«La police est prête à faire face à des armes lourdes»

Criminalité lyonnaise en terres vaudoisesLe commandant de la police cantonale vaudoise, Jacques Antenen, réagit aux propos de l’avocat David Metaxas sur les gangs lyonnais

Jacques Antenen, commandant de la police cantonale vaudoise, s'exprime sur les gangs lyonnais.

Jacques Antenen, commandant de la police cantonale vaudoise, s'exprime sur les gangs lyonnais. Image: Florian Cella

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Selon Me Metaxas, ces braqueurs sont attirés par l’image qu’ils ont de la Suisse, dont la police serait moins compétente.
Ce qui me rassure, c’est que cet avocat dit exactement le contraire un peu plus loin dans l’interview (ndlr: 24?heures d’hier). Après avoir évoqué l’épisode du tunnel de Sévaz, il admet que le mythe selon lequel il vaut mieux se faire arrêter en Suisse est faux. Cela est absolument vrai, à une réserve près. La Suisse a introduit de nouvelles dispositions en matière de procédure pénale et rendu plus difficile l’arrestation des délinquants.

Les sanctions encourues en Suisse sont-elles de nature à les encourager?
En termes de Code pénal, il est vrai que les sanctions encourues par les braqueurs sont plus faibles en Suisse qu’en France. Sur le terrain, les polices sont nettement à la hauteur pour intervenir. En revanche, sur le plan de l’arsenal juridique à disposition, nous avons du retard.

Après avoir écumé Lyon, ces braqueurs se seraient tournés vers la Suisse. Avez-vous constaté une recrudescence de braquages commis par des Lyonnais dans le canton?
Les brigandages à main armée sont en augmentation. Nous en avons eu dix-sept en 2009, vingt en 2010 et dix-sept au 31 octobre dernier. Nous observons une augmentation constante, mais l’attribuer exclusivement aux Lyonnais, c’est peut-être aller un peu vite en besogne. Il n’en demeure pas moins que la richesse, supposée ou réelle, de la Suisse et de la côte lémanique attire beaucoup.

Dans leurs mains, on parle d’un arsenal lourd, entre gilets pare-balles, armes de guerre et lance-roquettes. Comment la police se prépare-t-elle à cette menace?
La police est parfaitement préparée à faire face à des délinquants, même lourdement armés. Et il ne faut pas oublier que nos agents, eux aussi, sont équipés de gilets et d’armes automatiques si nécessaire. Nous constatons également que ces braqueurs n’hésitent pas à faire preuve de beaucoup plus de violence qu’à l’époque. Genève a dû faire face à ce type d’agressions, nous nous y préparons.

On dit leur préparation très complète: repérages, choix des itinéraires de fuite et même analyse des conditions de détention des prisons suisses. Les criminels sont-ils toujours mieux organisés?
Ça dépend… Qu’ils sachent que les sanctions pénales auxquelles ils s’exposent en Suisse sont moins importantes, c’est possible. Mais on ne saurait en faire une généralité. On trouve des braqueurs très peu organisés et d’autres, notamment spécialisés dans le vol de voitures de luxe, qui le sont un peu plus. Il y a vraiment de tout… Quant à l’étude minutieuse des jurisprudences et des prisons suisses par des criminels, j’en ai déjà entendu parler. Le gang des Pink Panthers, ces braqueurs de bijouteries ex-yougoslaves, avait ainsi une prédisposition à cibler les endroits où les sanctions pénales étaient moins importantes qu’ailleurs: la Suisse et la Suède.

Dans ces dossiers, collaborez-vous avec la police française?
Très bien même! Et notamment grâce aux Accords de Paris, qui posent un cadre en termes de collaboration policière. Le droit de suite, soit la possibilité pour la police suisse de poursuivre un délinquant français lorsqu’il passe la frontière, est désormais possible. Nous l’avons d’ailleurs déjà fait.

Créé: 09.01.2012, 23h00

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Que ce soit sur Facebook ou au hasard des nuits lausannoises, tous les moyens sont bons pour trouver des complices. Relevé depuis quelque temps par les forces de police vaudoises dans le cadre de leurs enquêtes, le phénomène est récent et constitue sans conteste une nouvelle donne à prendre en considération: il arrive que les délinquants étrangers qui visent la Suisse bénéficient de soutien à l’intérieur même des frontières helvétiques. Et, dans leur entreprise criminelle, c’est sur des délinquants locaux que ces «touristes du casse» peuvent compter. «Nous constatons que ces gens ont de plus en plus de relations de notre côté de la frontière, confirme Jacques Antenen. Ils nouent des accointances avec des délinquants ou encore des prédélinquants de chez nous, qui leur mettent sur pied une certaine logistique. Au final, cette collaboration peut leur permettre de se soustraire aux interpellations et aux poursuites judiciaires, notamment en trouvant le moyen d’être hébergés. Ce lien, entre le milieu dont on parle et un milieu, disons, plus local, est quelque chose de nouveau et qui ne facilite pas notre tâche. Après un casse, au lieu de retraverser tout de suite la frontière, on se cache deux jours chez un complice, on incendie la voiture qui a servi au casse, on brouille les pistes, et on repart au volant d’un autre véhicule.» Une nouveauté qui n’étonne pas le commandant outre mesure. «Ce n’est pas du tout une surprise. On sait que les nuits lausannoises attirent beaucoup de monde, même de France, et qu’on n’y côtoie pas que des gens fréquentables. Ce sont des lieux propices à toutes sortes de rencontres, y compris celles-là. Il faut aussi penser aux réseaux de communication, qui sont utilisés dans tous les domaines de la société, même par la délinquance. Ça rapproche les gens! Et nombre de ces personnes sont équipées d’iPhone ou autres, ce qui leur permet des connexions instantanées.»

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