Pierre-Yves Maillard antiburqa: réactions

Le conseiller d’Etat se distancie du PS: il ne combattra pas l’interdiction du voile intégral

Le niqab (à droite) ne laisse apparaître que les yeux. Il est considéré comme un voile intégral au même titre que la burqa, où un grillage masque le visage.

Le niqab (à droite) ne laisse apparaître que les yeux. Il est considéré comme un voile intégral au même titre que la burqa, où un grillage masque le visage. Image: Keystone

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Pierre-Yves Maillard s’est désolidarisé de la ligne officielle de son parti. Dans une interview au Matin Dimanche, le conseiller d’Etat vaudois a affirmé qu’il ne combattrait pas l’initiative antiburqa, lancée par le Comité d’Egerkingen (proche des milieux conservateurs et de l’UDC, et déjà à l’origine de l’initiative antiminaret).

Le socialiste semble même indiquer que, si toutes les signatures sont récoltées, il glissera un oui dans les urnes: «Certains ont oublié que, dans une société de rapports de force, parfois c’est l’interdit qui libère.» Interrogé par 24 heures, il insiste: «Faute de loi, l’initiative passera et ce sujet sera dans la Constitution, ce qui n’est pas franchement sa place.»

Polygamie

Pierre-Yves Maillard s’appuie sur un autre article de loi: «Si nous avions oublié d’interdire la polygamie et que quelqu’un proposait de l’interdire, quelle serait leur position?» Question posée aux «énervés» qui ont critiqué la semaine dernière Mario Fehr, conseiller d’Etat zurichois socialiste, ayant affirmé que «dans une société libérale, chacun doit montrer son visage».

«Le monde est en train de changer fort et vite. Et la gauche doit s’adapter à ce contexte»

En plus d’insister sur la nécessité de combattre tout retour arrière de la cause des femmes, Pierre-Yves Maillard fait de l’interdiction du voile intégral une question de principe: «Nous vivons une phase historique où les libertés et les valeurs démocratiques sont attaquées. Le monde est en train de changer fort et vite. Et la gauche doit s’adapter à ce contexte», déclare-t-il encore au Matin Dimanche.

Prohibition contre intégration

Face aux symboles défendus par son camarade de parti, la conseillère nationale Cesla Amarelle brandit des études: «Les politiques de prohibition n’ont pas eu les effets escomptés en France ou en Belgique. Aux Etats-Unis, les stigmatisations ont donné lieu à des replis identitaires. Nous sommes évidemment contre la burqa, symbole de pression et de domination des femmes, mais par d’autres moyens.» Lesquels? «Certaines femmes socialistes demandent à ce que l’article du Code pénal sur la contrainte soit correctement appliqué, pour protéger les femmes qui portent ces habits sur une base non volontaire. Et par l’intégration: une fois émancipées, ces femmes n’auront plus à porter un voile pour faire plaisir aux parents ou aux maris.»

Pour Cesla Amarelle, le voile intégral est un «non-débat qui ne concerne que moins de 100 femmes en Suisse», sans compter les touristes. Même son de cloche chez la socialiste Martine Gagnebin, présidente de l’Association suisse des droits de la femme, ou du côté de la conseillère nationale PS Ada Marra, qui «refuse de polémiquer» sur les propos de Pierre-Yves Maillard. Mais elle avait répondu sur Facebook la semaine dernière aux propos de l’ex-conseillère nationale (PS/VD) Marlyse Dormond. Ada Marra parlait sur le réseau social de l’initiative antiburqa comme d’une interdiction «simpliste» et «stigmatisante», qui «ne changera rien à la condition de la femme musulmane en Suisse».

Mais le débat est bel et bien ouvert et les socialistes semblent divisés. «Le PLR l’est aussi! argue Cesla Amarelle. Il faut faire attention à ne pas s’empêtrer dans des politiques de symboles, comme celles qui ont conduit à des débats enflammés en France depuis deux ans, et mené à des scissions au sein des forces politiques, tant à droite qu’à gauche.» Pierre-Yves Maillard envisage une inflexion de la ligne du parti: «Beaucoup de gens à gauche évoluent vers plus de clarté sur ce thème, preuves en sont les nombreuses réactions favorables reçues après cette interview. Mais les trois quarts portaient sur les sujets économiques et sociaux qui sont prioritaires, sur lesquels je consacrerai mon énergie. L’interdiction de la burqa ne doit pas devenir le sujet principal en Suisse.»

Créé: 14.08.2016, 22h33

«Dangereux de les froisser!»

Si certains socialistes estiment que l’interdiction de la burqa dans l’espace public suisse est un «non-débat», les affirmations comme celles de Pierre-Yves Maillard inquiètent Christoph Sturny, directeur de Montreux-Vevey Tourisme. C’est en effet la Riviera qui compte le plus de touristes du Moyen-Orient du canton. Les nuitées des Emirats arabes unis ont augmenté de 20,8% au 1er semestre 2016 (95'467 à fin juin) dans le canton, communique Andreas Banholzer, directeur de l’Office du tourisme vaudois. Et leur dépense moyenne par jour se monte à 430 fr. par personne. «Il est dangereux de les froisser en changeant les lois, d’autant qu’ils nous sauvent des effets du franc fort! Nous avons besoin de cette clientèle! Je ne pense pas qu’ils se réjouissent d’entendre cela chez eux et je ne minimiserai pas le risque qu’ils cherchent ensuite d’autres destinations.»

Andreas Banholzer dédramatise quelque peu: «Les conséquences n’ont pas été dramatiques en France, après l’interdiction (ndlr: de 2010). L’ambassade d’Arabie saoudite encourage à respecter l’interdiction, et ceux qui ne veulent pas paient les amendes.» Les conséquences de l’interdiction tessinoise entrée en vigueur en juillet ne peuvent pas encore être évaluées.

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