La pluie nous rend méfiants, le soleil créatifs

MétéoOn ne passe que 7% de notre vie à l’extérieur, pourtant le temps qu’il fait alimente beaucoup nos conversations et dicte nos humeurs. Explications.

Le soleil libère et rend plus créatif.

Le soleil libère et rend plus créatif. Image: Keystone

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Pas besoin de se ruer sur son application météo aujourd’hui, car on nous promet enfin du soleil et de la chaleur. Malheureusement, pluie et grisaille reviennent en force dès la fin de la semaine…

Si certains n’y prêtent pas attention, d’autres avouent qu’une météo sans soleil les rend de mauvaise humeur. «Le temps qu’il fait influence notre comportement, explique Jeremy Grivel, docteur en neurosciences et cofondateur d’aXess lab, une entreprise vaudoise spécialisée les sciences du comportement. Quand il fait mauvais, nous avons tendance à être moins ouverts d’esprit, à faire plus attention et à être plus sceptiques. Nous serions moins enclins à voter pour des candidats minoritaires par jour de pluie. L’explication vient du fait qu’il y a plus de dangers dans notre environnement lorsqu’il fait mauvais temps. Nous sommes plus sur nos gardes.»

Et a contrario, le soleil nous libère, nous rend plus créatifs et altruistes. «Une étude a montré que le simple fait de dessiner un petit soleil sur une addition faisait passer le pourcentage de pourboires reçus de 21% à 38%», poursuit Jeremy Grivel.

Nos croyances ont aussi un fort impact sur notre façon d’appréhender le temps qu’il fait. «Par jour de pluie, on mettra notre mauvaise humeur sur le compte de ce temps maussade, sans chercher plus loin, continue le spécialiste. Les nouvelles technologies et surtout la possibilité d’avoir des prévisions météorologiques sur un plus long terme amplifient ce phénomène. En constatant qu’il fera moche plusieurs jours de suite, on se conditionne à être mal luné.»

Frustration et irritabilité

La langue française enfonce encore le clou avec des expressions qui trahissent nos croyances: le moral est au «beau fixe» quand tout va bien, l’humeur est «maussade» quand rien ne va plus. Mais qu’en est-il vraiment? «D’un point de vue médical, quelques jours ou semaines de pluie ne causent pas de maladies psychiatriques, explique Martin Preisig, professeur associé au Centre d’épidémiologie psychiatrique et de psychopathologie du CHUV. Le mauvais temps ne cause pas de dépression, mais rend certainement les gens irritables. Au printemps, ils ressentent le besoin de sortir, de se baigner, de se dépenser, et ne pas pouvoir le faire engendre une certaine frustration.»

Une frustration qui se répercute chez MétéoSuisse. «Les gens sont devenus de plus en plus exigeants en matière de prévisions, explique Pierre Eckert, expert scientifique à MétéoSuisse. Il y a vingt ans, ils se contentaient d’écouter la radio ou la télévision le soir pour avoir une idée du temps qu’il ferait le lendemain. Aujourd’hui, on peut nous demander s’il va pleuvoir samedi prochain à 16 h! Les attentes évoluent plus vite que la qualité des prévisions.» Lors des journées instables, comme celles vécues ce mois, MétéoSuisse peut enregistrer jusqu’à 200 appels par jour. Et cela malgré l’abondance de sites Internet et d’applications disponibles.

Mais pourquoi le temps qu’il fait occupe autant de place dans nos vies de travailleurs, enfermés huit heures par jour? «Notre environnement est très important à nos yeux, car il dicte nos sensations. Et elles changent en fonction du temps qu’il fait, poursuit Jeremy Grivel. Quand on a froid, on le dit, même si cela n’intéresse pas forcément notre interlocuteur…» De là à déprimer les jours de pluie, il n’y a qu’un pas que les Irlandais ne franchissent pourtant pas: «Comparé aux pays de l’Europe centrale, l’Irlande a un taux de dépression faible, et pourtant il y pleut presque tous les jours, explique Martin Preisig. Les habitants n’y prêtent pas attention, ils ont l’habitude. Ce sont finalement les attentes des gens qui les rendent malheureux.» Il suffit de regarder les enfants sauter dans les flaques et compter les escargots pour réaliser que la pluie, c’est chouette aussi! (24 heures)

Créé: 22.06.2016, 08h37

Jeremy Grivel, docteur en neurosciences et cofondateur d’aXess lab

«Quand il fait mauvais, nous avons tendance à être moins ouverts d’esprit et à être plus sceptiques»

En chiffres

9% La part des gens qui détestent la pluie, selon une étude européenne. Et 48% de la population ne serait pas affectée par la météo.

4,8 En millions, c’est le nombre de téléchargements de l’application de prévisions météorologiques de MétéoSuisse, lancée en 2013

84% Le taux approximatif de prévisions de MétéoSuisse qui s’avèrent exactes un jour à l’avance; 78% à trois jours et 73% à cinq jours

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