Un policier condamné pour contrainte sexuelle

VeveyL’homme, aussi prof d’autodéfense, a écopé de 15 mois avec sursis, pour des actes commis sur une élève lors de trajets communs.

Le jugement a été rendu par le Tribunal de l'Est vaudois

Le jugement a été rendu par le Tribunal de l'Est vaudois Image: Dervey

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Je ne l’ai jamais forcée à avoir des relations sexuelles», martèle le prévenu, Axel*. Entre sa version d’un flirt ordinaire et celle d’actes sexuels non consentis de la plaignante, le Tribunal correctionnel de Vevey a donné raison à la seconde, Céline*, une jeune apprentie âgée d’une vingtaine d’années lors des faits. Il condamne Axel, un policier trentenaire, marié, à une peine de 15 mois de prison avec sursis pendant 2 ans pour contrainte sexuelle. Trois mois de plus que demandait le procureur.

Des raisons économiques

Les faits se sont déroulés entre octobre 2016 et mars 2017. Durant cette période, le prévenu a fait du covoiturage avec la plaignante pour se rendre à des cours d’autodéfense, discipline dont il était instructeur. Au fil des trajets, Axel s’est montré de plus en plus entreprenant et intrusif. Une première fois, à la fin 2016, il a tenté d’embrasser Céline, mais cette dernière a esquivé. Par la suite, il a régulièrement demandé à la plaignante de lui faire des câlins lorsqu’ils se quittaient. Cette dernière concède avoir accepté «pour qu’elle puisse rentrer chez elle» et «pour qu’il la lâche». Elle a néanmoins continué à effectuer du covoiturage avec Axel. Pour des raisons économiques, mais aussi car elle envisageait de devenir policière et comptait un peu sur ses conseils. Axel l’a aussi rassurée en lui disant: «T’inquiète pas, la prochaine fois, j’arriverai à résister.»

«En tant que policier, vous êtes mieux placé que quiconque pour savoir que lorsqu’une femme dit non, sa volonté doit être respectée»

Anne-Catherine Page, Présidente du Tribunal de Vevey

Mais il ne s’est pas arrêté là. Au contraire. En mars 2017, l’accusé a récidivé, sortant sans prévenir de la route principale, s’arrêtant dans un endroit isolé. Alors que tous deux étaient assis à l’avant de la voiture, il s’est penché vers l’apprentie, l’a prise dans ses bras en l’enjoignant de se laisser faire. Elle lui a répondu qu’elle n’avait pas envie. Ce qui n’a pas empêché Axel de glisser sa main sous son pull, lui caressant le ventre. Il a ensuite tenté de lui caresser la poitrine, mais Céline lui a bloqué le bras. Puis, tout en restant du côté conducteur, il a baissé le siège de sa victime, a décroché son pantalon tentant d’y glisser la main. Il n’y est pas parvenu. Malgré les multiples refus de Céline, il l’a tirée hors de la voiture, la plaquant contre le véhicule, avant de glisser sa main dans ses sous-vêtements, puis ses doigts entre ses jambes. Repoussé par Céline une ultime fois, il lui a lâché: «Mais comment t’arrives à résister? Laisse-toi faire!» Il a finalement cessé, la ramenant à l’aire de covoiturage.

Le Ministère public n’a requis «que» 360 jours-amende avec sursis. Pour lui aussi, il faut retenir la contrainte sexuelle, les caresses intimes non consenties étant avérées: «Difficile de parler de flirt dans cette relation, qu’aucun témoin n’accrédite d’ailleurs, en l’absence d’une attirance réciproque ou encore de messages explicites, commente le procureur Éric Mermoud. Les explications du prévenu ne sont pas cohérentes. Il s’est fait l’auteur d’un grave dérapage.» Avocat de la défense, Olivier Ferraz a plaidé l’acquittement, mettant en cause la crédibilité des déclarations de la plaignante: «Elle se contredit sans arrêt. Le seul élément qui explique pourquoi elle est remontée dans la voiture, c’est qu’elle était consentante. Ce n’est pas pour les 80 francs d’économie réalisée sur ses coûts de transports.» On apprendra pourtant que Céline ne gagnait que 400 francs par mois à l’époque. Et qu’elle était certaine «qu’un policier ne pouvait pas faire quelque chose de mal». «De plus, elle ne voulait pas mettre en péril sa candidature à la police», argumente, Coralie Germond, avocate de la plaignante. Le procureur vient encore à la rescousse de Céline: «Elle a surtout fait preuve d’une grande inexpérience en la circonstance: je suis certain qu’elle regrette profondément aujourd’hui être remontée dans cette voiture.»

Une lourde responsabilité

Céline a porté plainte en novembre 2017, très tardivement, selon la défense. «Les faits n’ont pas été dévoilés dès le départ à cause de la difficulté de la plaignante à dévoiler les actes dont elle a été la victime, réagit le procureur. C’est assez habituel dans ce genre d’affaires.» Aux yeux du tribunal, Axel a abusé de sa fonction de policier. «La plaignante n’avait pas beaucoup de moyens de s’opposer à vous, avec le filet que vous avez tissé autour d’elle, relève Anne-Catherine Page, présidente du tribunal. Votre responsabilité est lourde: vous êtes mieux placé que quiconque pour savoir que lorsqu’une femme dit non, sa volonté doit être respectée.» Cette dernière considère encore les excuses du prévenu «de pure façade».

Créé: 27.01.2020, 21h15

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.