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Le POP secoué par une crise interne

Des membres du parti ouvrier populaire dénoncent un manque de démocratie interne et la concentration de pouvoir entre une poignée de personnes

ROD MATHIEU

«Je ne suis pas au courant.» Voilà la réaction de Gavriel Pinson quand on l’interroge sur les tumultes du parti qu’il dirige. Président du POP Vaud et du Parti suisse du travail, il ajoute: «Ce sont des salades et tout cela ne m’intéresse pas.» Il raccroche, après d’abruptes salutations. Quelques minutes plus tard, c’est l’un des trois vice-présidents du POP Vaud qui rappelle. Luca Schalbetter se dit disposé à discuter. «Il y a en effet des gens de notre parti qui ont de la méfiance envers la direction», lâche-t-il d’emblée. Son président l’a averti qu’on cherchait des explications. Gavriel Pinson devait donc être «au courant» de l’affaire.

Celle-ci concerne les pratiques en vigueur au sein du parti des ouvriers. Des militants – trois selon la direction, une vingtaine selon nos sources – ne se reconnaissent plus dans la manière dont est géré le POP. Il serait dirigé de façon autocratique par deux personnes, aussi bien au niveau vaudois que suisse. Gavriel Pinson, en place depuis 2012, et son secrétaire général, Christophe Grand, concentrent les fonctions et les critiques. Le duo est accusé de prendre des décisions à la hâte, sans respect ni consultation de la base. «Ils ont peu d’expérience politique au niveau communal, mais se prennent très au sérieux», lâche un popiste énervé. «Ils font un travail que personne d’autre ne ferait sinon», rétorque Luca Schalbetter.

Pis, des militants pointent des libertés prises avec les statuts du parti, un flirt avec l’illégalité. Le secrétaire général aurait ainsi bénéficié, directement ou indirectement, de décisions au sujet desquelles il a pu lui-même voter: son augmentation de salaire, un abonnement général CFF et l’octroi d’une subvention à «Gauchebdo», dont il préside le comité.

«Pas de conflit d’intérêts»

Luca Schalbetter balaie ces accusations. Et joue les porte-parole, alors que Christophe Grand n’a jamais répondu à nos sollicitations. Oui, ce dernier était présent et a participé à chacun de ces votes «en tant que membre du comité directeur». «Nous n’y voyons pas de conflit d’intérêts», lâche le vice-président. Il ajoute, dans un autre SMS: «Il ne s’agit pas d’une augmentation de salaire, mais d’un transfert de pourcentage entre secrétariat administratif et politique. Ce sont des décisions d’organisation structurelle, et non personnelles.»

Le comité directeur est composé «de dix ou quinze personnes et se réunit environ tous les quinze jours», indique Luca Schalbetter. Il compte le président, le secrétaire général, trois vice-présidents (dont la récente candidate au Conseil d’État Anaïs Timofte), ainsi que des responsables des différentes sections. Certains d’entre eux ont signé une longue liste de doléances, adressée en janvier au reste du comité et que nous nous sommes procurée.

La concentration du pouvoir autour d’une poignée de personnes aurait conduit, selon certains, à la rupture avec le reste de la gauche radicale cantonale, emmenée par SolidaritéS. «Christophe Grand devait aller à des réunions et il n’y est pas allé, alors qu’il est payé pour ça», observe un membre du comité directeur.

En décembre dernier, les deux alliés de la gauche radicale rompaient sur fond de reproches mutuels. À SolidaritéS, on disait que le POP avait pratiqué la politique de la chaise vide, marquant ainsi son souhait de se distancier de l’alliance, alors que le POP accusait SolidaritéS de se réunir beaucoup trop souvent pour parvenir à suivre le rythme. Résultat: la campagne pour le Conseil d’État a vu éclater au grand jour – du moins sur les réseaux sociaux – des bisbilles entre les deux clans. Certains popistes n’ont pas voulu se ranger derrière la nouvelle venue, Anaïs Timofte. En affichant son soutien à Jean-Michel Dolivo (SolidaritéS), l’une des membres du comité directeur s’est vue exclue.

Mises à l’écart

Cette personne a été mise à l’écart «non pas du parti, assure Luca Schalbetter, mais du comité directeur. Et cela est tout à fait normal.» Une autre huile dit aussi être désormais totalement ostracisée. «Depuis la fin de la campagne au Conseil d’État, on ne me contacte plus. Je ne sais pas si je vais rester dans le parti.» «C’est ainsi que cela fonctionne, résume un tiers: si on n’est pas dans les petits papiers de certains, on est mis à l’écart.»

La constitution de la liste de candidats pour les élections fédérales ne s’est d’ailleurs pas faite dans la sérénité, lors d’un congrès qui s’est tenu le 28 mars. Des personnes à qui on avait fait miroiter une place sur le ticket ont été évincées, rapporte-t-on.

Séance de conciliation

Pour le vice-président Luca Schalbetter, «cette animosité résulte à 100% de problèmes de personnalité». Et, dit-il, c’est dans une volonté de dialogue qu’une partie des mécontents ont été conviés à une discussion avec deux éminents popistes: le député Marc Vuilleumier et Christiane Jaquet-Berger. Celle-ci relativise ces remous: «Je suis entrée au POP en 1976: j’en ai vu d’autres, des dissensions, et des plus graves. Il m’est arrivé d’être moi-même dans le camp des mécontents. Au fond, l’indignation est une vertu dans notre parti. Mais nous ne sommes pas une secte: chacun est libre d’entrer au POP et d’en sortir s’il n’est pas content, comme dans n’importe quelle association.» L’une des contestataires regrette qu’il n’y ait eu pour l’heure aucune suite donnée aux réclamations. Quand bien même certaines irrégularités auraient été concédées lors de la fameuse séance. «On m’accuse de vouloir détruire le parti. Mais ce n’est pas du tout ça! Maintenant, il faut peut-être la mort du parti pour qu’on puisse recommencer sur des bases saines. En tout cas, on ne peut pas continuer à faire n’importe quoi.»

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