La police va montrer les muscles à la Riponne

DroguePierre-Antoine Hildbrand annonce «un renforcement important de la présence policière» dans le secteur.

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Le dispositif va être déployé dans les rues «ces prochains jours». Jeudi matin, Pierre-Antoine Hildbrand, municipal lausannois de la Sécurité, a averti ses collègues de l’Exécutif d’une action imminente. Il n’entrera pas dans le détail. «Ce que je peux dire sans nuire aux tâches de police, c’est annoncer un renforcement important de la présence policière entre les quartiers de la Riponne et du Tunnel. Nous ne voulons pas donner l’impression aux gens qu’on ne fait rien. Nous avons entendu les craintes de la population, nous y répondons. J’ai vu le dispositif, il est conséquent.»

Depuis des mois, que ce soit aux fenêtres des immeubles ou dans la rue, il ne se passe pas une semaine sans que les habitants et les commerçants du secteur ne manifestent leur ras-le-bol face à la scène ouverte de la drogue sous leurs yeux. «Ce n’est pas normal de se promener avec ses enfants et de toujours vérifier qu’ils ne touchent rien de bizarre, illustre Marie-Laure Vidal, habitante du quartier. La situation semble admise alors qu’elle n’a pas à l’être. Bien sûr que la toxicomanie est une maladie mais elle ne justifie pas de ne respecter aucune règle de vie. L’espace public appartient à tout le monde.»

«Shootoir» officieux

Symbole de ces lieux communs devenus infréquentables, les toilettes de la place de la Riponne sont depuis longtemps considérées et utilisées comme un local d’injection officieux. Un statut que personne, pas même les autorités, ne cherche à contester. Une halte à proximité suffit d’ailleurs à observer le bal qui s’y déroule en continu. Les grappes d’individus qui s’y engouffrent et les patrouilles de police qui, régulièrement, les interceptent à la sortie. Un manège de notoriété publique à la Riponne mais également observé place de l’Europe ou du côté de Chauderon. C’est notamment ce genre de comportements que Pierre-Antoine Hidlbrand entend réduire grâce aux opérations à venir. Les grandes manœuvres semblent d’ailleurs en rodage: hier, en moins de deux heures, plusieurs patrouilles se sont ostensiblement arrêtées près de groupes de personnes, en fouillant plusieurs et procédant à une interpellation.

«Nous sentons la volonté du municipal de Police, il a compris qu’il est difficile de ne rien faire, souligne Marie-Laure Vidal. Jusqu’à maintenant, il n’a été question que de mesures pansements, d’actions tièdes et pas d’une vraie réflexion de fond avec l’ensemble des acteurs concernés. Si ça fait tellement partie du paysage, alors arrêtons de faire l’autruche et traitons le problème avec de vrais moyens.»

La mère de famille admet néanmoins qu’il y a une petite amélioration depuis la réunion publique organisée par la Ville. Une lueur d’espoir pour les commerçants qui déplorent une clientèle en baisse. «Mon chiffre d’affaires a chuté de 70%, les maris de mes amies leur interdisent de venir dans mon établissement», déplore Lella Toth, responsable de l’épicerie Mamma Elisa, rue des Deux-Marchés.

Mais derrière «le cauchemar» dénoncé par la commerçante commence à poindre l’envie d’aller de l’avant. «Nous allons nous réunir en association pour continuer ce combat contre la drogue mais aussi montrer qu’il existe aussi une vraie vie dans ce quartier, avec des gens prêts à s’investir», annonce d’ailleurs Marie-Laure Vidal.

Créé: 29.09.2016, 18h50

Davantage de toxicomanes depuis l’été

Directeur de la Fondation Accueil à bas seuil (ABS), qui gère des structures dédiées aux toxicomanes, Nicolas Pythoud l’annonce d’emblée: «Le secteur n’est pas devenu le nouveau Letten du pays.» Pour autant, l’impression que les marginaux y sont plus nombreux n’est pas qu’une illusion. Explications.

Les habitants se plaignent du nombre grandissant de toxicomanes. Ont-ils raison?

Lausanne a toujours attiré beaucoup de toxicomanes vaudois et valaisans, mais le phénomène a récemment gagné en importance. Deux raisons l’expliquent: lorsque le centre de Saint-Martin dédié aux traitements de substitution était encore ouvert, les personnes en cure de méthadone passaient leurs journées sur son toit. Après son déménagement sur le site du CHUV, on leur a interdit de rester dans le secteur. Ils se sont donc repliés sur la Riponne. Deuxième raison: depuis l’incendie et la fermeture du centre Zone bleue à Yverdon durant l’été, les toxicomanes du Nord vaudois se sont déplacés à Lausanne. Les 60 personnes qu’on trouvait à la Riponne sont ainsi passées à une petite centaine.

Il y a donc augmentation mais pas explosion?

Exactement. Lausanne n’attire pas les toxicomanes de toute la Suisse. Mais il est vrai que la capitale dispose de tout un panel contre la précarité, entre la soupe populaire et nos structures, qui attire du monde. Car on ne retrouve pas ces entités partout.

Le fameux centre d’injection dont on parle tant parviendrait-il à enrayer le phénomène?

L’absence d’un tel endroit dope clairement la visibilité du phénomène. Les toxicomanes en sont réduits à se piquer dans la rue ou dans les toilettes publiques, qui sont devenues de véritables locaux d’injection sauvages. Mais où d’autre pourraient-ils aller?

E.BZ

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