«Le policier m’a dit d’arrêter de jouer au justicier de la route»

CirculationUn particulier, qui voulait dénoncer l’attitude d’un automobiliste avec qui il a eu maille à partir, s’insurge de la réaction des forces de l’ordre. Qui assument.

Image: Vanessa Cardoso - A

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«Cet automobiliste a risqué la vie de nombreuses personnes, il s’est de plus montré menaçant mais n’a pas été inquiété. Dans cette histoire, la réaction de la police nous a plus que choqués.» Olivier Borgeaud, Vaudois de 30 ans, est très remonté. La mésaventure qui lui est arrivée il y a une dizaine de jours pose la question du comportement à adopter face à un automobiliste irascible.

Tout commence un vendredi soir, sur la route entre Servion et Oron-la-Ville. «J’étais en voiture avec ma compagne et ma fille de 2 ans. Devant nous, un automobiliste occupé sur son téléphone zigzaguait. Je l’ai dépassé, mais il n’a pas du tout apprécié», se souvient Olivier Borgeaud. Il ne s’attendait pas à s’attirer les foudres de celui qui conduisait un véhicule utilitaire. «Il nous a redépassés en trombe par la droite puis a pilé sur les freins pour nous bloquer. Il remettait ensuite les gaz et nous attendait un peu plus loin. Lorsqu’il s’est arrêté au milieu de la route, j’en ai profité pour le dépasser. Il nous a ensuite rattrapés, n’hésitant pas à prendre un giratoire à contresens pour nous passer à nouveau devant alors qu’un autre véhicule arrivait en sens inverse.»

Risque de retrait de permis
Médusé par ce comportement, le couple compose alors le 117 et suit le chauffard «de loin». «Au bout du fil, un agent a indiqué à mon amie qu’il allait voir si une patrouille se trouvait à proximité», explique Olivier Borgeaud. Le dangereux chassé-croisé se poursuivant, sa compagne rappelle la police, qui lui demande sa position exacte, mais l’automobiliste énervé s’en rend compte. «Nous étions à l’arrêt, il en a profité pour nous insulter et nous menacer», poursuit le trentenaire.

Sur ces entrefaites, un agent rappelle le couple. «Sur un ton particulièrement désagréable, il nous a asséné que seules des personnes assermentées sont habilitées à dénoncer ce genre d’infractions et m’a dit d’arrêter de jouer au justicier de la route. Il a ajouté que si nous insistions pour qu’il se déplace il faudrait assumer car nous serions tous les deux dénoncés, et que nous risquions un retrait de permis.» Interloqués et «scandalisés», Olivier Borgeaud et son amie décident «de lâcher l’affaire». Non sans avoir pris soin de relever le numéro d’immatriculation de l’indélicat.

«Mais pourquoi lâcher l’affaire?» s’étrangle Me Tony Donnet-Monay, avocat du réseau romand Avocats de la Route. «Tout citoyen est habilité à dénoncer un tiers! La réaction du policier de garde ce soir-là n’est pas normale, a fortiori si les faits se sont déroulés tels que décrits par le témoin.» Une prise de position que partage le TCS ( lire ci-dessous).

Le policier, un «témoin privilégié»
«Les gens ont tendance à confondre police et justice. L’assermentation d’un policier donne en effet plus de poids à sa parole, mais il s’agit en réalité d’un témoin privilégié qui n’a pas le pouvoir de retirer un permis de conduire ni d’ordonner des mesures administratives», lance l’avocat, pour qui la réaction du policier est d’autant plus condamnable que les faits sont graves. «Mise en danger de la vie d’autrui, menaces, infractions graves à la loi sur la circulation routière (LCR) et délits de chauffard, la liste est bien assez longue pour justifier un dépôt de plainte, d’autant qu’il y a des témoins. Je n’appelle pas à la délation, mais certains comportements criminels doivent être sanctionnés», estime Me Donnet-Monay.

Le porte-parole de la police cantonale, Jean-Christophe Sauterel, confirme l’existence des coups de fil passés par Olivier Borgeaud et reconnaît que si les faits se sont véritablement déroulés comme le raconte le trentenaire, la réponse de l’agent en poste ce soir-là «n’est pas adéquate sur la forme».

Les deux conducteurs fautifs
Pour autant, l’officier défend son collègue. «Dans cette affaire où l’on n’est pas loin du rodéo routier, les deux automobilistes sont en infraction. Certes dans des proportions très différentes, mais entre les dépassements, la vitesse et les distances de sécurité, ces deux personnes auraient en effet pu être dénoncées et risquaient un retrait de permis», explique Jean-Christophe Sauterel, qui dénonce de son côté l’escalade potentiellement dangereuse de la soirée.

«On est parti d’un automobiliste au téléphone, un délit sanctionné d’une simple amende d’ordre, pour en arriver à une infraction grave à la LCR. Plutôt que de ralentir afin d’éviter la confrontation et de ne pas répondre à la provocation, le témoin a pris le risque d’alimenter le conflit, quitte à mettre des gens en danger, lui y compris. J’ajoute qu’un citoyen n’a pas à poursuivre un auteur d’infraction. Nos agents sont tous formés à la conduite à haute vitesse, pas les particuliers. Mais cet automobiliste qui se sent victime peut encore dénoncer le cas au commandement de la police cantonale ou porter plainte, nous traiterons cette affaire comme il se doit.»

Créé: 01.06.2017, 06h38

La loi permet de dénoncer

Pour Yves Gerber, porte-parole du Touring Club Suisse, qui a consacré un dossier à «l’agressivité sur les routes», les choses sont claires. «Tout citoyen peut en dénoncer un autre pour avoir commis une infraction pénale», indique-t-il, mettant toutefois en garde contre la dénonciation calomnieuse et l’induction de la justice en erreur, Code pénal à l’appui (articles 303 et 304). «En cas de fausse dénonciation, l’auteur s’expose à des sanctions pénales.» Sur la base d’une dénonciation, poursuit Yves Gerber, «les autorités – la police et un juge – doivent investiguer à charge et à décharge, faire une appréciation des moyens de preuves, par exemple entre deux versions contradictoires, en fonction de la crédibilité des déclarations et de leur auteur. Puis libérer – en cas de doute – ou condamner le prévenu. Si tant est que le juge puisse se forger une intime conviction que l’infraction a été commise. Ce n’est pas une spécificité du droit de la circulation routière, mais c’est valable pour l’ensemble de l’ordre pénal.»

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