Pierre-Yves Maillard, un notable de retour à la lutte syndicale

Trajectoire En passe d’être élu ce samedi à la tête de l’USS, le ministre repart au combat. Plus réaliste, après quatorze années au pouvoir.

Avant d’être conseiller d’État, le jeune Maillard fut secrétaire syndical de la FTMH, devenue depuis Unia.

Avant d’être conseiller d’État, le jeune Maillard fut secrétaire syndical de la FTMH, devenue depuis Unia. Image: PATRICK MARTIN - ARCHIVES

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Pierre-Yves Maillard devrait sortir ce samedi du Kursaal de Berne en patron des syndicats. Le Vaudois de 50 ans a toutes les chances d’être élu à la tête de l’Union syndicale suisse (USS), faîtière géante forte de 380 000 membres. Avec son gilet de défenseur des travailleurs par-dessus sa chemise de conseiller d’État, le socialiste quittera le gouvernement vaudois en 2019. Gros changement? Pas sûr. En rejoignant le monde syndical, Pierre-Yves Maillard revient à ses premières amours et s’offre un bain de jouvence.

«Je revendique l’indignation»

Dans les années 90, le futur patron de la Santé et de l’Action sociale a fait ses premières armes en tant que secrétaire général de la Fédération des associations d’étudiants (FAE). On prédisait déjà à ce jeune orateur un destin tout tracé en politique. Fils d’un ancien garagiste devenu concierge, ce prof de lettres affirmait que «Germinal» était sa lecture favorite. «Je revendique l’indignation, elle est le moteur qui m’a emmené en politique», dira-t-il plus tard.

Conseiller communal lausannois, puis député, le Maillard des années 1990 n’a rien de consensuel. Engagé comme conseiller personnel du ministre Jean Jacques Schwaab (PS) en 1995, il démissionnera quatre mois plus tard pour protester contre le programme d’économie Orchidée II, lequel menaçait, disait-il, de «massacrer le service public». Quand il entre au Conseil national, en 1999, c’est un élu «marqué à la gauche du PS, très impliqué dans la lutte syndicale», se souvient le Jurassien Jean-Claude Rennwald.

Naissance d’un tribun

En 2000, Pierre-Yves Maillard se lance à fond dans la lutte syndicale. Il est nommé secrétaire général adjoint de la FTMH (Syndicat de l’industrie, de la construction et des services) pour la région Vaud et Fribourg. Redoutable négociateur, il veut à tout prix «obtenir des résultats». Il contribue à sauver 40 emplois chez Sapal à Écublens, empêche un tiers des soixante licenciements prévus chez Kudelski. En 2002, il parvient à éviter la délocalisation de la logistique de l’entreprise Charles Veillon en Suisse alémanique qui menace directement 193 emplois. Ce ne sera que pour deux ans, mais le combat est hautement symbolique. Pierre-Yves Maillard se taille une réputation de chef de file, de tribun capable de vous prendre aux tripes et de conquérir un auditoire.

Ce bouillant syndicaliste entrera au Conseil d’État en 2004, en successeur de Pierre Chiffelle. Dans les mois précédents, la droite tremble un peu de le voir arriver. Alors, il multiplie les signaux d’apaisement. Il promet qu’il respectera la collégialité. «Le gouvernement est plus équilibré et je peux suivre Pascal Broulis un bon bout», déclare-t-il. Tout en se disant «convaincu que l’on peut également défendre les intérêts du monde du travail dans la fonction de conseiller d’État» afin de calmer les critiques à gauche.

De nombreux syndicalistes craignent de voir le militant perdre tout son venin. L’extrême gauche a la dent dure: Pierre-Yves Maillard «s’est d’ores et déjà placé dans la position de subalterne de Pascal Broulis», lance alors Aristide Pedraza, du syndicat SUD. L’intéressé enfile son costume de ministre et il s’en tiendra effectivement à la collégialité, même en 2008 quand le PS soutient la grève de la fonction publique.

Le tandem Maillard-Broulis aura marqué l’action gouvernementale, notamment avec la RIE III vaudoise.

«Moins catégorique»

Au pouvoir dans un gouvernement de concordance, le tribun apprend le réalisme. «Vous avez beau trouver certaines revendications légitimes, si le collège dit non, vous devez défendre cette position. Cela vous détache très vite de la position de syndicaliste», expliquait-il l’an dernier dans un livre d’entretien intitulé «Le pari du possible». Mais jamais, assure-t-il, le pouvoir ne l’a empêché de «lutter comme avant». C’est juste que sa vision de la société est devenue «moins tranchée, moins catégorique».

En 2016, il soutiendra la troisième réforme fiscale des entreprises (RIE III), que les Vaudois approuveront à plus de 87%. C’est aussi sa victoire, pour les contreparties sociales. Pierre-Yves Maillard triomphe aux côtés du PLR. Qu’importe, puisque les acquis sociaux sont réels et seul «le résultat donne son sens à la lutte». Le syndicaliste du début des années 2000 n’aurait pas dit autre chose.

Créé: 30.11.2018, 22h18

Derniers jours de campagne tendus

Joue-t-on à se faire peur? Veut-on éviter de donner l’impression qu’il n’y a jamais eu d’enjeu derrière l’élection de Pierre-Yves Maillard à la tête de l’USS? Quoi qu’il en soit, dès le début de la campagne, et plus intensément ces derniers jours, un murmure inquiet s’est fait entendre. Le socialiste aurait des féministes plus que sceptiques sur sa route vers la présidence de la grande faîtière. «Ce n’est pas gagné, attention!» «De nombreuses femmes ne veulent pas voter pour lui, y compris à Unia…» disent des camarades vaudois. Les appels à voter pour la vice-présidente du Parti socialiste suisse et conseillère nationale Barbara Gysi se multiplient. Au «Blick», elle a dit qu’une femme serait «plus crédible» à ce poste. Et puis il y a eu la petite phrase prononcée par le conseiller d’État dans un reportage de l’émission alémanique «Rundschau». Elle pourrait coûter très cher, craignait-on en fin de semaine.

«Je sens de plus en plus que les hommes sont marginalisés», lâche-t-il lors de l’émission. Victimisation? Scandale sexiste? Les réseaux sociaux s’échauffent, l’extrait se met à circuler. Sûr que le tribun, au moment de son grand discours samedi matin, tentera de rassembler et de rassurer ceux qui voulaient une femme à la tête de l’USS. Il l’a dit à «Rundschau»: «Je n’ai jamais entendu dire qu’un homme ne pouvait pas représenter les femmes. Ce raisonnement est contre-productif.»

CI.M.

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