Plan de bataille féminin pour atteindre la parité en politique

ElectionsDes associations vaudoises proposent des pistes pour lutter contre la sous-représentation des femmes en politique.

Isabelle Moret et Ada Marra sont deux des sept femmes vaudoises qui siègent à Berne. La parité voudrait qu'elles soient dix, soit la moitié des vingt sièges dévolus au canton.

Isabelle Moret et Ada Marra sont deux des sept femmes vaudoises qui siègent à Berne. La parité voudrait qu'elles soient dix, soit la moitié des vingt sièges dévolus au canton. Image: Keystone

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«La politique est une chose trop grave pour la confier uniquement à des hommes.» La phrase est inspirée de Georges Clemenceau, mais c’est Solange Ghernaouti, professeure à l’UNIL et présidente de la Fondation Erna Hamburger, qui la prononce. Elle est l’une des dix ambassadrices du projet Objectif-10, une action de l’Association vaudoise pour les droits de la femme (ADF) et du Centre liaison des associations féminines vaudoises (CLAFV), qui vise à faire élire dix politiciennes vaudoises à Berne sur vingt sièges à pourvoir. Cette idée de parité est également au centre de la campagne «C’est décidé, je me lance en politique!» menée au niveau communal par le Bureau de l’égalité des femmes et des hommes (BEFH).

Pas assez de candidates

Les deux actions partent du même constat: malgré les sièges obtenus de haute lutte depuis 1959 sur le plan communal et cantonal – Vaud était le premier canton à introduire le suffrage féminin – et, depuis 1971, au niveau fédéral, on est encore loin de la parité en politique, alors même qu’il y a autant de femmes que d’hommes dans la société suisse. Et si la représentation féminine n’a cessé de progresser depuis, la stagnation, voire le recul, menace.

A lire:
  • Quatre femmes témoignent
  • Le 18 octobre, les électeurs vaudois n’auront à choix sur les listes que 113 femmes sur 327 candidats, soit moins de 35% de représentation féminine. Et, aujourd’hui, seu­lement un quart des sièges sont occupés par des femmes au parlement. «Trois facteurs sont responsables de cette situation, explique Sophie Gällnö, de l’Association vaudoise pour les droits de la femme (ADF). Les électeurs n’ont pas le réflexe de voter femmes. De plus, les partis peinent à faire le choix de présenter des can­didates et les femmes n’osent pas encore assez se lancer en politique.»

    C’est précisément pour les encourager à sauter le pas que le BEFH a mis sur pied une série de trois ateliers. Avec, pour thématiques, la prise de parole, la confiance en soi, la gestion de son image ou encore la communication. «Les ateliers ont très vite été complets et nous avons décidé de prolonger la campagne», indique Magaly Hanselmann, déléguée à l’Egalité et cheffe du BEFH. L’autre surprise, c’est que les ateliers ont attiré aussi un bon nombre d’élues, désireuses d’en apprendre davantage.

    Des modèles pour oser

    Mercredi, une soirée a réuni les participantes autour d’un «speed sharing». Soit quatre minutes pour discuter avec des femmes politiques chevronnées et leur poser des questions sur leur expérience. Les quatre conseillères d’Etat vaudoises étaient elles aussi présentes. Des «modèles» pour beaucoup des participantes.

    En guise de modèles, Objectif-10 a choisi de mettre en avant des femmes actives dans la société mais absentes de l’échiquier politique. Aux côtés de Solange Ghernaouti, on trouve une médecin, une ingénieure, une illustratrice, une avocate, plusieurs directrices et entrepreneures. Dix femmes que leur expérience, souvent dans un environnement masculin, a confortées dans l’importance d’être elles-mêmes.

    Ne pas faire comme papa

    «On nous a élevées en nous disant que, si on voulait gagner, il fallait être comme papa, raconte Véronique Goy Veenhuys, fondatrice de Equal Salary, une ONG qui délivre une certification aux entreprises qui paient leurs employés sans distinction de genre. Mais c’est faux: une société inclusive est forcément plus harmonieuse.» Pour Françoise Piron, ingénieure EPFL et directrice de Pacte, association qui promeut les femmes dans l’économie et les accompagne dans le développement de leur carrière, «il ne suffit pas d’être représentées à Berne, il faut être écoutées! Les élues doivent s’investir, déposer des motions, faire changer les lois pour que le travail des femmes ne signifie pas un appauvrissement du couple.» Barbara Steudler, directrice de Nice Future, association qui promeut les projets environnementaux et durables, abonde: «Il faut réintégrer les valeurs féminines dans la conscience collective, sinon on ne s’en sortira pas.»

    Militante de la première heure, Simone Chapuis Bischof applaudit à ces propos. «L’égalité avance, lentement, mais en cinquante-cinq ans de militantisme, j’ai quand même observé des progrès considérables. Le suffrage féminin a mis un siècle pour être accepté, j’ai de l’espoir pour la parité.»

    www.objectif-10.ch
    Soirée des candidates aux fédérales, me 16 septembre, 18 h, CPO (Beau-Rivage 2, Lausanne).
    Ateliers du BEFH: www.vd.ch/egalite


    Quatre femmes témoignent


    Une future retraitée qui veut s’engager

    «J’ai eu une vie professionnelle active et chargée, à plein-temps. Et j’ai élevé ma fille qui a aujourd’hui 24 ans. Avec la retraite, j’aurai bientôt davantage de temps. Je veux m’engager.» Christiane Schaffer se jettera dans le bain de la politique communale aux prochaines élections. Sous la bannière des Vert’libéraux. «Avant eux, il me manquait un parti qui représente mes valeurs.» Jusqu’ici, elle avait aidé des amis ponctuellement, pour des distributions de tracts par exemple. Malgré une motivation évidente, cette juriste fiscaliste de l’Etat de Vaud a tout de même vu un petit doute s’insinuer: «En ai-je les capacités?» L’atelier l’a confortée «dans l’idée que presque toutes les femmes manquent cruellement de confiance en elles. Mais il m’a aussi donné des outils pour oser m’exprimer et pour valoriser ce que je fais. On s’est toutes très bien débrouillées, on a toutes du potentiel.»

    Une municipale dans un monde d’hommes

    Anne Merminod a été élue municipale de Saint-Sulpice il y a peu de temps, lors d’une élection complémentaire. «J’ai toujours été motivée par la politique. J’ai même présidé le Conseil communal. Alors, quand on m’a demandé si j’étais tentée, je me suis lancée. Mais je me suis quand même demandé si j’en étais capable.» Verdict? «Je me sens à ma place, mais le fait d’être la seule femme est parfois difficile.» Et c’est bien sur ce point que les ateliers entre femmes ont eu un impact positif. L’échange d’expériences, le constat que de nombreuses élues et femmes en général rencontrent des difficultés similaires «fait du bien». De l’échange avec des politiciennes confirmées, lors d’un «speed sharing» où elles pouvaient échanger durant quatre minutes avec chacune, elle retiendra qu’il faut «faire au mieux, donner ce qu’on a. Et ne pas se démonter si tout n’est pas parfait.»

    Une élue lausannoise qui veut faire mieux

    Eliane Aubert a été «stupéfaite» par son élection au Conseil communal de Lausanne. C’est son amie Claudine Wyssa, syndique à Bussigny, qui l’a encouragée à se mettre sur la liste lausannoise du PLR. «Je n’étais pas préparée. J’y siège depuis quatre ans, mais je ne suis pas très active dans le plénum.» Alors elle a décidé de suivre deux des trois ateliers proposés par le Bureau de l’égalité. «Je voulais prendre confiance en moi, pour parvenir à prendre davantage la parole. Au Conseil, il?y a des ténors, presque tous des hommes, et c’est difficile de participer aux débats.» Eliane Aubert a saisi une chance de faire mieux pour la législature suivante. «J’ai pris goût à la politique et je me représenterai. Je pars plus à l’aise pour la prochaine élection. J’ai réalisé dans les ateliers que nous sommes nombreuses à ne pas oser… Alors que nous parvenons très bien à nous exprimer quand on se lance!»

    Une conseillère qui vise la Municipalité

    Fabienne Segu se demande si elle est «capable» de s’engager davantage en politique. Elle siège au Conseil de la petite commune de Jouxtens-Mézery. Le fait d’être mère au foyer depuis quinze ans l’inquiète. «Je me demande quelle légitimité j’ai, après autant d’années hors de la vie professionnelle.» La série d’ateliers du Bureau de l’égalité l’a aidée. «Ça m’a donné le coup de peps qu’il me manquait. Je me dis désormais que je ne veux plus avoir peur, que je n’ai de toute façon pas grand-chose à perdre!» Fabienne Segu n’a pas de parti et se présentera à la Municipalité de sa commune en février prochain. Niveau vie de famille, «il y aura quelques couacs en cas d’élection, mais ça ira. J’aime le débat public et ma commune. Je veux participer et donner à la collectivité.» Et, pourquoi pas, mettre en place des mesures pour favoriser la participation des femmes à l’échelle de sa commune.

    (24 heures)

    Créé: 11.09.2015, 11h56

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