Poussée à partir, Anne-Catherine Lyon jette l’éponge

Conseil d'EtatLa ministre retire sa demande de dérogation pour un quatrième mandat. Le comité directeur du PS lui a dit non à l’unanimité.

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Elle n’ira pas! Anne-Catherine Lyon se ravise et renonce à briguer un quatrième mandat au Conseil d’Etat. La ministre en charge du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC) a retiré sa demande de dérogation auprès du PS vaudois pour figurer une quatrième fois sur un ticket socialiste aux élections cantonales de 2017. La magistrate a fait volte-face jeudi, via une lettre à son parti. Clairement poussée vers la porte par ses camarades.

Le comité directeur du PS, qui a auditionné mercredi soir les deux candidats à une dérogation (Pierre-Yves Maillard et Anne-Catherine Lyon) a émis deux préavis fort différents: «Unanimité moins deux abstentions contre la dérogation à Anne-Catherine Lyon, précisait vendredi Stéphane Montangero, président du PS vaudois. De l’autre côté, unanimité moins une voix et une abstention pour la dérogation à Pierre-Yves Maillard.» On ne fait pas plus clair comme message. Anne-Catherine Lyon allait au casse-pipe si elle maintenait sa demande face au congrès des délégués du PS mardi prochain.

L’élue en a tiré les conséquences. Elle n’a pas souhaité commenter vendredi sa décision. Mais, bonne joueuse, elle espère dans sa lettre que son renoncement offre au parti «les meilleures chances de victoire aux élections de 2017». Ce rebondissement met fin à une tempête qui n’en finissait plus de s’étendre. S’estimant en pleine forme, nantie d’un bon bilan politique, la magistrate de 53 ans avait pris de court ses camarades le mois dernier, en annonçant son ambition de rempiler par voie de presse. L’annonce avait fâché au PS, attisant des critiques de plus en plus fortes. Une fronde s’est même levée dans le milieu enseignant contre la patronne de l’instruction publique et sa loi sur l’enseignement obligatoire (LEO).

«Rien de personnel»

Le comité directeur du PS se défend d’avoir personnalisé son choix. «Nous avons pris une décision stratégique et jugé qu’un renouvellement partiel au Conseil d’Etat était la meilleure solution», déclare Stéphane Montangero. Cela dit, deux autres éléments ont pesé, admet-il. D’abord la durée des fonctions: Pierre-Yves Maillard était entré en cours de législature, en 2004, et il doit demander une dérogation pour un mois de trop. Alors qu’Anne-Catherine Lyon siège depuis 2002. L’autre aspect, c’est que Pierre-Yves Maillard est une locomotive électorale: en 2012, «il avait été élu dès le premier tour avec près de 60% des voix, rappelle Stéphane Montangero. Anne-Catherine Lyon avait été élue au deuxième tour, en septième position.»

Ce retrait est applaudi au sein du parti. Mais avec discrétion: vendredi, de nombreux camarades se sont abstenus de commenter la décision. «Le parti autant qu’Anne-Catherine Lyon viennent de traverser un moment difficile, reconnaît la conseillère d’Etat Nuria Gorrite (PS). Notre collègue a un bilan politique excellent et je peux comprendre que ce qu’elle vient de vivre n’est pas facile.» Elle n’a pas participé au comité directeur de mercredi – dont la composition exacte n’a pas été dévoilée. Deux membres présents mercredi ont cependant témoigné vendredi de leur «grand soulagement de voir cette affaire se terminer. Tout le monde voulait s’épargner un psychodrame au congrès de mardi.»

La conseillère d’Etat PLR Jacqueline de Quattro n’entend, elle, pas commenter les décisions d’un autre parti. «A titre personnel, précise-t-elle toutefois, je regretterai de ne plus pouvoir travailler avec une collègue pour laquelle j’ai de l’estime et de l’amitié. Heureusement, nous allons travailler encore huit mois ensemble.»

«Dont acte»

Pierre-Yves Maillard, plébiscité mercredi soir alors que sa collègue encaissait un verdict cinglant, ne tient pas à en rajouter. «Je prends acte des décisions prises, mais vous comprendrez que je n’entends pas les commenter, déclare le président du Conseil d’Etat. J’ai été auditionné pendant une petite heure, tout comme Anne-Catherine. Puis la discussion s’est faite sans nous et le comité directeur a pris une décision. Il a opté pour une stratégie de renouvellement partiel dans le but de conserver à long terme nos trois sièges au Conseil d’Etat, qui représentent une conquête historique. Dont acte.» Il souligne le bon bilan de sa collègue: «J’ai vu Anne-Catherine Lyon conduire des projets importants de manière décisive. C’est l’un des bilans politiques les plus forts depuis des décennies. Elle laissera une grande empreinte dans le domaine de la formation.»

Les Jeunes socialistes, opposés à toute dérogation pour les renouvellements des mandats des élus, se félicitent du retrait d’Anne-Catherine Lyon. «Mais ce n’est qu’une demi-victoire, précise leur porte-parole, Romain Pilloud. Nous estimons qu’une dérogation ne devrait pas non plus être accordée à Pierre-Yves Maillard, locomotive électorale ou pas. De toute façon, les élus les plus populaires ne peuvent pas rester indéfiniment à leur poste.» Ils saluent toutefois «le travail accompli par Anne-Catherine Lyon dans l’école vaudoise, qui a été excellent. Elle a dépoussiéré une école qui était très critiquée avant son arrivée.»

L’ancienne conseillère nationale Marlyse Dormond, qui avait récemment dit tout le mal qu’elle pensait de la demande de dérogation d’Anne-Catherine Lyon, salue «une sage décision. Elle a compris, hélas un tout petit peu trop tard, que c’est l’avenir du parti qui se joue. Quand on a trois ministres, la logique veut qu’on en renouvelle un à chaque élection.» Elle aussi tresse par ailleurs des lauriers à la ministre sortante, dont elle loue le bilan. Une certitude: le congrès du PS, mardi soir, s’annonce plus détendu que prévu.


La formation sera un thème PLR

Le Département de la formation changera de chef le premier juillet 2017. C’est à peu près la seule certitude, à sept mois de l’élection au Conseil d’Etat. De quoi ouvrir les appétits au PLR? Depuis quelques années, la droite s’alarme de voir le coût du social dépasser celui de la formation. «C’est sûr que l’on va entendre le PLR sur les questions scolaires durant la campagne électorale», prévient Christelle Luisier Brodard. La syndique de Payerne et députée libérale-radicale est l’auteure de plusieurs interventions dans le domaine au Grand Conseil. «Le changement à la tête de ce département ouvre des perspectives de déblocage, relève Frédéric Borloz, président du PLR Vaud. Pour nous, c’est intéressant.»

De là à lancer une quatrième candidature aux côtés des sortants Jacqueline de Quattro, Pascal Broulis et Philippe Leuba, il y a un pas que le parti ne semble pas encore prêt à franchir. «A titre personnel, je privilégie une stratégie d’alliance avec les autres formations de droite plutôt que de partir à quatre», reprend Frédéric Borloz. Certains au sein du parti rêvent d’un tel ticket, mais restent minoritaires. Il faudrait déjà trouver un volontaire pour se lancer dans une campagne électorale très périlleuse. Ensuite, le PLR serait inévitablement accusé d’arrogance en voulant conquérir la majorité à lui tout seul. Cela ne reflète pas les rapports de force dans le canton.

Surtout, les trois conseillers d’Etat sortants verraient d’un très mauvais œil d’avoir un quatrième candidat PLR dans les pattes. Le risque serait grand qu’ils se retrouvent en ballottage après le premier tour. Les papables semblent donc se résoudre à attendre une éventuelle élection complémentaire en 2019.

«Mais si la droite devient majoritaire à l’Exécutif en 2017, nous pourrions revendiquer la formation», précise encore Frédéric Borloz. Christelle Luisier Brodard abonde: «Reprendre ce département est un souhait exprimé de longue date par nos militants.» R.B.


L’absence de la culture dans le récent débat frappe

Sur le coup de midi vendredi, à Payot Lausanne, Anne-Catherine Lyon avait son rendez-vous annuel avec les lauréats des prix de la Fondation vaudoise pour la culture. Alors que son entourage se réjouissait de vivre cette parenthèse «de bonne humeur», la conseillère d’Etat a mis tout le monde à l’aise, le sourire large, avec l’intention de partager un moment «de simplicité et de convivialité» et se refusant à tout autre commentaire sur la nouvelle du jour. L’épilogue d’un feuilleton politique où le levier culturel n’a guère été actionné, ni par sa ministre de tutelle ni par ses acteurs. «Sans doute que ce domaine manque de poids et de relais au sein du Parti socialiste», estime l’un d’eux, hors micro.

«C’est juste, ajoute le patron du Paléo, Daniel Rossellat, que Mme Lyon dirige un département avec un volet plus exposé que l’autre. Et s’il n’y avait pas eu toutes ces tactiques politiciennes visant à ternir un bilan, on ne parlerait que du bon travail qui a été fait, y compris dans le champ culturel. Certes, ni avec la flamme de Malraux ni avec le charisme de Jack Lang, mais du très bon travail.»

Directeur exécutif du Béjart Ballet, Jean Ellgass pense en priorité au Pôle muséal. «Même s’il est désormais conduit par Pascal Broulis, le projet culturel, cette révolution qui nous attend, c’est elle. Mais on s’en rendra compte avec son successeur, c’est ça la politique…»

Regretté du côté du Presbytère, ce départ l’est aussi sous la charpente de la Grange sublime à Mézières. «Je ne peux que remercier Anne-Catherine Lyon, qui a fait bouger les choses pour nous, clame Michel Caspary, directeur du Théâtre du Jorat. Par contre, il est vrai que j’ai été frappé par l’absence de la culture dans le débat de ces derniers jours alors que c’est un secteur économiquement très important. Je n’ai pas compris!»

Boss du Montreux Comedy Festival, Grégoire Furrer avance une explication: «Parce que tout a stagné dans ce domaine, parce que nous n’avons pas eu une vraie ministre de la Culture, elle n’a absolument pas compris son rôle.» F.M.H. (24 heures)

Créé: 23.09.2016, 22h16

Germond, Amarelle, Meyer Keller au bal des prétendantes

Le Parti socialiste sort d’un bon mois de crise, durant lequel les camarades se sont échangés des amabilités par voie de presse au sujet de la demande de dérogation d’Anne-Catherine Lyon. Maintenant que cette demande n’est plus d’actualité, le PS cherche à calmer le jeu. Le temps est «aux remerciements pour le travail effectué» par la cheffe du Département de la formation.

Mais les hostilités pourraient reprendre assez rapidement. Désormais, c’est sûr, il y a une place à prendre sur le ticket socialiste pour le Conseil d’Etat vaudois aux côtés de Nuria Gorrite et de Pierre-Yves Maillard. Les papables les plus crédibles disent toutes «réfléchir» et «ne pas fermer la porte à une candidature». Pour l’instant.

La municipale lausannoise Florence Germond, la conseillère nationale d’Yverdon Cesla Amarelle et la syndique d’Avenches Roxanne Meyer Keller tiennent la corde.

Meilleure élue lors des dernières élections communales à Lausanne, Florence Germond jouit d’une bonne cote jusque dans les rangs de la droite. Un atout redoutable pour entrer au Conseil d’Etat. Mais il n’est pas sûr que l’intéressée veuille lâcher son dicastère des Finances taillé sur mesure à la Ville.

L’ancienne présidente du PSV, Cesla Amarelle, se verrait, elle, bien au Conseil d’Etat. Ce n’est pas un secret. En pointe sur le dossier de l’asile, elle a su se faire une place sous la Coupole fédérale. Néanmoins, l’Yverdonnoise devra composer avec une ou deux solides inimitiés dans la puissante section lausannoise.

Moins connue, Roxanne Meyer Keller pourrait tirer son épingle du jeu. La «non-universitaire», comme se plaisent à le souligner certains camarades, aura besoin de faire une bonne précampagne pour gagner en notoriété. Ajoutez à cette liste les Lausannoises Géraldine Savary et Rebecca Ruiz ou encore la Nyonnaise Fabienne Freymond Cantone, et le spectacle devrait être assuré ces prochains mois.

Reste une inconnue: quelle candidate souhaite Pierre-Yves Maillard? Il serait surprenant que le grand patron des socialistes vaudois ne tire pas quelques ficelles. R.B.

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