La pleine conscience s’invite aussi à l’hôpital

SantéUtilisée pour lutter contre le stress, les addictions, la dépression, les troubles alimentaires, entre autres, cette technique a acquis ses lettres de noblesse au sein des soignants. Reportage

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«Concentrez-vous sur le toucher. Faites tourner les grains de raisin dans votre main. Regardez-les, quelle est leur forme, leur texture. Vous pouvez ensuite les approcher de vos oreilles et essayer de percevoir les sons lorsque vous les faites rouler entre vos doigts.» Pendant une bonne vingtaine de minutes, Novak Vukovic, infirmier à l’Hôpital de jour psychiatrique de l’âge avancé du CHUV (HJPAA), a demandé aux participants présents ce matin-là de se concentrer sur deux petits grains de raisins secs. But de l’exercice: amener les patients à se focaliser sur une seule chose, très tangible, très précise. Avant de déguster ce maigre en-cas, ils ont dû l’inspecter avec leurs sens. Le toucher, le regarder, l’écouter, sentir son odeur, le faire bouger entre les lèvres, puis dans la bouche et enfin le déguster.

Cet exercice est l’un des premiers que les apprentis en méditation pleine conscience (mindfulness en anglais) sont amenés à faire. Une technique de plus en plus utilisée par les soignants et désormais bien intégrée dans différents protocoles thérapeutiques (lire ci-dessous). «Nous accueillons des personnes qui ont dépassé l’âge de la retraite et qui souffrent de différents troubles psychiatriques, explique Patricia Buthey, infirmière cheffe à l’HJPAA. Ils viennent chez nous après une hospitalisation ou envoyés par leur psychiatre traitant. Nous avons beaucoup de patients en dépression ou très angoissés.»

Prévenir les rechutes dépressives

En portant son attention sur le moment présent, en étant à l’écoute de son souffle et en restant focalisé sur une chose à la fois, le patient parvient à laisser ses angoisses au vestiaire. Elles existent toujours, mais ne sont plus aux commandes. Pas étonnant que cet outil complète parfaitement une psychothérapie. «Différentes études ont prouvé l’efficacité de la méditation pleine conscience dans la réduction du stress et la prévention des rechutes dépressives, explique Béatrice Weber, psychologue, spécialiste en psychothérapie. Le programme structuré que nous proposons aux Hôpitaux universitaires de Genève s’adresse aux patients dépressifs en rémission. Nous avons également un groupe plus hétérogène destiné aux personnes qui souffrent d’anxiété ou d’affections somatiques chroniques. La mindfulness doit s’inscrire dans une hygiène de vie globale. C’est un outil à utiliser au quotidien et pas uniquement quand ça ne va pas.»

Isabelle Corboz, psychologue installée à Lausanne, en est convaincue: «J’utilise la méditation pleine conscience depuis plus de six ans. En l’exerçant régulièrement, le patient parvient à cesser les ruminations, à mieux gérer son impulsivité et surtout à ne plus prendre une pensée pour une réalité.» La thérapeute propose également cet outil aux femmes enceintes pour les aider à vivre les changements corporels et gérer l’anxiété liée à cette période particulière de la vie. «La méditation pleine conscience est aussi très utile pour aider les personnes qui souffrent d’un trouble du comportement alimentaire, précise Isabelle Corboz. En étant obligés de rester assis pendant toute la durée de la méditation, de ne pas céder à l’inconfort, de faire les choses sans précipitation, ces personnes réapprennent à prendre le temps de manger et retrouvent le plaisir de le faire.»

Cette technique s’adapte parfaitement aux alcooliques et toxicomanes. «Nous avons un groupe de pratique de la pleine conscience ouvert à tous, pas besoin d’être abstinent pour y participer, explique Svetlana Dimova, psychologue à la policlinique d’addictologie du CHUV. Les patients intéressés et pour lesquels le groupe est indiqué viennent spontanément le mardi soir. Le deuxième est un groupe de prévention de la rechute basé sur la pleine conscience, qui a lieu sur huit semaines et s’adresse uniquement aux personnes abstinentes. Les participants doivent, en principe, participer à chacune des huit séances de deux heures.» Pendant ces deux mois de travail en pleine conscience, ils sont amenés à identifier les facteurs qui déclenchent l’envie de consommer et à prendre conscience de leur réaction de «pilote automatique.»

Dans certains cas, la mindfulness est toutefois déconseillée. Béatrice Weber précise: «Une dépression sévère, un traumatisme non résolu, une consommation régulière de substances peuvent rendre la pratique de la pleine conscience difficile, en exposant le patient à davantage de ruminations et à des risques de dissociations, entre autres. Sans oublier que pour être efficace, la méditation doit être pratiquée au début au moins 45 minutes par jour en plus du cours hebdomadaire.» (24 heures)

Créé: 08.12.2018, 08h51

Concentration



Pendant une vingtaine de minutes, les participants portent leur attention sur deux grains de raisins secs. Ils doivent les observer avec leurs cinq sens.

Pratique

Un entraînement long et rigoureux

La méditation pleine conscience n’est pas une technique qui requiert une certaine spiritualité. Elle se focalise sur le participant et l’enjoint à vivre chaque chose comme si c’était la première fois. Avant même de s’asseoir pour méditer, il faut habiter pleinement ses actes.

C’est le contraire de ce que la société actuelle nous pousse à faire. Marcher en téléphonant, écrire des SMS tout en préparant à manger, parler à quelqu’un en pensant à autre chose: tout cela nous éloigne du moment présent et apporte son lot de stress. À l’inverse, faire les choses en pleine conscience, c’est s’y arrêter. Ne faire que ça.

Focaliser son esprit sur le moment présent. Le médecin américain Jon Kabat-Zinn a ainsi mis au point un protocole de huit semaines de cours de réduction du stress par la pleine conscience. La plupart des thérapeutes se basent sur ce module.

«En participant activement à l’un des groupes que nous proposons, le patient médite une heure par jour durant huit semaines. Il va ressentir clairement les bénéfices de cette pratique intensive, explique Emmanuelle Jeker Frésard, psychologue à la consultation psychiatrique de Chauderon (Lausanne). Les participants parlent souvent d’un sentiment d’euphorie. Pour maintenir les bienfaits de la pleine conscience dans le temps, il est nécessaire de pratiquer quasi quotidiennement et de modifier certaines habitudes.»

Vincent Liaudat, psychiatre installé en cabinet à Lausanne, confirme: «Le module sur deux mois est très exigeant. Souvent, les participants tiennent quelques mois, mais ne continuent pas sur le long terme. Il faut donc bien cibler les patients à qui l’on propose cette approche.»

Le psychiatre suggère des exercices de focalisation de l’attention et de respiration moins contraignants mais efficaces pour apaiser les personnes stressées ou qui ont tendance à s’éparpiller. Le psychothérapeute lausannois Franck Lesueur a mis au point un module de cours destiné aux entreprises afin de prévenir le burn-out des employés.

Il utilise l’hypnose et la pleine conscience pour aider les employés à mieux gérer les situations stressantes.

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