La politique de proximité reste un bastion d’hommes

EnquêteSi la parité gagne du terrain au niveau fédéral et cantonal, elle stagne à l’échelon communal. Notre enquête montre qu’une Municipalité sur six ne compte aucune femme

<b>32</b> C’est, en pour-cent, la représentation féminine dans les Municipalités des villes vaudoises. La présence des partis politiques, dont certains ont la parité comme objectif, participe à augmenter cette proportion.

32 C’est, en pour-cent, la représentation féminine dans les Municipalités des villes vaudoises. La présence des partis politiques, dont certains ont la parité comme objectif, participe à augmenter cette proportion. Image: Unsplash

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À l’heure où le Conseil d’État vaudois est majoritairement féminin, l’égalité est très loin d’être ancrée dans les sphères politiques vaudoises. La représentation féminine a même tendance à stagner dans les autorités de proximité, après une période d’augmentation depuis les années 1980. C’est ce qui ressort de notre enquête sur la composition des Exécutifs des 309 communes du canton. Les 381 municipales ne représentent que 23,6% des élus. La politique communale reste un bastion clairement masculin, bien gardé par 1231 municipaux.

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Dans le détail, il faut relever qu’une Municipalité sur trois tend tout de même à la parité. Dans 92 d’entre elles (29,9%), la différence entre le nombre de femmes et d’hommes est d’une unité. Par contre, dans la presque totalité des cas, les seconds sont plus nombreux. Seules sept Municipalités vaudoises (Belmont-sur-Lausanne, Boussens, Dizy, Gingins, Renens, Saint-Oyens et Tévenon) sont majoritairement féminines. Là encore, les femmes ne sont pas surreprésentées, puisqu’elles ne comptent à chaque fois qu’une élue de plus. À l’inverse, les hommes siègent entre eux dans les collèges de 54 localités, soit dans plus d’un sur six.


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Un déficit démocratique évident alors que les femmes constituent la majeure partie de la population en âge de voter (53%), selon la dernière édition des «Chiffres de l’égalité», une publication du Bureau vaudois de l’égalité.


1

Plus de femmes en ville

Les femmes sont plus nombreuses dans les Municipalités des villes. Elles y constituent 32,4% des élus, contre 23% dans les communes de moins de 10 000 habitants. La présence de partis traditionnels, dont certains, à gauche surtout, travaillent activement à atteindre la parité, explique en partie cette situation. «Les grandes villes ont aussi les moyens de mieux défrayer les élus des Municipalités, offrant ainsi des conditions meilleures pour que les femmes assument un tel mandat», analyse Maribel Rodriguez, cheffe du Bureau vaudois de l’égalité.

Par contre, le système proportionnel n’a pas une influence sensible. Dans les communes de plus de 3000 habitants, la représentation féminine est de 26,2% alors qu’elle est de 22,8% dans celles de moins de 3000 habitants. Cela s’explique par le fait que les formations politiques dans ces localités sont souvent des regroupements citoyens. Ils n’ont pas adopté les bonnes pratiques en matière de parité, lesquelles prévalent chez certains partis cantonaux.


2

L’Ouest lausannois bon élève

Avec 40,9%, le district de l’Ouest lausannois est le champion en matière de représentativité des femmes dans les Exécutifs, tout en restant encore bien en dessous des 50%. Le faible nombre de communes (9) et l’effet moteur de Renens dopent cette région.

L’Ouest lausannois compte aussi des figures féminines qui l’ont marqué. Les charismatiques Anne-Marie Depoisier et Marianne Huguenin se sont succédé à la syndicature de Renens, servant de modèles positifs à la génération actuelle. Derrière l’Ouest lausannois, les autres districts, à l’exception de celui de Lausanne, ont une représentation féminine variant entre 21% et 26%.


3

District de Lausanne mauvais élève

Trente hommes pour quatre femmes: le district de Lausanne est le mauvais élève du canton. Là aussi, le faible nombre de communes (6) joue un rôle puisque l’élection de deux municipales supplémentaires ferait remonter la proportion à 21,4%. Reste que la Ville de Lausanne n’endosse pas un statut exemplaire avec seulement deux femmes pour cinq hommes à la Municipalité. Le poids des partis, avec une majorité très à gauche, n’est pas là un gage de parité.


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4

Les syndiques pas plus nombreuses

La représentativité des femmes dans les syndicatures n’est pas glorieuse. Seulement 15,2% des communes vaudoises sont dirigées par une élue. Elles sont 47 en poste. Les districts du Gros-de-Vaud (21,6%) et de Nyon (21,3%) sont dans le haut du panier. Celui de Lausanne n’en a aucune.


5

Pas de vote antifemme

Avant les dernières élections communales en 2016, «24 heures» avait calculé que 23,5% des candidats pour les Municipalités étaient des femmes. Près de trois ans plus tard, les élues représentent 23,6% des membres des Exécutifs. «Sur une liste électorale, une femme a autant de chances d’être élue qu’un homme», souligne Delphine Oulevey, membre du bureau de Politiciennes.ch, le réseau des Vaudoises engagées en politique. Le manque d’élues est donc directement lié au manque de candidatures féminines. «C’est plus difficile d’en trouver, témoigne Christophe Bifrare, syndic de L’Abbaye. Si nous n’avons que des hommes à la Municipalité depuis quatre ans, c’est parce que nous n’avons pas eu de candidates. Je le regrette, car il nous manque désormais une sensibilité autour de la table.»


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6

Le secret des Municipalités féminines

«La majorité féminine à la Municipalité n’était pas un objectif ni un programme politique», avertit Véronique Brocard, syndique de Dizy, sur les hauts de Morges. L’élue avoue toutefois que l’organisation de la vie de famille n’est pas aisée pour des femmes qui assument souvent du travail domestique en plus d’une activité professionnelle. «Nous avons la chance d’avoir des maris formidables qui nous suppléent à merveille pour s’occuper des enfants. Ils nous permettent ainsi de nous libérer des soirées pour que nous puissions assumer notre mandat.»

Dans d’autres communes, un effort pour rechercher des candidates a porté ses fruits. Comme à Belmont-sur-Lausanne, où le syndic a joué le recruteur dans le but de faire passer son ambitieux projet d’extension du site scolaire. Le Conseil communal s’est alors féminisé, puis la Municipalité a suivi la même tendance.

À Renens, la municipale socialiste Myriam Romano-Malagrifa est très active sur le terrain. «Dans mes représentations politiques, au sein du Conseil d’établissement par exemple, je rencontre pas mal de monde, explique-t-elle. Quand une femme me semble avoir les qualités pour entrer en politique, j’essaie de la convaincre de rejoindre les rangs du Conseil communal.» Un recrutement actif que ses collègues de l’Exécutif entreprennent aussi de leur côté. Si la syndicature est revenue à un homme lors des dernières élections générales, la Municipalité compte toutefois désormais une majorité féminine.


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(24 heures)

Créé: 28.11.2018, 06h48

«Le problème est celui de la disponibilité des femmes»

Interview

Maribel Rodriguez est la cheffe du Bureau de l’égalité du Canton. Elle est une observatrice attentive de la représentation des femmes en politique.



Pourquoi les femmes sont-elles encore aussi peu présentes dans les Exécutifs?

Le principal problème est celui de la disponibilité des femmes. Elles ont déjà une double journée avec leur activité professionnelle et leur travail domestique. Rappelons que les mères consacrent 54 heures par semaine au travail domestique et familial, contre seulement 34 pour les pères. Y ajouter encore le temps consacré à la politique devient pour elles très difficile. D’autant plus que l’engagement politique implique beaucoup de soirées, beaucoup d’heures de disponibilité et du travail en définitive peu rémunéré.

L’organisation politique est en cause?

Dans les conditions actuelles, il est très difficile de mobiliser des candidatures féminines. C’est aussi très difficile pour les femmes de rempiler pour un deuxième mandat. Il existe une grosse tension en matière d’usage du temps.

Pourquoi est-ce si important d’atteindre la parité?

Les femmes ne font pas de la politique différemment des hommes. Mais notre système démocratique est basé sur le principe de représentativité. Nos élus doivent représenter la composition de la population en général. Et quand on ne la retrouve pas dans la proportion d’élu(e)s, ça nous montre qu’il y a des phénomènes sous-jacents de discrimination qui agissent. C’est pourquoi il est important qu’on ait des Exécutifs et des Législatifs représentatifs.

Va-t-on un jour atteindre la parité?

On va continuer à avancer, même si cela se fera avec la politique des petits pas.
Cela va dépendre beaucoup de la façon dont les hommes vont augmenter leur degré d’implication dans la sphère privée. Ces dernières décennies, les femmes ont investi la sphère publique, que ce soit en politique ou dans les activités rémunérées. Par contre, on voit peu de progression dans l’investissement des hommes dans la sphère privée. Cette variable sera déterminante à l’avenir pour que les femmes soient plus présentes dans le monde politique. Des indices positifs vont dans ce sens. Dans la jeune génération, on remarque notamment une volonté des papas de s’investir plus dans l’éducation des enfants.

R.E.

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