Pierre-Yves Maillard est prié d'éteindre l'incendie

HôpitauxFace à la colère des médecins-chefs, le Grand Conseil somme le ministre de la Santé d’ouvrir des négociations avec les praticiens.

Pierre-Yves Maillard s’est longuement expliqué devant les députés sur son projet de réglementer le travail des médecins cadres dans les établissements hospitaliers

Pierre-Yves Maillard s’est longuement expliqué devant les députés sur son projet de réglementer le travail des médecins cadres dans les établissements hospitaliers Image: Jean-Bernard Sieber

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Pierre-Yves Maillard persiste: il estime que son projet de règlement pour harmoniser les conditions de travail des médecins cadres dans les hôpitaux est salutaire. «La seule chose que vous pourriez me reprocher, c’est de ne pas l’avoir fait plus tôt!» a-t-il affirmé hier au Grand Conseil. Le chef de la Santé venait d’être interpellé par la députée Christine Chevalley (PLR). Celle-ci s’est montrée préoccupée par la grande colère des médecins-chefs, qui dénoncent depuis l’été un «délire bureaucratique» et une «ingérence abusive de l’Etat». Le feu couve dans les hôpitaux.

Le président socialiste du Conseil d’Etat a tenu à répondre tout de suite à cette interpellation. Il s’est expliqué longuement, estimant qu’il est normal d’exiger des plannings des médecins cadres: «Quand un directeur d’hôpital m’avoue qu’il ne sait même pas si un médecin employé à 80% est davantage présent qu’un autre employé à 60%, j’estime nécessaire d’exiger une formalité pour le savoir.» Et de citer le cas d’un bloc opératoire où les infirmières ne savaient pas si elles pouvaient rentrer chez elles faute de planning clair.

Quant au plafond salarial fixé à 550 000 francs, cela ne paraît nullement restrictif à Pierre-Yves Maillard: «Avouez tout de même que cela permet de vivre», a lancé le ministre. Le projet de règlement, martèle-t-il, ne vise nullement à uniformiser les hôpitaux: «Ce que nous aimerions préciser, c’est que, si un médecin est engagé à temps plein, il ne peut pas cumuler avec un jour par semaine en cabinet à son compte, avec des infrastructures payées par l’hôpital.» Il précise que des discussions seront menées avec les médecins dès la semaine prochaine.

«Vision autoritaire»

Le sujet a provoqué de nombreuses interventions. «Je regrette que le problème n’ait pas été aplani en amont», reproche Christine Chevalley. Le fait même que Pierre-Yves Maillard n’ait pas attendu la détermination des hôpitaux sur le projet avant de s’exprimer «montre qu’il entend mener sa réforme au pas de charge», tonne Jean-Marie Surer (PLR). Une réforme qui, selon lui, «relève d’une vision centralisatrice et autoritaire. On a l’impression d’un appel lancé dans une école de recrues alors qu’on a affaire ici à des médecins-chefs qui prennent leurs responsabilités.» Quant au plafonnement des salaires, «ce problème concerne très peu de médecins, souligne le libéral-radical. Il n’y a pas lieu d’en parler… sauf si l’on veut faire du populisme.»

Jean-Michel Dolivo (La Gauche) s’indigne alors, d’une voix vibrante, contre les propos du PLR: «Il faut arrêter de prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages! Ce que vous défendez ici, c’est les privilèges d’une minorité.» Jean-Luc Chollet (UDC) relève, au passage, qu’il y a «quelque chose de choquant à payer des primes maladie pour certains médecins qui gagnent largement plus que des conseillers fédéraux».

Va pour le fond, mais c’est surtout sur la forme que le Conseil d’Etat aurait péché. Vassilis Venizelos (Verts) juge que «le projet manque de nuances et certains passages ont été mal interprétés. Je suis convaincu que des discussions permettront d’apaiser le conflit». Le Grand Conseil a accepté (à une majorité de 83 voix) une détermination de Christine Chevalley souhaitant que le Conseil d’Etat, «dans un esprit de concertation, engage une démarche participative afin de trouver une solution consensuelle». En d’autres termes, prière d’éteindre très vite cet incendie. (24 heures)

Créé: 01.11.2016, 20h50

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