Une porte s’ouvre sur les franc-maçonnes vaudoises

RecrutementUne loge pour femmes cherche de nouvelles adhérentes, par voie de presse.

Odette Schopfer et Florence Gabriel à l’intérieur de la loge du Milieu du Monde à Penthalaz.

Odette Schopfer et Florence Gabriel à l’intérieur de la loge du Milieu du Monde à Penthalaz. Image: ODILE MEYLAN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

C’est un ancien lavoir en pierre, posé sur un bout de la Venoge, à deux pas de la gare de Penthalaz. Aucun signe distinctif, pas même un discret symbole sur la porte d’entrée. «Parce qu’il n’y a rien à montrer», explique Odette Schopfer, fondatrice de la Loge du Milieu du Monde. «Nous sommes à deux pas de la ligne de séparation des eaux. C’est un beau nom, mais lourd à porter.» Les réponses sont souvent courtes, choisies, mais lourdes de sens.

Pourtant d’ordinaire discrètes, les franc-maçonnes de cette loge ont décidé d’opter pour une communication plutôt active: une annonce est parue dans la presse locale, et des affiches annoncent une conférence au château d’Yverdon.

«Un franc-maçon dans le château, c’est une première», explique Florence Gabriel, vénérable maîtresse de la loge de Penthalaz, dont la vingtaine de sœurs viennent de la région yverdonnoise et lausannoise.

L’opération de recrutement de nouveaux membres n’est par contre pas inédite pour cette loge relativement «jeune», 22 ans contre 40 ans pour la première loge purement féminine de Suisse, ouverte à Genève. «Il y a des variations d’effectif, les femmes partent quand elles veulent, nous ne sommes pas une secte, sourit Florence Gabriel. Mais maintenant nous cherchons à toucher d’autres milieux ou d’autres contextes.» «Au bout d’un moment, on épuise le cercle des papables autour de soi», ajoute Odette Schopfer.

Débuts difficiles
Le pape, justement, condamne toujours dans une encyclique les francs-maçons à l’excommunication. «Ce genre d’histoire pousse à la discrétion, et rend la vie beaucoup plus difficile en terre catholique», précise Florence Gabriel. Pour recruter de nouvelles sœurs, les deux «femmes libres penseuses» s’attendent dès lors à devoir combattre les clichés.

Oui, il existe bel et bien des loges réservées aux femmes, et ce depuis deux siècles. «D’abord il a fallu commencer sous la tutelle d’hommes, qui voyaient l’activité des franc-maçonnes plus dans la charité que dans les discussions, raconte Odette Schopfer. Puis, après les grèves de Lyon et la deuxième guerre, des femmes ont créé une obédience.»

En Suisse, on compterait 21 loges féminines, dont au moins une quinzaine en Suisse romande. Et pour entrer dans l’obédience suisse, pas besoin de moyens financiers. «Il suffit d’une curiosité naturelle, de vouloir tenter de penser par soi-même», assure Florence Gabriel. «L’éthique veut simplement qu’on ne se désigne pas comme franc-maçonne quand on n’est pas «à couvert». Pour nous qui sommes à la retraite, ce n’est plus un problème. Par contre ça peut gêner dans certains milieux.»

L’attrait des symboles est aussi un atout. Passé la pièce principale de la loge de Penthalaz, toute de bois, décorée par un simple bâton de compagnon, les portes du fond s’ouvrent sur le «temple». Rien, en dehors de quelques détails, ne change des loges masculines, assure la fondatrice. Le plafond représente le ciel, au sol plusieurs catelles noires et blanches dont on n’ose questionner la signification. «Les sœurs les plus aguerries seront assises à l’ouest, le côté le plus éclairé», précise Florence Gabriel.

Un fil à plomb marque le zénith au centre de la pièce, entouré de trois candélabres et d’une pierre. Des colonnes marquent l’entrée du temple, interdit au profane. Quelques épées attendent les officiantes, des bâtons pour les hauts grades. «Les épées remontent à l’ancien régime, quand les gentilshommes en ont donné aux maçons qui n’en avaient pas», évoque l’alerte retraitée.

Au bord de la Venoge, même plus surprise par les secousses des trains voisins, les deux femmes ne parlent pas du «Grand Architecte de l’Univers», ne détaillent pas le fameux rituel de l’initiation. Simplement du besoin pour les femmes de trouver un endroit pour réfléchir et partager, proche de chez elles. «Le secret, c’est surtout le fait de le vivre», conclut Odette Schopfer en se retournant. Elle n’en dira pas plus.

«La franc-maçonnerie: une société initiatique», Conférence jeudi 13 novembre à 20 h, au château d’Yverdon. Par Michel Cugnet, ancien vénérable et grand orateur de loges suisses. (24 heures)

Créé: 12.11.2014, 07h42

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Publié le 19 septembre 2018.
(Image: Bénédicte) Plus...