«On ne peut nier que certains, à droite, peinent à élire un UDC»

VaudMarc-Olivier Buffat, président du PLR, revient sur le nouvel échec de la droite au Conseil d’État. Interview.

Marc-Olivier Buffat, président du PLR Vaud

Marc-Olivier Buffat, président du PLR Vaud Image: Florian Cella

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Dimanche, la droite subissait son quatrième revers depuis 2011 pour retrouver sa majorité au Conseil d’État. Avec un scénario identique: une partie de l’électorat, surtout libéral-radical, refuse d’élire un candidat UDC. Cette fois, c’est Pascal Dessauges qui en a fait les frais. Président du Parti libéral-radical vaudois (PLR), Marc-Olivier Buffat fait le bilan de cette alliance bringuebalante.

À un moment, avez-vous cru à cette élection?
Quand on est dans une campagne électorale, la moindre des choses, c’est d’y croire. Je retiens de cette élection que nous avons réussi à faire douter la candidate socialiste et son parti. On voit beaucoup le verre à moitié plein. On ne voit pas forcément quel était le véritable enjeu d’une complémentaire, avec un siège socialiste difficilement contestable et une candidate déjà conseillère nationale. La tâche était d’emblée très difficile.

Est-ce vraiment la gauche vaudoise qui est forte ou le problème vient-il de la droite?
Cinq jours après l’élection, ma conviction est que les Vaudoises et les Vaudois estimaient que le siège socialiste et l’équilibre décidé en 2017 n’étaient pas remis en question. Il s’agissait de substituer à Monsieur Maillard une candidate bien profilée et bien calibrée. À droite, il n’y avait peut-être pas le candidat à ce point providentiel qui permette une victoire.

Avec le durcissement de sa ligne, l’UDC peut-elle encore séduire largement l’électorat de centre droit?
On ne peut pas nier qu’une frange de l’électorat de droite a de la peine à voter pour un candidat UDC. L’UDC au niveau national, avec son style blochérien, a un certain nombre de programmes qui fonctionnent au plan fédéral, comme l’immigration, où elle fait des bons scores. Paradoxalement dans la politique cantonale, ce sont des éléments qui sont pratiquement absents. L’UDC Vaud est obligée de faire un peu de rétropédalage interne, en disant: «Tout ce qui fait notre succès à Berne, notre marque de fabrique, ce n’est pas transposable ou vendeur dans ce canton.» Elle doit faire ce travail à deux étages qui n’est pas simple pour eux, ni pour nous.

Donc, la défaite de dimanche est-elle due à l’UDC ou à son manque de préparation?
Je ne veux pas faire porter la culpabilité à quiconque. La leçon à tirer est que finalement les Vaudoises et les Vaudois ont voulu poursuivre avec un siège socialiste. Maintenant nous devons nous axer sur les élections cantonales de 2022.

Pourquoi la gauche est-elle parvenue à renouveler son personnel politique au Conseil d’État ces dernières années, mais pas vous?
Dès l’annonce du départ de Pierre-Yves Maillard, la direction de notre parti a souhaité que l’un de ses conseillers d’État démissionne pour provoquer une double complémentaire. C’était la seule option crédible si on voulait renverser la majorité. J’ai pris acte que ce n’était pas possible. Les ministres ne sont pas des pions sur un échiquier. C’est vrai que nous avons eu une situation de confort en 2017, avec trois conseillers d’État en place qui ont fait un très bon score. Aujourd’hui, il faut considérer qu’on a peut-être mangé notre pain blanc.

Lors de votre dernier congrès, le député Daniel Ruch parlait de Pascal Dessauges comme «le moins crouille à l’UDC». Cela illustre-t-il un certain malaise du PLR envers l’UDC?
Il faut rappeler que, même si nous sommes le premier parti du canton, nous ne représentons qu’environ 30% de l’électorat. Si nous voulons gagner à la majorité, il faut aller chercher une bonne vingtaine de pour-cent de voix. Nous n’arriverons pas à le faire en nous associant uniquement avec les Vert’libéraux. De plus nous devons travailler avec des partis qui ont les mêmes idées que nous.

On a l’impression que le PLR s’allie avec l’UDC par défaut. Le premier parti du canton ne manque-t-il pas de poigne pour imposer une stratégie?
Lorsque vous êtes le grand parti, vous créez inévitablement des partis qui vous jalousent un peu. Depuis que je suis élu, j’appelle à des lignes directrices communes, un programme commun au centre droit.

Alors quelle est la stratégie pour sortir la droite de son impasse électorale?
Nous devons tendre à une plus grande discipline et travailler sur un programme le plus commun possible. Cela dit, il ne s’agit pas non plus de brider nos alliés. L’UDC peut défendre sa position sur la sécurité, par exemple, mais qui n’est pas la nôtre. Même chose avec les Vert’libéraux, qui ont envie de mettre des taxounettes un peu partout pour voir si le climat va changer grâce à ça. Mais nous devons nous retrouver sur un certain nombre d’idées fortes et sur le long terme. C’est à l’aune de ce travail-là que nous serons en mesure de proposer un renversement de majorité en 2022.

Regrettez-vous l’époque où vous pouviez placer deux radicaux et deux libéraux pour avoir la majorité au Conseil d’État?
Globalement nous sommes plus forts aujourd’hui qu’avant la fusion de nos deux partis. À supposer que l’on ait placé un quatrième conseiller d’État cette fois-ci, nous nous serions mis en très grosse difficulté pour la probable partielle en 2020, avec le départ de Jacqueline de Quattro. L’UDC nous aurait dit que nous lui marchions sur les pieds. On ne peut pas se permettre de partir à l’attaque et semer des voix en routes. Je ne m’appelle pas don Quichotte.

À un moment où les finances du Canton se portent à merveille, est-ce judicieux de faire campagne avec l’argument de la rigueur?
Il y a un paradoxe. En 2017 les Vaudoises et les Vaudois ont élu un Grand Conseil à majorité de droite. Nous devons respecter nos engagements pris devant le peuple et assumer cette tâche. Nous ne pouvons pas être divisés sur certains sujets et laisser le champ libre au Conseil d’État de gauche. Concrètement, au Grand Conseil, ça fonctionne bien. Maintenant il faut dépasser le stade de la collaboration ponctuelle, pour amener sur le plan cantonal un certain nombre d’idées fortes qui nous rassemblent. Sur la problématique de la RIE III, sur les finances communales ou sur les subsides à l’assurance maladie, on voit bien que, même si ça a été acté et voté, on ne va pas pouvoir continuer aussi longtemps.

Créé: 22.03.2019, 19h48

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