Le plaisir de la pensée peut s’enseigner aux enfants «dès qu’ils savent mentir»

EducationLa philosophie fait des adeptes chez les enfants. Une école privée d'Ecublens a mis la discipline au programme.

Jean-Eudes Arnoux anime chaque semaine un atelier de philosophie dans la classe 3P (6-7 ans) de l’Ecole Vivalys, à Ecublens. Les thèmes abordés – l’amour, le jeu, Dieu, la tour Eiffel (!) – sont choisis par les enfants.

Jean-Eudes Arnoux anime chaque semaine un atelier de philosophie dans la classe 3P (6-7 ans) de l’Ecole Vivalys, à Ecublens. Les thèmes abordés – l’amour, le jeu, Dieu, la tour Eiffel (!) – sont choisis par les enfants. Image: Florian Cella

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Aristote disait que «la philosophie commence avec l’étonnement». L’Ecole Vivalys, à Ecublens, l’a pris au mot. Depuis cette année, la structure privée a mis à son programme de 3P HarmoS un atelier de philosophie hebdomadaire de quarante minutes. «Il nous semblait manquer tout un pan qui concerne la vie démocratique au sens large du terme», explique le directeur, Olivier Delamadeleine. Dans l’école publique vaudoise, même si de tels ateliers sont dispensés ponctuellement selon l’impulsion du professeur ou de l’établissement, la philosophie n’apparaît à l’horaire qu’à partir du gymnase.

Au menu, des questions sorties tout droit de la tête des élèves: «Pourquoi Dieu existe?» «Comment le premier homme est arrivé sur Terre?» «Pourquoi on est amoureux?» Mais aussi: «Pourquoi on construit une tour Eiffel?» Jean-Eudes Arnoux, philosophe, est là pour animer le débat. «L’idée est d’amener des réponses plus construites que celles que l’enfant a au départ, tout en montrant que, au fond, on ne connaît pas «la» réponse», explique-t-il.

Leçon de «choses»

Chaque jeudi, une question est traitée sous forme de discussion, reprenant la technique des dialogues philosophiques de Matthew Lipman, initiateur de la philosophie pour les enfants. Ce jeudi, c’est autour du thème «C’est quoi jouer?» que s’agite le petit groupe. Les mains se lèvent sonorement, les réponses fusent, les nouvelles questions surgissent, bref, ça débat. A l’issue de la discussion, les jeunes penseurs ont abordé l’adresse, la stratégie, le hasard, les rôles, pour aboutir à la nécessité, dans la vie, d’avoir des règles et du plaisir.

L’apprentissage peut paraître secondaire, moins «sérieux» qu’une période de mathématiques, mais les enfants y tiennent. «Avec le maître, on apprend à lire; avec Jean-Eudes, on apprend des choses», explique Arthur. Roxanne ajoute d’un air sérieux: «Tout ce qu’on fait à l’école, c’est pour apprendre à faire des choses quand on sera grand.»

C’est bien de cela qu’il s’agit. «Les outils philosophiques permettent d’amener l’enfant à une réflexion intellectuelle, mais aussi de travailler les règles sociales de la discussion en groupe et, par ricochet, celles de la démocratie», résume Jean-Eudes Arnoux. En bref, ils accompagnent l’enfant dans sa formation de citoyen, en montrant qu’il n’y a pas lieu d’en venir aux mains pour faire passer ses idées.

Chantal Brohy, directrice pédagogique de Vivalys, insiste aussi sur l’importance de «stimuler l’intelligence des enfants en dehors de l’aspect très académique de la classe». C’est lors d’un atelier de cuisine, d’une course en montagne, d’un cours de cirque que l’élève faible en français pourra se révéler parfois meilleur que son professeur. «La philosophie entre logiquement dans ces pistes différentes pour obtenir un résultat.»

Démarche «artisanale»

Reste que ces ateliers se donnent dans un cadre idéal: six élèves, un philosophe et le maître de classe pour encadrer le tout. Une situation qui serait difficile à imaginer en école publique, admettent les responsables de Vivalys. «Mais il serait contre-productif d’imposer ces ateliers à tous, répond Chantal Brohy. Cette démarche doit être voulue par l’établissement, et il faut que cela reste artisanal.»

Jean-Eudes Arnoux, en artisan philosophe, l’avoue: «On sème des graines, sans trop savoir ce que cela va donner.» Puis il abat l’atout qu’il gardait dans sa manche: un autre objectif est visé, selon lui, celui de montrer que «penser, c’est un plaisir». (24 heures)

Créé: 10.10.2015, 08h35

Des outils pour les enseignants

La philosophie n’est pas prévue comme discipline par le Plan d’études romand (PER) ni dans les grilles horaires cantonales, indique Serge Martin, adjoint et directeur pédagogique à la Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO). «Mais l’exercice du débat existe à des tas de niveaux et le vivre ensemble est développé par les enseignants, qui veillent aux thèmes abordés, afin de tenir compte autant que possible de la sensibilité de certains parents.» Même si la philosophie pour enfants est dans l’air du temps depuis une décennie, elle n’est pas un sujet à la DGEO. Elle apparaît toutefois comme séminaire facultatif dans le cursus de la HEP Vaud. Et c’est au bon vouloir de chaque enseignant d’intégrer ou non ces notions dans ses cours. Pour l’y aider, Samuel Heinzen, formateur à la HEP Fribourg, met sur pied depuis trois ans, avec son équipe de PhiloEcole, des outils philosophiques pour mener un «débat régulé». «Tout enseignant, dont il faut valoriser la capacité de diagnostic, peut mener des débats.» Et dès quel âge? «Dès qu’un enfant peut manipuler les mots, et donc mentir, il peut philosopher.»

philoecole.friportail.ch

Arthur D.

«C’est quoi la philosophie? Mes parents, ils savent. Moi pas.»

Roxanne

«Tout ce qu’on fait à l’école, c’est pour apprendre à faire des choses quand on sera grand.»

Arthur L.

«Avec le maître, on apprend à écrire; avec Jean-Eudes, on apprend des choses.»

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