Le Pôle muséal lausannois superpose Elysée et Mudac

UrbanismeLe bureau portugais Aires Mateus remporte le concours d’architecture des deux musées qui viendront rejoindre celui des Beaux-Arts près de la gare.

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Avec l’annonce, lundi matin, du lauréat du concours d’architecture des musées de l’Elysée et du Mudac, il est enfin possible de se faire une idée globale du site du futur Pôle muséal lausannois. Baptisé «Un musée, deux musées», le projet sélectionné de l’agence Aires Mateus prévoit de réunir les deux institutions culturelles dans un seul bâtiment situé au bout de l’allée formée, d’un côté, par le Musée cantonal des beaux-arts (MCBA) imaginé le long des voies de chemin de fer par les Catalans Barozzi/Veiga et, de l’autre, par la butte ponctuée d’arcades en dessous des immeubles qui longent l’avenue Ruchonnet.

L’originalité de cette réunion des deux musées – pas expressément exigée par le cahier des charges – consiste en une superposition (au Mudac l’étage supérieur et sa lumière zénithale; à l’Elysée, le sous-sol ouvert sur une grande cour en fosse) mais où le territoire, le volume de chacun, est marqué par une faille, séparant les parties en section. Ce grand rez-de-chaussée ouvert sur la place servira d’espace commun aux deux musées avec billetterie, librairie, café-restaurant.

Le point sur le dossier

Si la première étape du Pôle muséal, avec le MCBA, est à bout touchant, la seconde doit encore affronter les épreuves financières, parlementaires et judiciaires. L’enveloppe globale de cette deuxième phase, qui comprend l’Elysée et le Mudac ainsi que les aménagements extérieurs, s’élève à 100 millions. La clé de répartition est la suivante: 40 millions pour l’Etat de Vaud, 20 millions pour la Ville de Lausanne et 40 millions de dons privés. De ce côté, il y a encore du pain sur la planche. Déjà plus de 30 millions de fonds privés ont été levés pour le MCBA. La suite inquiète certains. Comme le confiait le directeur du Centre Patronal, Christophe Reymond, à 24 heures en juin: «Je reste totalement acquis à ce projet, mais je me demande comment pourra être financée sa seconde partie alors que la plupart des donateurs institutionnels, des grandes entreprises et des mécènes privés ont déjà été sollicités…»

Pour les fonds publics, le Conseil d’Etat espère faire voter le Grand Conseil sur le crédit d’ouvrage de cette deuxième étape en 2017. La remise du bâtiment est planifiée à l’horizon de 2020. Mais Le syndic de Lausanne n’exclut pas d’éventuels recours contre le permis de construire: «Ce calendrier pourrait prendre 18 à 24 mois de retard selon l’acharnement judiciaire», estime Daniel Brélaz. Le MCBA arrive, lui, à la fin des procédures. Il reste un ultime recours sur lequel le Tribunal fédéral doit encore trancher. Sa décision est attendue dans les semaines qui viennent. Devisée à plus de 83 millions, l’ardoise de cette première étape est répartie entre le Canton (44,6 mios), les dons privés (34 mios) et Lausanne (5 mios). L’inauguration du MCBA est espérée pour 2018.

Accès par le nord du site

Pascal Broulis, chef du Département des finances et des relations extérieures, en charge des constructions, se réjouit de «la cohérence plus forte désormais conférée au quartier». «Par sa composition, le bâtiment libère de la place sur le site et profite parfaitement des contraintes de hauteur à disposition.» Car cette double pièce qui vient compléter le projet de Pôle muséal ne devait pas seulement répondre à des injonctions muséographiques, mais aussi s’insérer dans un plan urbanistique, préservant au passage les points de vue du voisinage par sa hauteur modeste. Plusieurs accès, dont un grand escalier et une probable passerelle, ouvriront l’accès du site par le nord et l’ouest, emplacement d’un parc, ce qui aura un avantage momentané en vue des futurs travaux de la gare à l’est, et plus durable, en termes de circulation piétonne et de rapprochement ainsi opéré avec le parking de Montbenon.

Le projet des frères Francisco Xavier Mateus et Manuel Roca Mateus n’était pas le seul des 17 candidats finaux – parmi lesquels SANAA Ltd et Ateliers Jean Nouvel/Eric Maria Architectes Associés SA, tous deux dans les six propositions primées – à tenter de réunir les deux musées. Mais les architectes portugais, sélectionnés pour la Grande Mosquée de Bordeaux, se sont imposés aux 23 membres du jury par la qualité des réponses apportées à l’ensemble des exigences muséales, architecturales et urbanistiques. «Le processus de sélection a été tout à fait harmonieux, souligne Olivier Steimer, président du jury qui avait déjà occupé cette fonction pour le MCBA. Le jury a eu un vrai choix à faire face à un défi complexe, mais qui s’est cristallisé de manière évidente à la fin avec ce projet qui trouve un geste architectural réunissant les autres exigences. Il est beau et remplit tous les critères.»

Faille de lumière

L’enthousiasme est collectif autour de sa «faille» centrale, sorte de grand sas d’accueil pour le futur promeneur de la longue place du Pôle. «Le concept d’insérer horizontalement un espace public transparent entre deux volumes solides évoque une grande puissance, écrit l’architecte Kengo Kuma, vice-président du jury. La répartition de ces volumes entre les deux musées et l’espace public est un élément force du projet, mais qui lui confère aussi sa flexibilité par la zone d’échange nichée au cœur même de l’édifice.» Ce dispositif séduit en tout cas les deux responsables des deux institutions qui y logeront dans le futur, Chantal Prod'Hom, directrice du Mudac et coordinatrice du Pôle, ainsi que Tatyana Franck, directrice du Musée de l’Elysée, toutes deux membres du jury.

«Je suis ravie, déclare Chantal Prod’hom. Du fond de la place, ce bâtiment nous dit: viens! Sa faille centrale lumineuse possède une capacité d’attraction qui me plaît beaucoup. Il a peut-être un côté massif, mais il nous fait un grand sourire. Ce musée fait envie et c’est important.» Avec ce bâtiment doté de toutes les facilités techniques, le Mudac voit sa surface d’exposition passer à plus de 1800 m2, avec une surface équivalente pour ses dépôts. «Avec les espaces modulables que nous aurons à disposition, il sera beaucoup plus facile d’organiser nos 6 à 8 expositions annuelles et nous pourrons bien mieux mettre en valeur notre collection d’art verrier.»

Même contentement du côté de Tatyana Franck qui pointe «l’identité propre» du nouveau bâtiment. Semi-enfoui mais profitant de lumière latérale (les tirages sont souvent fragiles) grâce à une sorte de douve le long de ses murs nord et ouest formée par ses murs et celui des locaux administratif et des dépôts, le Musée de l’Elysée bénéficiera d’une surface légèrement moindre (pas tout à fait 1700 m2) que son collègue du haut mais de dépôts bien plus grands (plus de 3500 m2), susceptibles d’accueillir les nombreux fonds photographiques de l’institution – et d’en acquérir d’autres. «Nous gardons notre identité, mais l’Elysée ne sera plus une maison transformée en musée. Enfin, nous aurons un outil de travail répondant aux normes actuelles avec des réserves triplées, ce qui est important puisque nous voulons nous imposer comme pôle de compétences pour la recherche et la conservation.»

Sans même parler de l’opposition au MCBA encore pendante au Tribunal fédéral, Pascal Broulis estime avoir encore du pain sur la planche pour réaliser le Pôle muséal dans les meilleures conditions possibles. «Comme tout bébé, il faut l’accompagner avec soin pendant ses premières années. Il faudra tenir le projet financier (ndlr: 83 millions pour le MCBA, 100 millions pour l’Elysée et le Mudac), ce que nous avons fait pour le MCBA, malgré une situation où chaque année de bloquée nous coûte de l’argent. Présenter l’exposé des motifs au parlement. Collaborer avec la Ville pour ce qui est de réaménager la place du Pôle muséal: c’est un enjeu important. Et ne pas perdre de temps: il y a en ce moment un fort engouement pour ce projet chez les collectionneurs. Si nous voulons les attirer, il faut concrétiser.» (24 heures)

Créé: 05.10.2015, 22h12

«Nous ne cherchons pas une image, mais un usage de l’espace»

Les architectes lauréats, les frères Manuel et Francisco Aires Mateus, étaient hier à Lausanne pour éclairer leur projet. Propos, en français, de Manuel Aires Mateus.

Quelle a été votre ligne de réflexion quand vous avez démarré le projet?

Il ne s’agissait pas seulement d’imaginer ce lieu physiquement, mais de prendre en compte l’idée de sa transformation en relation avec le musée déjà planifié ( ndlr: le MCBA) et la nécessité de faire de ce qui est aujourd’hui un cul-de-sac un passage urbain. En ce sens, le centre devenait l’espace public, ce qui nous a amenés à ce grand foyer transparent qui prolonge l’extérieur vers l’intérieur du bâtiment, prolongement qui forme une invite claire à l’adresse du public.

L’idée de réunir les deux musées dans un bâtiment s’est vite imposée?

Oui, très vite, c’était même l’intérêt de ce concours. L’alternative était soit de faire un musée puis un autre ou de trouver une mise en place où chacun renforce la présence de l’autre. L’idée de cette interaction nous a poussés à dessiner deux espaces et la tension entre les deux.

La césure horizontale vient-elle alléger un bâtiment très compact?

C’est aussi un bâtiment très transparent: lumière zénithale pour le Mudac et ponctuelle pour l’Elysée, même s’il est vrai qu’il ne comporte pas de grandes «émergences», de changements d’échelles qui auraient pu parasiter la zone. Mais l’ouverture horizontale profite de sa compacité: l’échelle permet de générer un grand vide puisqu’il n’y a que trois points de contact entre les deux musées!

Cela va tenir?

Oui, oui, nous avons travaillé avec des ingénieurs! Ces trois points comportent d’ailleurs ascenseurs et escaliers de secours, mais ils ne donnent pas l’impression de «piliers» car la liaison verticale est cachée par la topographie du sol et du plafond.

Cette «faille» se retrouve dans votre projet pour la mosquée de Bordeaux…

Oui, même s’il y a de grandes différences. Ici, c’est la liaison entre deux espaces qui nous a menés au vide. Dans chacun de nos projets nous ne cherchons pas une image, mais un usage de l’espace.

Quel sera le revêtement?

Pour le moment, il s’agit de béton blanc apparent – les Suisses sont de très bons producteurs de béton. Mais, comme pour tous les concours, il y a encore des discussions à avoir sur certains points.

Avez-vous participé à ce concours pour le gagner?

On cherche toujours à s’amuser, mais aussi à faire un effort pour atteindre notre meilleur. Parfois ce n’est pas réussi parce que l’on n’a pas réussi, mais on y met toujours de l’effort!

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