Le plan quinquennal des patrons vaudois

EconomieLes organisations économiques observent une croissance devenue «molle». Elles présentent leur catalogue de mesures pour la nouvelle législature.

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Cette fois, c’est clair. Les propositions sont sur la table. Elles sont intelligibles. Il sera donc possible d’en débattre. Cela tranche avec la campagne électorale vaseuse de ce printemps. Quatre organisations économiques faîtières vaudoises ont mis leurs efforts en commun afin de pondre «un programme d’impulsions, sous la forme de revendications» pour la législature qui s’ouvre. Une première. La Fédération patronale vaudoise (FPV), la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) et la Chambre vaudoise immobilière (CVI) ont participé à la rédaction de ce catalogue. Le casting ne serait pas surprenant, s’il n’y avait pas la présence de Prométerre. «Vaud est le deuxième canton agricole du pays et nous avons la conviction qu’il n’y aura pas de prospérité agricole si l’économie ne se porte pas bien», explique son directeur, Luc Thomas.

Mardi, la septantaine de propositions a été présentée aux députés de droite et du centre droit. Le document est envoyé ce mercredi aux conseillers d’Etat. Ce qui leur fera un sujet de discussion pour la séance hebdomadaire du gouvernement.

Les domaines de la fiscalité, de la formation, de la santé, du social, des infrastructures, de l’aménagement du territoire, de l’énergie et de l’environnement ou encore de l’agriculture sont passés en revue. Des «impulsions» plutôt diverses. L’une, par exemple, préconise de «préparer le virage numérique en ouvrant la porte de l’école à l’informatique». Ce qui est peu ou prou les propos tenus par Cesla Amarelle, la nouvelle ministre socialiste de la Formation, lors de sa conférence de presse de rentrée.

D’autres sont plus inattendues. Comme celle qui demande de sortir le CHUV du giron de l’Etat et d’en faire un établissement de droit public autonome. «Cette proposition tombe sous le sens, un conseil d’administration permettrait une meilleure gouvernance du CHUV», relève Christophe Reymond, secrétaire général de la FPV. «Actuellement, seul un conseiller d’Etat et deux ou trois directeurs dirigent une entité de 10'000 personnes, ce n’est pas des plus transparent», ajoute Claudine Amstein, directrice de la CVCI.

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«Il ne se passe plus rien»

Cette initiative des milieux patronaux est dictée par un constat: le Canton ne doit pas se reposer sur ses lauriers. «Avec les élections, certains ont pu avoir le sentiment que tout allait bien dans le meilleur des mondes et que l’on pouvait continuer comme avant, note Claudine Amstein. Eh bien non, on ne peut pas continuer comme ça!» «Nous ne voulons pas faire du catastrophisme, indique pour sa part Christophe Reymond. Mais nous souhaitons attirer l’attention sur le fait que nos avantages comparatifs s’effritent. Notre croissance est molle. Depuis deux ou trois ans, il ne se passe plus rien.»

Olivier Feller, directeur de la CVI, précise encore: «L’idée n’est pas d’être réactif, mais d’anticiper. C’est pourquoi nous formulons ces propositions en début de législature.»

La potion concoctée par ces faîtières est certes diversifiée, mais elle s’attaque plus sévèrement à la santé, au social et à la fiscalité. Des politiques publiques sur lesquelles règnent le socialiste Pierre-Yves Maillard et le PLR Pascal Broulis depuis plus d’une décennie. «Nous voulons avant tout que l’on lâche la bride au secteur privé de la santé qui fournit, lui aussi, des prestations comme le secteur public et la parapublic», résume le secrétaire général de la FPV. Mais le plat de résistance semble tout de même être le social. «Non seulement le système d’aides est peu lisible, mais l’accroissement continu des dépenses pour le social n’est pas sain du tout», estime Claudine Amstein. Une des mesures illustre plutôt bien la ligne proposée: «Réduire les aides sociales pour diminuer leur attractivité.»

Le cas de la fiscalité est plus complexe et plus urgent. Les sociétés ont besoin de stabilité et de prévisibilité pour pouvoir planifier leurs affaires, explique-t-on dans les milieux économiques. «Nous ne remettons pas du tout en question le paquet vaudois de la troisième réforme de l’imposition des entreprises, il doit être appliqué le plus vite possible», assure Christophe Reymond. Pas grand monde ne va aller à l’encontre d’un objet accepté à 87% dans les urnes…

Une fiscalité plus conflictuelle

La fiscalité des personnes physiques est potentiellement plus conflictuelle. Les faîtières proposent en vrac: d’alléger l’impôt sur la fortune, de supprimer celui sur les successions et de réduire l’impôt sur le revenu. «L’augmentation des recettes fiscales part dans l’accroissement de l’administration», se désole Claudine Amstein. Ce n’est pas vraiment la politique défendue par le ministre des Finances jusqu’à présent. En 2015, au sujet de l’impôt sur les successions, Pascal Broulis déclarait au journal Le Temps: «C’est un impôt magnifique et l’idée de l’abolir pour les descendants directs est fausse.» Quant à l’impôt sur le revenu, il s’est montré l’allié objectif de la gauche en refusant de le baisser.

Pour devenir concrètes, ces «impulsions» devront donc passer par la case Grand Conseil. Les députés de droite vont-ils suivre les organisations patronales? Sur la fiscalité, la dernière législature laisse perplexe. A plusieurs reprises le parlement a eu l’occasion d’adopter des amendements pour réduire le coefficient d’impôt. Mais, à chaque fois, ils ont été refusés par la majorité du groupe PLR. Ce qui fait dire à Claudine Amstein: «Il va falloir que les lignes bougent.»

Créé: 23.08.2017, 06h43

Les députés de droite approuvent les grandes lignes du document

Les élus de droite au Grand Conseil ont pris connaissance des propositions patronales, mardi à midi. Du moins, dans les grandes lignes. «Nous n’avons pas le détail de ces propositions, plutôt un résumé succinct, mais ce que j’en sais va dans le sens de beaucoup de nos demandes», réagissait Marc-Olivier Buffat, chef du groupe du PLR, à la sortie d’une séance où étaient conviés les libéraux-radicaux, l’UDC, les Vert’libéraux et le PDC.

L’allégement de la fiscalité et de la facture sociale figurait notamment parmi les principaux objectifs mis en avant par le PLR lors de sa rentrée politique, la semaine dernière à Chardonne. «Vaud est le canton qui a le plus de bénéficiaires de l’aide sociale, le plus de dépenses par habitant et le plus de prestations sociales. On est au-delà des normes suisses», dénonçait alors Marc-Olivier Buffat.

Concrètement, le parti propose de plafonner le forfait d’entretien, de conditionner l’aide sociale à des travaux d’intérêt public, de mieux lutter contre les abus, ou encore d’introduire le principe d’un remboursement de l’aide sociale. Concernant la fiscalité, des demandes de baisses sont sur la table, dont l’initiative populaire «Baisse d’impôt pour la classe moyenne», lancée par les Jeunes PLR et les alliés de droite, pour les déductions des primes d’assurance-maladie. «La classe moyenne subit une pression fiscale trop importante», rappelait le vice-président du PLR, Florence Gross.

La droite majoritaire du Grand Conseil entend bien perpétuer son alliance nouée aux élections cantonales et peser de tout son poids sur la législature à venir. Reste à s’entendre sur le programme: «Nous pourrions définir un catalogue de priorités communes, ce que nous estimons être des projets incontournables pour le Canton. Et chaque parti pourrait se charger de certains thèmes en fonction de sa sensibilité. Dans ce sens, ces propositions de l’économie sont bienvenues, nous allons les analyser en détail pour voir ce qui est faisable et ce qui ne l’est pas», explique Philippe Jobin, président du groupe UDC. Mais pour cela, il faut s’entendre sur les thèmes. «Une cohésion sera nécessaire», reconnaît Philippe Jobin. Si l’UDC et les Vert’libéraux ont déjà réclamé des baisses linéaires d’impôts, le PLR est resté un peu plus prudent sur le sujet jusqu’à présent - même si le parti cantonal a déjà prévenu la semaine dernière qu’il n’hésiterait pas à refuser certains postes du budget, avertissement lancé en présence de son conseiller d’Etat en charges des Finances, Pascal Broulis.

Certaines propositions sont jugées «très intéressantes» par tous les élus interrogés, tel la modification du statut du CHUV et le changement de cap dans la santé. «A titre personnel, j’approuve la majorité des propositions qui sont présentées. Dans l’aménagement du territoire cela rejoint nos demandes. Sur le plan général, notre souci de préserver la prospérité du canton pour le bien commun va dans le même sens que les associations», explique Mathieu Blanc, vice-président du PLR. Certes, le Grand Conseil ne gouverne pas. «Mais une politique déterminée permettra de refuser beaucoup de projets, espère-t-il. Et cela contraindra la majorité de gauche du Conseil d’Etat à renoncer à des mesures problématiques dont elle sait qu’elles ne pourront pas passer la rampe.»
P.C.

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