Le PLR embarrassé par le vote sur le logement

StratégieLa nouvelle loi divise les libéraux-radicaux. Certains regrettent d’offrir une victoire à la Verte Béatrice Métraux.

Le conseiller national libéral-radical Olivier Feller est le fer de lance des opposants à la loi sur le préservation et la promotion du parc locatif (LPPPL). Mais son parti est divisé sur ce sujet et il est resté discret durant la campagne.

Le conseiller national libéral-radical Olivier Feller est le fer de lance des opposants à la loi sur le préservation et la promotion du parc locatif (LPPPL). Mais son parti est divisé sur ce sujet et il est resté discret durant la campagne. Image: ARC/Jean-Bernard Sieber

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«Ce référendum est une bêtise stratégique. La majorité de la population est composée de locataires et nous offrons une probable victoire à Béatrice Métraux.» Cet avis-là, plusieurs l’expriment en coulisses au sein du Parti libéral-radical vaudois (PLR). L’objet de leur courroux: le référendum lancé par les milieux immobiliers contre la loi sur la préservation et la promotion du parc locatif (LPPPL), sur laquelle les Vaudois voteront dimanche et que la conseillère d’Etat Verte Béatrice Métraux porte depuis plusieurs années.

Dans l’embarras, le PLR est resté discret dans cette campagne. Renforcer la ministre dont il a fait sa cible favorite donne de l’urticaire à ses stratèges. Surtout à moins de trois mois des élections cantonales, alors que la droite espère retrouver sa majorité au Conseil d’Etat. Et pourtant, le fer de lance des référendaires n’est autre que le conseiller national libéral-radical Olivier Feller, directeur de la Chambre vaudoise immobilière (CVI).

«L’appel à voter contre ce texte a été pris par environ deux tiers ou trois quarts de nos délégués»

En fait, le parti est divisé. Officiellement, il est opposé à la nouvelle loi, comme son Congrès l’a décidé en décembre. «L’appel à voter contre ce texte a été pris par environ deux tiers ou trois quarts de nos délégués», rappelle le conseiller national Frédéric Borloz, qui préside le parti. «Ce n’était pas un raz-de-marée, ce qui freine peut-être un peu dans cette campagne.» Mais il estime que son parti fait son travail contre cette loi, par des informations à ses membres et des courriers de lecteurs, sur les marchés ou les réseaux sociaux.

Cela dit, plusieurs grands noms du parti ont pris position pour le texte défendu par Béatrice Métraux. C’est le cas par exemple du chef du groupe PLR au Grand Conseil, Marc-Olivier Buffat, qui présidait la Commission parlementaire ayant planché sur ce dossier. Avouant être «dans une position inconfortable» désormais, il reste en retrait dans cette campagne. Parmi les autres députés PLR qui ont soutenu la loi, il y a la syndique de Payerne, Christelle Luisier Brodard, et l’ancien syndic d’Yverdon Rémy Jaquier. Quant à l’ancienne députée Christa Calpini, elle a même officiellement rejoint les pro-LPPPL.

Il existe d’ailleurs un certain clivage entre les anciens du Parti libéral et les anciens du Parti radical, même s’ils ont fusionné en 2012. «Parmi les opposants, il y a d’anciens libéraux attachés à la propriété privée, note un député. Et parmi les soutiens à la loi, on trouve beaucoup d’anciens radicaux, avec un côté plus social.»

Olivier Feller se sentirait-il lâché par son parti? Pas du tout. Il considère que ses collègues s’investissent dans cette campagne. Il estime que la campagne sur la LPPPL a été desservie par les objets fédéraux aussi en votation, avec notamment la réforme fiscale des entreprises (RIE III) et la naturalisation facilitée. «Nous sommes passés au second plan», juge-t-il.

«Si les Vaudois la valident, ce sera impossible, note un député. Les référendaires n’ont pas de stratégie politique»

Autre clivage, certains municipaux et syndics voient d’un bon œil le droit de préemption dont ils pourront bénéficier. Grâce à la nouvelle loi, leurs communes pourront se substituer à l’acheteur privé d’un terrain pour y construire du logement d’utilité publique. Enfin, il y a les stratèges, qui partent du principe qu’il aurait été plus facile d’adoucir la loi dans quelques années au Grand Conseil. «Si les Vaudois la valident, ce sera impossible, note un député. Les référendaires n’ont pas de stratégie politique.»

En fait, c’est la droite en général qui est restée discrète alors que la gauche et les centristes se sont mobilisés. Ainsi l’UDC Vaud est aussi restée en retrait. Une façon de se désolidariser? Non, selon Kevin Grangier, son secrétaire général. «Dans une campagne initiée par des acteurs non partisans, nous nous mettons à disposition du comité référendaire, pour ne pas parasiter ses démarches et qu’il puisse s’appuyer sur nous et sur nos capacités», commente Kevin Grangier. Il explique avoir pratiqué comme à son habitude, par une communication à ses membres, une présence dans les débats et les courriers des lecteurs et des prises de position publiques.

Pour les partisans de la nouvelle loi, l’embarras de la droite est révélateur. «Le PLR a compris que s’opposer à cette loi était peu populaire et que cela revenait à défendre des intérêts très particuliers, commente Alberto Mocchi, le président des Verts. La droite a laissé les milieux immobiliers faire le travail.» Membre du comité du soutien à la LPPPL, la députée socialiste Jessica Jaccoud balaie également les arguments de la droite: «En soutenant que le débat a été desservi par les votations fédérales, le PLR cherche à cacher son malaise, pris en otage par les milieux immobiliers.»

Créé: 08.02.2017, 18h29

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