Peut-on représenter au parlement une région où l’on n’habite pas?

Grand ConseilDes élus de droite proposent que les députés soient contraints de se présenter dans l’arrondissement où ils vivent.

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On qualifie de «parachuté» un membre du Grand Conseil qui habite dans une région mais est élu dans une autre. C’est possible dans le canton de Vaud, où rien n’oblige un candidat à se présenter dans son propre arrondissement. Le Parti libéral-radical (PLR) n’en veut plus. D’ailleurs une commission du Grand Conseil discutera le mois prochain d’une motion signée par 35 des 49 députés PLR, auxquels se sont ralliés 11 des 24 élus UDC, qui demande de mettre fin à ce système.

Hasard du calendrier, cette proposition déposée en novembre revient dans l’actualité en pleine affaire Pascal Broulis. Citoyen de Sainte-Croix et élu du Nord vaudois, le conseiller d’État PLR dort une bonne partie de l’année à Lausanne depuis de nombreuses années et y paie un tiers de ses impôts communaux. Éric Sonnay, auteur de la motion, se veut rassurant pour son ministre: Pascal Broulis ne serait pas concerné. «Seul compte le domicile principal d’un candidat.»

Une minorité d’élus peuvent être qualifiés de «parachutés». Selon un décompte de «24 heures», une seule députée se trouve dans cette situation actuellement: la Verte Anne Baehler Bech, de Riex (Lavaux), élue à Lausanne.

«Je ne vois pas en quoi les députés représentent une région s’ils n’y habitent pas. Ou alors, ça ne sert à rien de faire des arrondissements électoraux»

D’autres cas se sont produits par le passé. Par exemple, il y a eu le PDC Jacques Neirynck, d’Écublens (Ouest lausannois), élu en Lavaux. Ou encore le libéral-radical Jacques Perrin, qui a siégé comme Lausannois de 1990 à 2017, tout en ayant déménagé à Moudon en 2010. Sans oublier la conseillère nationale Vert’libérale Isabelle Chevalley. Elle a représenté le district de Morges au Grand Conseil entre 2008 et 2013, en habitant celui de Nyon (à Saint-George). Et elle s’est présentée sur la Riviera en 2017.

«Les députés représentent le canton, mais ils représentent aussi un arrondissement et ses électeurs, tonne Éric Sonnay. Je ne vois pas en quoi les députés représentent une région s’ils n’y habitent pas. Ou alors, ça ne sert à rien de faire des arrondissements électoraux. Interdire ces situations est une nécessité si nous voulons être crédibles pour notre électorat, alors que de moins en moins de gens vont voter.»

Selon notre décompte, 49 des 898 candidats au Grand Conseil en 2017 n’habitaient pas où ils se sont présentés: 12 UDC, 11 centristes, 6 de la gauche radicale, 4 libéraux-radicaux, 4 Vert’libéraux, 1 Verte, aucun socialiste, et 11 de petits partis sans élus.

Motivations diverses

Leurs buts sont multiples: présenter une personnalité qui amène facilement des électeurs pour obtenir un nouveau siège ou en maintenir un; faire gagner en visibilité des petits partis en réunissant les candidats à Lausanne; ou encore boucher un trou sur une liste électorale. Ainsi, l’UDC lausannoise a dû dégoter neuf candidats hors de sa zone après que sa section s’est scindée à cause de l’affaire Claude-Alain Voiblet.

Les députés concernés, aujourd’hui ou autrefois, réfutent le terme de «parachutés». Tous disent que leur région de domicile n’est pas le cœur de leur activité politique et qu’ils préfèrent se présenter là où ils travaillent. «En soi, le parachutage est détestable et il fait penser au système français», commente Anne Baehler Bech, qui est aussi secrétaire générale de l’Asloca Vaud. «Je ne suis pas parachutée, car je n’ai jamais fait de carrière politique ailleurs qu’à Lausanne, même lorsque j’étais à l’Assemblée constituante, à part le Conseil communal de Riex entre 1986 et 1990.»

Jacques Perrin fait la même analyse: «Après mon déménagement, j’ai conservé à Lausanne mon activité professionnelle. Je ne voulais pas interférer dans le combat politique dans la Broye.» Pour lui, interdire les élections hors du district de domicile est un non-sens. Il fait un rapprochement avec la situation dans les Conseils communaux. «Lorsqu’un conseiller communal déménage d’un quartier à l’autre, il ne doit pas démissionner. La logique est identique pour un député. Celui-ci défend le canton. Il apporte la connaissance spécifique d’une région, sans forcément y habiter.»

Le cas d’Isabelle Chevalley

Un cas a particulièrement agacé Éric Sonnay: celui d’Isabelle Chevalley, même si le parti est un allié du PLR. Car après son élection sur la Riviera en 2017, elle a directement démissionné pour laisser sa place à François Pointet, président du Parti vert’libéral vaudois.

Est-ce une façon de tromper l’électeur? «Je ne pense pas, répond François Pointet. C’était une stratégie électorale et nous ne nous en sommes jamais cachés. Dans l’idée de présenter Isabelle Chevalley au deuxième tour de l’élection du Conseil d’État, nous l’avons présentée au Grand Conseil dans un district où cela était le plus utile pour nous. Ce système ne me gêne pas, car c’est l’électeur qui choisit une liste, donc un parti, au final.» (24 heures)

Créé: 10.04.2018, 17h25

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