Le plan «grand froid», un outil précis pour les villes

SocialQuand déclenche-t-on un plan d’urgence? Sur quelles bases et pour quelles raisons? Décryptage d’une procédure voulue par les autorités, qui fait suite à la canicule mortelle de 2003.

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De nombreux lecteurs se sont émus du fait que les autorités lausannoises avaient remis dans la rue des sans-abri qui s’étaient réfugiés dans une salle de gymnastique vendredi soir, alors que la bise noire soufflait son air glacial. De son côté, la Ville s’est justifiée en invoquant son plan «grand froid», qui déclenche la mise à disposition de davantage d’hébergements d’urgence (192 au maximum, soit 85 de plus), mais dont le seuil n’était pas atteint ce soir-là. Elle ouvrait malgré tout, de manière «exceptionnelle» et avec le soutien du Canton, cinquante lits supplémentaires «pour une durée indéterminée» dès le lendemain soir.

En effet, malgré le froid ressenti par ceux qui étaient dehors vendredi soir, les critères n’étaient pas réunis pour déclencher un plan «grand froid». Pour cela, il faut que la température diurne ne dépasse pas 0 degré et la température nocturne –5 degrés durant trois jours d’affilée. En cas de nuits en dessous de –10 degrés, on parlera alors de «froid extrême». Tout cela doit encore être pondéré par l’indice de refroidissement éolien: un zéro degré mesuré à l’abri du vent dans une station à 2 mètres du sol (normes de mesures) pourra être ressenti comme un –6 ou un – 8 selon le vent.

Faire rire un esquimau

Les mêmes critères sont observés dans toute la Suisse, et chez nos voisins français par exemple, qui se trouvent dans la même zone climatologique. En revanche, les normes diffèrent lorsqu’on change de latitude. «Un 0 à –5 degrés ferait rire un esquimau…», illustre Lionel Fontannaz, météorologue à l’office fédéral MétéoSuisse, chargé de communiquer les normes saisonnières ou leur dépassement via un bulletin quotidien. Mais comment définit-on la résistance au froid d’un Suisse par rapport à celle d’un esquimau? «On se base sur la littérature, sur les études faites sur la physiologie et la météorologie», explique Lionel Fontannaz. Qui précise que l’on en sait plus sur les vagues de chaleur que sur les grands froids.

Car le plan «grand froid» est un dérivé du plan «canicule», antérieur. Ce dernier avait été mis en place en 2005, en réaction à la canicule de 2003, qui avait causé la mort de 975 personnes en Suisse. Le pendant hivernal a été mis en place de manière anticipative par les autorités en 2011, et a déjà pu être testé en février 2012 déjà, durant trois semaines de froid polaire. Mais si le plan canicule déclenche un avertissement automatique au grand public, l’alerte «grand froid» est communiquée aux médecins cantonaux, qui le répercutent en cascade, notamment aux services sociaux. Le bulletin quotidien établi par MétéoSuisse, avec prévisions à 7 jours, permet aux autorités de prendre les devants de manière autonome. Ainsi, alors que Vaud et Genève – cantons urbains confrontés au problème des sans-abri – déclenchaient leur plan «grand froid» en janvier 2017, ce n’était pas le cas en Valais par exemple.

Tout le monde doit être à l’abri

Outre le fait de débloquer davantage de places pour la nuit (avec le personnel et les denrées supplémentaires que cela représente), le plan «grand froid» comporte dans le canton de Vaud la mobilisation de la police et de l’équipe mobile d’urgences sociales, qui sillonne le territoire pour essayer de favoriser l’accès à un abri (à Lausanne-Renens, à Vevey ou à Yverdon) pour tous ceux qui se trouvent dans la rue.

«En cas de déclenchement du plan «grand froid», l’ordre est d’ouvrir des lieux permettant à toutes les personnes de trouver refuge, sans exception»

Car les normes sont là pour prévenir tout risque sanitaire. En cas d’hypothermie sévère, le froid peut aller jusqu’à conduire à la mort, confirme le médecin cantonal. Dans ce cas, qui endosserait la responsabilité d’un décès? Interrogé, le Ministère public, par le biais du procureur général adjoint Franz Moos, n’entend pas répondre de façon générale, mais indique que s’il devait être saisi d’un cas précis, celui-ci serait examiné au regard des infractions définies aux articles 127 (mise en danger de la vie ou de la santé d’autrui/exposition) et 128 (omission de prêter secours) du Code pénal.

Deux articles repris par une pétition adressée à la Municipalité de Lausanne, qui circule sur les réseaux sociaux: selon le texte, la Ville pourrait être accusée de non-assistance à personne en danger en cas de décès. À cela, Oscar Tosato, municipal chargé de la Cohésion sociale, répond qu’«en cas de déclenchement du plan «grand froid», l’ordre est d’ouvrir des lieux permettant à toutes les personnes de trouver refuge, sans exception».

Créé: 06.12.2017, 06h52

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Trois plans grand froid

Depuis la mise en place du plan «grand froid» par MétéoSuisse en 2011, Lausanne a dû le déclencher à trois reprises. La première en février 2012, durant près de trois semaines, puis du 3 au 12 février 2015, et enfin du 15 au 30 janvier 2017.

En 2015, la Ville avait même ouvert l’abri de la Rouvraie (40 places), portant à 192 le nombre de places disponibles (contre 107 en temps normal); ce dernier n’avait toutefois jamais été plein, indique la Municipalité.

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