«Etre dans la même pièce que Claude Dubois est très crispant»

Affaire MarieA quelques jours du verdict, les parents et la sœur de Marie reviennent sur le procès marathon qu’ils ont vécu.

Laetitia, Evelyne et Antoine Schluchter, accompagnés de leur avocat, Me Jacques Barillon, chez eux à Villars.

Laetitia, Evelyne et Antoine Schluchter, accompagnés de leur avocat, Me Jacques Barillon, chez eux à Villars. Image: PHILIPPE MAEDER

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Impassibles, quasi stoïques, durant les cinq jours qu’a duré le procès du bourreau de Marie, Antoine, Evelyne et Laetitia Schluchter respirent enfin.

Jeudi, réunis dans leur salon de Villars-sur-Ollon en compagnie de leur avocat, Me Jacques Barillon, il leur est même arrivé de sourire. Un peu chacun dans son coin lors des débats, ils tiennent désormais à s’asseoir le plus près les uns des autres. Leur complicité est manifeste. Une attitude qui tranche avec la retenue dont ils ont fait preuve durant tout le procès. «Etre dans la même pièce que Claude Dubois a quelque chose de très crispant. Durant les débats, je regardais devant moi en me focalisant sur l’aspect judiciaire des choses plutôt que sur leur dimension affective pour tenter de me protéger, mais on entend quand même ce qui se dit, malheureusement, soupire Laetitia, la sœur aînée de Marie. Je me sentais prête, mais les propos tellement crus qu’a employés le prévenu pour parler de ma sœur ont été très durs à entendre. Une ado de 19 ans a sa vie, elle fait ses choix. Mérite-t-elle de mourir pour autant? Ces cinq jours, je les ai vraiment sentis passer.»

«Rester dignes»

«La disposition des tables fait que nous n’étions pas face à Claude Dubois, donc je fixais moi aussi la Cour, ce qui n’était pas pour me déplaire. Pour ne pas tout porter seuls, nous nous en sommes remis à la justice et à notre avocat, en qui nous avons toute confiance, nous contentant de faire acte de présence. Nous étions vent debout. Nous ne voulions pas être dans une posture, nous n’étions pas là pour nous épancher ou pour en rajouter une couche. Il fallait être dignes», renchérit le pasteur Antoine Schluchter, souvent penché sur un cahier lors des débats. «J’y notais mes impressions sur le procès. Puis je retournais le cahier pour y écrire des propos bibliques.»

«Durant les débats, je regardais devant moi en me focalisant sur l’aspect judiciaire des choses plutôt que sur leur dimension affective pour tenter de me protéger»

Comme de la matière pour un troisième livre? «Je n’en sais rien, nous verrons. Mais ce n’était pas le même processus que pour mes autres livres. D’ailleurs, si j’avais su dessiner, j’aurais fait des dessins.»

Mère à bout de forces

A ses côtés, la mère de Marie témoigne elle aussi d’une semaine particulièrement éprouvante. A tel point qu’elle n’a assisté qu’au premier et au dernier jour du procès. «J’aurais voulu assister à l’entier des débats, mais c’était trop dur, je n’en ai pas eu la force. J’ai préféré rester à la maison avec mon petit-fils, mais je serai là pour le verdict, c’est essentiel.» Ne voulant pas faire à l’assassin présumé de Marie «l’honneur de trop parler de lui», la famille Schluchter n’en oublie pas pour autant les dernières minutes du procès, lorsque Claude Dubois s’est tourné vers eux, les appelant par leur prénom. «Encore une tentative d’emprise sur l’autre. Je n’avais pas le droit de lui répondre. L’aurais-je eu, je lui aurais dit: «Désolé, mais nous sommes complets pour Pâques. La seule place qui reste, nous la réservons à notre avocat et ami: Jacques Barillon. Et, pour l’ambiance, nous appellerons une bande de Blacks ( ndlr: celle qu’a évoquée Claude Dubois pour expliquer sa recherche d’une arme à feu et qui aurait un lien avec le mobile du crime )», lance Antoine Schluchter dans un trait d’ironie qu’on devine salutaire.

Peu encline à parler de Dubois, la famille de Marie évoque en revanche l’attitude de la défense, qui l’a souvent affectée. A ce titre, Laetitia évoque un épisode survenu durant une suspension du procès. «Je suis allée dire à l’un de ses conseils que ses propos étaient durs à entendre, mais que je lui étais reconnaissante de ne pas avoir évoqué le crime en détail. J’ai par la suite été frappée par la fourberie avec laquelle mon propos avait été détourné.»

Plus généralement, Antoine Schluchter confie avoir eu beaucoup de mal à entendre les avocats de la partie adverse mettre la mort de sa fille sur le compte d’une relation amoureuse qui aurait mal tourné. «A la banalisation de l’horreur par le prévenu et sa voix monocorde s’est ajoutée la banalisation du geste par sa défense, je ne m’y attendais pas.»

A quelques jours du verdict, les proches de Marie peinent à mettre des mots sur la sentence qu’ils souhaitent voir tomber. «Une sanction légitime qui favorise la protection de la société, du vivre ensemble. Nous ne sommes ni dans la vengeance ni dans le reproche ou l’accusation. Nous ne voulons que la justice», précise Antoine Schluchter, bien conscient qu’il risque de ne jamais connaître les véritables raisons qui ont conduit au drame.

Nouveau chapitre

En attendant, les Schluchter, dont la fille est revenue des Etats-Unis pour assister au procès entre deux semestres académiques, profitent de ce contexte particulier pour passer quelques jours en famille. «C’est important pour moi d’être avec mes parents en ce moment. On évoque beaucoup de souvenirs, on rit de vieilles anecdotes. On se réjouit d’enfin pouvoir tourner la page et d’ouvrir un nouveau chapitre de nos vies. Un chapitre sans Marie», lâche Laetitia.

Créé: 19.03.2016, 08h14

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