis la cascade puis philosophaient près de cette barrière; c’est Ramuz qui leur avait montré!» Un hommage à l’écrivain vaudois est d’ailleurs gravé dans une plaque, rappelant les portails rouillés des vignes, reprenant une partie de son «Chant de notre Rhône», sélectionnée par Sarto. Il y est question d’immensité du ciel et de profondeur. Des thèmes «picturaux» qui touchent Sarto: «On n’est jamais devant un paysage, on est dedans.»

«Ici, toutes les perspectives fonctionnent en même temps. Il y a plusieurs endroits qui vous font dire que c’est le plus beau du monde. C’en est un», sourit Pietro Sarto. Ce n’est pas le seul à le penser. Hodler s’asseyait non loin de là, près de la Tour de Marsens, pour peindre ses Léman. Vallotton signe une belle vue du chemin de la Dame, depuis la route de la Corniche. Duchamp a rendu célèbre la cascade du Forestay, en contrebas.

Sens Unik et les moines

Mais le lieu n’inspire pas que les peintres. C’est sur «le toit du monde» que Carlos Leal aimait se rendre «seul, pour écrire, lire, respirer et se retrouver». «J’ai écrit plusieurs titres de Sens Unik là-bas», témoigne-t-il. Il en garde le souvenir d’un lieu «magique et intime».

C’est aussi en haut du chemin de la Dame, sur un muret de vigne, que Philippe Leuba allait promener son chien quand il était enfant, lors des vacances familiales à Bellevue, un peu plus haut sur la Corniche. Aujourd’hui, il y habite et aime encore se rendre près de la petite barrière. «De là, on se rend vraiment compte du travail qui a été fait. Le Clos des Moines, le Clos des Abbayes (ndlr: les deux domaines de la Ville de Lausanne en Dézaley) sont les dernières traces de ceux qui ont planté la vigne dans cette pente», nous confiait le conseiller d’État lors d’une balade à Lavaux.

De l’amour à la mort

Et puis le lieu où Sarto passait «des soirées à observer le ciel» dès qu’il avait un moment accueille nombre de couples – parfois en devenir. Les habitants de Puidoux portent bien leur sobriquet: les amoureux. Des graffitis sur le mur derrière le banc placé plus bas illustrent ces rencontres romantiques.

Ce lieu «sacré», selon Sarto, dans le sens «digne d’un respect absolu», renfermerait aussi, dans ses rochers supportant la pente, l’urne funéraire de certains défunts des villages environnants, pas prêts à laisser derrière eux cette vue unique.

Tous ces secrets d’alcôve perdent un peu de leur intimité, tourisme oblige. «Maintenant, il y a foule!» s’exclame Pietro Sarto, qui retourne parfois près de sa petite barrière. La placette a été financée en partie par le petit train touristique Lavaux Express, qui y emmène volontiers ses passagers. Et rares sont les randonneurs qui ne s’arrêtent pas pour immortaliser la vue – les sites de partage en regorgent! On peut aussi y croiser des délégations encravatées. «Quand on reçoit d’autres communes, c’est sûr, on passe par là-bas!» assure le syndic René Gilliéron. Qui loue l’endroit pour le lien qu’il fait entre le bas – les vignes et le lac – et le haut – la campagne et la forêt – de Puidoux, cette commune «complète».

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